Sur les pas de saint Nicolas en Alsace et en Lorraine

Chaque 6 décembre, saint Nicolas est fêté avec ferveur en Alsace et en Lorraine. De nombreuses légendes sont rattachées à ce personnage "mystérieux et polyvalent" reconnu pour sa générosité. Mais qui est-il vraiment ? 

Iconographie des années 1950 décorant les pains d'épices de la saint Nicolas en Alsace et en Lorraine
Iconographie des années 1950 décorant les pains d'épices de la saint Nicolas en Alsace et en Lorraine

Qui es-tu Nicolas ?

Concernant la vie du personnage historique, il y a peu de faits documentés. Sa vie est relatée dans plusieurs "vitae" dont l'exactitude est douteuse aux yeux des historiens. Nicolas serait né autour des années 270, dans une riche famille chrétienne de Patare, en Lycie (actuelle Turquie). Contemporain de l'Empereur Constantin, il serait devenu évêque de Myre vers 300 et serait mort le 6 décembre 345. De son vivant, Nicolas était déjà réputé pour sa foi et pour sa charité en particulier envers les pauvres et les enfants, mais c'est surtout après sa mort que son culte prend une ampleur considérable. Essentiellement car les ossements de Nicolas avaient la particularité de suinter une huile parfumée aux vertus thérapeutiques "La Manne de saint Nicolas" utilisée en baume. De nombreux pèlerins se rendaient chaque année sur les lieux de son tombeau, régulièrement menacé de destruction par les raids des sarrasins. Plusieurs villes italiennes marchandes, souhaitent alors récupérer les reliques. Le 9 mai 1087, soixante-deux marins venus de Bari gagnant de vitesse les navires vénitiens, volent et ramènent les reliques de saint Nicolas. Cette "translatio" a comme but de mettre les reliques en lieu sûr et d'accroître leur vénération. Une basilique est spécialement construite à partir de 1089 à Bari. C'est le début de la Légende Dorée de saint Nicolas... 

Le culte de saint Nicolas

Nicolas est un des personnages les plus populaire de l'hagiographie chrétienne. Son culte est attesté depuis le VIe siècle en Orient et s'est répandu en Occident à partir du Xe siècle. Proclamé protecteur de nombreuses nations et de nombreux corps de métiers, il est toujours très populaire. Le 6 décembre, jour de la saint Nicolas, est fêté traditionnellement dans plusieurs pays européens du Nord et de l'Est de l'Europe notamment la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Suisse. En France, c'est en Lorraine et en Alsace que saint Nicolas est tout particulièrement fêté. 

L'ethnologue Colette Méchin a consacré un ouvrage exceptionnel à Saint Nicolas paru en 1978.
L'ethnologue Colette Méchin a consacré un ouvrage exceptionnel à Saint Nicolas paru en 1978.

La diffusion du culte de Saint Nicolas dans le Nord de l'Europe

Dès les années 950, avant même la translation en 1087 des reliques à Bari, le culte de saint Nicolas s'était fortement diffusée dans le monde germanique. L'historien allemand Karl Meisen démontre dans un remarquable ouvrage, "Nikolauskult und Nikolausbrauch im Abendlande", paru en 1931, le rôle décisif de l'impératrice d'origine grecque Théophano. En effet, la princesse byzantine, épousée en 972 par Otton II, alors héritier du Royaume de Germanie, devint impératrice en 973 et gouverna aux côtés de son mari jusqu'en 983. Théophano et ses héritiers seront à l'origine d'une vénération qui propulsa très vite l'évêque de Myre aux premiers rangs de la dévotion chrétienne. C'est dans ce mouvement que Henri (1055-1093), petit fils de Théophano et abbé du monastère de Gorze également propriétaire du domaine de Varangéville consacre une chapelle "saint Nicolas" à Port. En 1098, dix ans à peine, après l'arrivée des reliques de saint Nicolas à Bari, le chevalier lorrain Aubert de Varangéville y vole une phalange et la rapporte en Lorraine à Port dorénavant dénommé "Saint-Nicolas-de-Port" où elle devient un objet de pèlerinage majeur. 

Statue de saint Nicolas - grand portail de la basilique Saint-Nicolas-de-Port en Lorraine
Statue de saint Nicolas - grand portail de la basilique Saint-Nicolas-de-Port en Lorraine

Saint Nicolas LE patron des Lorrains

Le culte et le pèlerinage de "Saint-Nicolas-de-Port" va connaître un développement considérable après la bataille de Nancy en 1477. En effet, le Duc de Lorraine René II, qui a affronté avec succès l’armée du Duc de Bourgogne Charles le Téméraire, en plaçant ses troupes sous la protection de Saint Nicolas, a décidé de reconstruire en action de grâce la Basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Les travaux débutèrent dès 1481 et une majestueuse basilique en style gothique flamboyant remplaça les églises précédentes.

Pain d'épices de Nancy - pâtisserie Hulot
Pain d'épices de Nancy - pâtisserie Hulot

La légende dorée de saint Nicolas

Les hauts-faits de saint Nicolas, sont relatés dans un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes, qui regroupe dans une compilation la vie d'environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et, suivant les dates de l'année liturgique, certains événements de la vie du Christ et de la Sainte Vierge Marie. Cet ouvrage a influencé de manière très significative l'art depuis le Moyen Âge et a connu un succès considérable. Très rapidement, "La Légende Dorée" devient, avec la Bible et le psautier, une des œuvres les plus lues, les plus copiées mais peut-être aussi les plus augmentées : aux XIVe et XVe siècles, il n'est pas rare d'en trouver des copies contenant pas moins de 400 histoires.

Une des légendes les plus diffusées est celle des "3 jeunes filles". On la retrouve à Hunawihr en Alsace où de magnifiques peintures murales datées de 1493 consacrées à saint Nicolas sont visibles dans le clocher de l'église. La raison de leur présence à Hunawihr est liée aux liens anciens qui unissent Hunawihr et Saint-Dié en Lorraine. 

Un magnifique cycle de peintures murales  représentant quatorze scènes de la vie de saint Nicolas (1493) est visible à Hunawihr en Alsace. Photographie : Anny et Jacques Brandini
Un magnifique cycle de peintures murales représentant quatorze scènes de la vie de saint Nicolas (1493) est visible à Hunawihr en Alsace. Photographie : Anny et Jacques Brandini

En Alsace, saint Nicolas arrive accompagné. 

Le culte de saint Nicolas présent en Alsace avant 1042 a fortement été développé par le pape Léon IX (1002-1054), issu de la famille d'Eguisheim-Dabo.  Ce dernier a déposé des reliques et consacré des chapelles au culte de saint Nicolas notamment dans la célèbre abbaye de Hohenburg (actuel Mont Sainte-Odile). Apprécié des élites, saint Nicolas devient très populaire, plus de cinq couvents portent son nom. Le miracle des trois jeunes filles avait fait de lui un saint de l'assistance aux pauvres et aux enfants. L'habitude d'offrir des cadeaux notamment des sucreries et des pains d'épices se diffuse au cours du Moyen Age. Remis en cause au moment de la Réforme protestante, le culte de saint Nicolas en sortira renforcé. Depuis le XIXe siècle, l'imagerie traditionnelle alsacienne représente saint Nicolas, habillé en évêque, portant sur sa tête une grande mitre et tenant une crosse à la main. Affublé d'une longue barbe blanche, il est traditionnellement accompagné d'un âne appellé "le Peckeresel". Ce dernier transporte sur son dos les friandises, pains d'épices et fruits et même parfois des jouets distribués aux enfants. Mais Saint-Nicolas est également accompagné par un personnage sombre et inquiétant le "Hans Tràpp" qui incarne le côté obscur des nuits d'hiver, et fait mine de voler les enfants et de les emmener avec lui dans son grand sac. C'est le lointain descendant des hommes sauvages.

Carte postale publicitaire pour la boucherie Fincker Frères " saint Nicolas et le bon charcutier de Colmar en France " -  Hansi, Jean-Jacques Waltz, 1939
Carte postale publicitaire pour la boucherie Fincker Frères " saint Nicolas et le bon charcutier de Colmar en France " - Hansi, Jean-Jacques Waltz, 1939

En Alsace, il est d'usage d'offrir une brioche aux enfants le jour de la saint Nicolas. Ce délicieux petit pain brioché s'appelle Mennele dans le Bas-Rhin et Mannala par chez moi dans le Haut-Rhin où l'on parle l'alémanique. Ce qui veut dire petit bonhommeCette brioche est une référence à saint Nicolas et à la légende des 3 enfants sauvés du saloir mais comme de nombreux contes enfantins, la référence cachée est plus sombre et appelle les enfants à la prudence. Il était une fois ...des temps pas si lointains où les grandes famines qui sévissaient dans nos contrées ont poussé certains à sacrifier les plus faibles. 

En Alsace, la brioche de la saint Nicolas s'appelle Mennele dans le nord de notre région et Mannala par chez moi dans le Haut-Rhin où l'on parle l'alémanique. Ce qui veut dire petit bonhomme !
En Alsace, la brioche de la saint Nicolas s'appelle Mennele dans le nord de notre région et Mannala par chez moi dans le Haut-Rhin où l'on parle l'alémanique. Ce qui veut dire petit bonhomme !

Saint Nicolas : objet d'étude 

De l’évêque de Myre à l’ami des enfants qui a inspiré le personnage du Père Noël, la figure de Nicolas a suivi des cheminements complexes qui sont à l’origine de sa présence encore très vivante dans les cultes et l’imaginaire de nos sociétés contemporaines, par-delà les frontières politiques et culturelles. L’évolution de Saint-Nicolas n’est décidément jamais finie. Mais quels cheminements obscurs le bonhomme surgi des ténèbres a-t-il empruntés pour parvenir à nous ? L'émission La Marche de l'Histoire, France Inter le 4 décembre 2014 en retrace l'histoire.

Colloque international Saint Nicolas de l'Orient à l'Occident, Décembre 2013 Saint-Nicolas-de-Port et Lunéville
Colloque international Saint Nicolas de l'Orient à l'Occident, Décembre 2013 Saint-Nicolas-de-Port et Lunéville

En Décembre 2013, 25 chercheurs universitaires de sept nationalités différentes se sont réunis à Lunéville et à Saint-Nicolas-de-Port pour envisager l’histoire du culte de saint Nicolas à l’échelle de l’Europe entière.

Après avoir rappelé les origines de saint Nicolas à travers les apports récents des fouilles archéologiques du groupe épiscopal de Myre en Turquie et les textes de la translation de ses reliques à Bari, les intervenants se sont penchés sur le développement de son culte à travers l’Europe, depuis les empereurs byzantins et ottoniens en passant par les prélats réformateurs francs et les clercs des universités médiévales, jusqu’aux marchands et artisans de la Mitteleuropa, à la lumière de multiples indices (vies de saints, dédicaces, onomastique et toponymie, reliques et reliquaires, sceaux, enseignes de pèlerinage et objets de dévotion…).

L’iconographie a été largement abordée à travers des exemples d’Orient (icônes et images populaires) et d’Occident (enluminures, fresques, vitraux). La démarche proposée inscrite dans la longue durée, a inclut les apports des enquêtes ethnologiques et les formes prises par les fêtes et les traditions dans leurs variations régionales, lorraines et alsaciennes, slaves, latines, hispaniques et anglo-saxonnes. Les actes du colloque ont été  publiés je vous en recommande évidemment la lecture, en voici les références : Véronique Gazeau, Catherine Guyon, Catherine Vincent (Dir), En Orient et en Occident, le culte de saint Nicolas en Europe, Paris, Les Editions du Cerf, 2015

Saint Nicolas est sans doute le saint qui, dans les pays d’Europe, a connu et connaît encore la popularité la plus grande, la plus durable et la mieux partagée entre l’Orient et l’Occident. 

Un magnifique cycle de peintures murales représentant quatorze scènes de la vie de saint Nicolas (1493) est visible à Hunawihr en Alsace.
Un magnifique cycle de peintures murales représentant quatorze scènes de la vie de saint Nicolas (1493) est visible à Hunawihr en Alsace.

Je vous invite à suivre une de mes visites guidées sur les pas de saint Nicolas, et pourquoi pas aller admirer les fabuleuses peintures murales de Hunawihr. Toute l'année sur demande.


Pour en savoir plus : 

  • L'article Saint Nicolas de Myre sur Wikipédia est très complet 
  • Jacques de Voragine, La Légende Dorée,  Points Sagesses6 Février 2014 - L'enthousiasme des premiers lecteurs a fait de la Légende des Saints de Jacques de Voragine la Légende dorée, c'est-à-dire la légende d'or : celle de toutes les histoires et légendes qui entourent la vie et la mort exemplaires des saints chrétiens du premier millénaire après le Christ et des débuts du Moyen Âge.Sans souci de critique historique, l'auteur a récolté des faits épars dans une foule d'écrits, de chroniques et de biographies dispersés. En réalité, ces légendes ne sont pas écrites pour raconter « ce qui s'est vraiment passé », mais pour édifier, par l'exemple magnifique des saints, de leurs paroles de feu et de leurs miracles plus étonnants les uns que les autres, ceux qui veulent marcher à la suite du Christ. Aujourd'hui, la Légende dorée est aussi une extraordinaire « anthologie » naïve, d'autant plus riche d'histoire et de culture que ces légendes ont inspiré très souvent les artistes chrétiens.
  • Musée Lorrain, Saint Nicolas et les Lorrains, entre histoire & légende, Editions serpenoise, 2005
  • Véronique Gazeau, Catherine Guyon, Catherine Vincent (Dir), En Orient et en Occident, le culte de saint Nicolas en Europe, Paris, Les Editions du Cerf, 2015
  • Colette Mechin, Saint-Nicolas, Paris, Bergr-Levrault, 
  • Karl Meisen, Nikolauskult und Nikolausrauch im Abendlande. Eine kultgeographisch-volkskundliche Untersuchung, Mainz, 1931, réédité par Schwann, 1981 

Informations sur l'auteur

Caroline CLAUDE-BRONNER, fondatrice de Chemins Bio en Alsace, guide-conférencière nationale diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.