L'histoire des BRETZELS - ce symbole alsacien, ce noeud qui ne noue rien

Une ou un bretzel est un pain, en forme de bras entrelacés recouverts d'éclats de gros sel. Le sexe des Bretzels n'est pas clairement identifié, cela demeure un des grands mystères de la gastronomie alsacienne, Leur forme de nœud rappelle le symbole de l’infini et nous invite à penser que l’énergie y circule. 

La sainte Cène, enluminure provenant d'un manuscrit ottonien réalisé vers 1030 - 1040, The J. Paul Getty Museum Los Angeles. Cette enluminure contient ce qui peut être l'une des premières représentations du bretzel symbolisant ainsi la vie éternelle.
La sainte Cène, enluminure provenant d'un manuscrit ottonien réalisé vers 1030 - 1040, The J. Paul Getty Museum Los Angeles. Cette enluminure contient ce qui peut être l'une des premières représentations du bretzel symbolisant ainsi la vie éternelle.

Les bretzels ont une très longue histoire qui les ont fait évoluer en nom et en forme. 

Du Ier au VIème siècle, temps d'occupation Romaine de l'Alsace, ils se nomment selon des termes latins "bracchium" - bras ou "braccellus"- bracelets. Dès le VIIIe siècle, la consommation de Bretzels est attestée en particulier dans les monastères carolingiens alsaciens. 

La miniature "Le festin d'Esther" nous prouve que l'on mangeait déjà des bretzels au XIIe siècle en Alsace, Hortus Deliciarum (1159-1175)
La miniature "Le festin d'Esther" nous prouve que l'on mangeait déjà des bretzels au XIIe siècle en Alsace, Hortus Deliciarum (1159-1175)

Le Hortus Deliciarum (« Jardin des Délices »), réalisé vers 1160 par l'abbesse Herrade de Landsberg au monastère du Mont Sainte-Odile, est l'un des plus précieux manuscrits du Moyen Âge alsacien. Richement illustré, il rassemble des textes religieux, des savoirs encyclopédiques et de nombreuses scènes de la vie de son temps. Dans une enluminure représentant la parabole des Invités au banquet, un détail retient l'attention : à l'extrémité de la table apparaît un bretzel. Cette discrète représentation constitue l'un des plus anciens témoignages iconographiques de cette spécialité alsacienne. Dès le XIIᵉ siècle, le bretzel faisait donc déjà partie du paysage culturel et alimentaire de l'Alsace.

Un fast food médiéval propose des bretzels : Ulrich de Richental (1360-1437): Chroniques du concile de Constance (1414-1418), imprimée à Augsburg, 2. September 1483
Un fast food médiéval propose des bretzels : Ulrich de Richental (1360-1437): Chroniques du concile de Constance (1414-1418), imprimée à Augsburg, 2. September 1483

À la demande de l'empereur Sigismond, le concile de Constance se réunit entre 1414 et 1418 afin de mettre fin au Grand Schisme d'Occident, qui divisait l'Église depuis 1378. Cette vaste assemblée, réunissant prélats, théologiens, diplomates et représentants de toute l'Europe, aboutit à l'élection du pape Martin V le 11 novembre 1417, rétablissant ainsi l'unité de l'Église.

La chronique illustrée d'Ulrich de Richental, rédigée au XVe siècle, offre un précieux témoignage de cet événement exceptionnel. L'une de ses miniatures représente un groupe de boulangers "étrangers" et ambulants chargés de nourrir les milliers de participants du concile. Sur leurs étals apparaissent clairement de nombreux bretzels, reconnaissables à leur forme nouée caractéristique. Cette représentation constitue l'une des plus anciennes illustrations connues de ce produit emblématique de l'espace rhénan. Elle témoigne non seulement de la popularité déjà ancienne du bretzel dans les villes d'Europe centrale, mais aussi de son rôle dans l'alimentation quotidienne des voyageurs, pèlerins et participants aux grands rassemblements médiévaux.

Hansi a dessiné cette enseigne réalisée en 1947 par le ferronnier L. Eisenmann pour le boulanger Martin Musslin, 25 rue des Têtes à Colmar. Un bretzel géant entouré d'une couronne aux fleurs bleu blanc rouge.
Hansi a dessiné cette enseigne réalisée en 1947 par le ferronnier L. Eisenmann pour le boulanger Martin Musslin, 25 rue des Têtes à Colmar. Un bretzel géant entouré d'une couronne aux fleurs bleu blanc rouge.

Le sexe des bretzels n'est pas clairement identifié, cela demeure un des grands mystères de la gastronomie alsacienne et l'objet de nombreux débats autour d'un verre de Riesling ou d'une bonne bière alsacienne.

"Très ostensiblement, j’ai attribué au mot bretzel le genre féminin. D’abord parce que c’est le genre que lui confèrent les dictionnaires et notamment le Larousse du 20e siècle. Ensuite parce que les formes de la bretzel ont une rondeur on ne peut plus féminine. […] Cela dit je n’ai rien contre le masculin. Au contraire. Je trouve excellent qu’il y ait des bretzels mâles et des bretzels femelles." Discours prononcé lors de l’attribution du Grand Bretzel d’Or, le 12 décembre 1981, par Jean Egen (Mon beau navire, ô ma mémoire, 1988, page 333.)

Enseigne de boulanger à Riquewihr
Enseigne de boulanger à Riquewihr

La notoriété croissante du bretzel le fera devenir enseigne et emblème des boulangers. Il est alors très souvent associé à un pain. Le bretzel se retrouve également dans l’héraldique de nombreuses familles.

En Alsace, on commande "a Bredschdel" dans le Bas-Rhin ou "a Bradschdal" dans le Haut-Rhin !
En Alsace, on commande "a Bredschdel" dans le Bas-Rhin ou "a Bradschdal" dans le Haut-Rhin !

Et aujourd'hui ?

Les bretzels sont composés d'eau, de farine, de sel et de levure de boulanger. Ils sont façonnés à la main puis pochés à l'eau additionnée de bicarbonate de soude, et saupoudrés de gros sel avant la cuisson au four. Les bretzels frais doivent être mangés le jour même de leur fabrication et d'ailleurs ils sont le plus souvent dévorés encore tièdes à peine sortis du four.

Hansel et Gretel par Tomi Ungerer, 1969, "Le Bretzel ce symbole alsacien, ce noeud qui ne noue rien, ce noeud boulanger, ni gordien, ni gardien, ce noeud neutre qui vous amuse avec dans son inutilité un je "noeud" sais quoi de futile..."
Hansel et Gretel par Tomi Ungerer, 1969, "Le Bretzel ce symbole alsacien, ce noeud qui ne noue rien, ce noeud boulanger, ni gordien, ni gardien, ce noeud neutre qui vous amuse avec dans son inutilité un je "noeud" sais quoi de futile..."

Le meilleur moment de la journée pour une alsacienne ou un alsacien sera toujours "la pause bretzel" très souvent accompagnée de son demi de bière ou d'un verre de vin blanc d'Alsace sec,  et ainsi nous pourrons tel Tomi Ungerer (lors de la cérémonie de remise du Grand Bretzel d'or 1980) philosopher sur "ce symbole alsacien, ce noeud qui ne noue rien, ce noeud boulanger, ni gordien, ni gardien, ce noeud neutre qui vous amuse avec dans son inutilité un je "noeud" sais quoi de futile..."



Informations sur l'auteur

Caroline CLAUDE-BRONNER fondatrice de Chemins Bio en Alsace , guide conférencière diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.

suivez moi sur Facebook

Commentaires: 0 (Discussion fermée)
    Aucun commentaire pour le moment.