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Les Vins d'Alsace : Levons-nos VERTS !

Du vert au verre : symbolique, matérialité et culture sensorielle du vin dans l’espace rhénan.

Couleur de la vie, de la croissance et du renouveau, le vert occupe dans les cultures européennes une place symbolique particulièrement féconde dans le domaine du verre à vin et des pratiques de consommation des vins du Rhin et d’Alsace. À la croisée de l’histoire des couleurs, de la culture matérielle et de l’histoire du sensible, le verre vert issu du « Waldglas » médiéval constitue un observatoire privilégié des relations entre nature, technique, symbolique et expérience sensorielle.

Le verre Römer rhénan incarne une véritable synesthésie renforçant la sensation de fraîcheur et de pureté perçue du vin d'Alsace. Römer, milieu XVIe siècle, Musée Unterlinden, Colmar
Le verre Römer rhénan incarne une véritable synesthésie renforçant la sensation de fraîcheur et de pureté perçue du vin d'Alsace. Römer, milieu XVIe siècle, Musée Unterlinden, Colmar

Le vert, couleur fondatrice du vivant

Le récit biblique de la Genèse place le vert au cœur de la création du monde vivant : "Dieu dit: "Que la terre verdisse de verdure, d'herbes portant semence et d'arbres donnant du fruit, chacun selon son espèce. Il en fut ainsi. La terre verdit de verdure, les herbes portèrent semence et les arbres donnèrent du fruit, chacun selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin: ce fut le troisième jour." Genèse, I, 11-13.

Cette première apparition inscrit durablement le vert comme couleur du surgissement de la vie, de la croissance et de la promesse. Dans la pensée médiévale, cette valeur vitale se prolonge et se structure. Michel Pastoureau a montré qu’à l’époque romane le vert est perçu comme une couleur tempérée, apaisante et bénéfique, associée à la médecine et à la pharmacie, et occupant une position centrale dans l’ordre chromatique médiéval [1]. À cette époque, il incarne l’équilibre, la modération et la joie, avant de connaître une progressive instabilité symbolique. La cosmologie médiévale associe chaque élément à une couleur : le blanc à l’air, le noir à la terre, le rouge au feu et le vert à l’eau [2]. Cette association confère au vert une dimension fluide, fraîche et nourricière, préparant son ancrage durable dans l’univers végétal.

La terre verdit de verdure, les herbes portèrent semence et les arbres donnèrent du fruit, chacun selon son espèce.
La terre verdit de verdure, les herbes portèrent semence et les arbres donnèrent du fruit, chacun selon son espèce.

Le verger, la « viriditas » et la culture de la fraîcheur 

À partir du XIIIᵉ siècle, le vert se fixe dans un espace privilégié : le jardin, la prairie, le bosquet et surtout le verger. Le « viridarium » – littéralement « lieu de tous les verts » – devient un espace symbolique central de la littérature courtoise et spirituelle, lieu de repos, de plaisir, de méditation et d’attente [3]. La vigne y tient une place de choix, associant fertilité, joie et transformation. Cette conception trouve un écho majeur dans la pensée d’Hildegarde de Bingen, qui développe la notion de « viriditas » pour désigner la force verdoyante traversant tous les êtres vivants. À la fois principe vital, médical et spirituel, la « viriditas » relie la santé du corps à celle de l’âme et fait de la fraîcheur une valeur essentielle [4]. La fraîcheur devient en effet une catégorie fondamentale de la sensibilité médiévale. Les textes des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles opposent systématiquement le « vert » et le « frais » au « sec ». Le vert n’est donc pas seulement une couleur visible, mais une qualité sensorielle globale engageant la vue, le toucher et l’imaginaire.

Maître du Haut-Rhin, Le Jardin de Paradis, vers 1425, Städel Museum, Francfort
Maître du Haut-Rhin, Le Jardin de Paradis, vers 1425, Städel Museum, Francfort

 

Ambivalences du vert : jeunesse, instabilité et transgression

Si le vert est couleur de jeunesse, d’amour et d’espérance, il est aussi porteur d’une inquiétante instabilité. À la fin du Moyen Âge, il devient la couleur de la fortune changeante, de la folie, du désordre et de la transgression [5]. Il habille à la fois les chevaliers courtois – Tristan en étant l’exemple emblématique – et les figures marginales : le fou, le diable, les sorcières ou le poison [6].

Cette ambivalence explique la relative éclipse du vert dans les royaumes capétiens à partir du règne de Saint Louis, au profit du rouge et du bleu, tandis que les pays d’Empire conservent une affinité durable avec cette couleur. La Réforme calviniste contribuera plus tard à sa réhabilitation, en valorisant les couleurs de la nature comme œuvre directe du Créateur [7].

Retable d'Issenheim ( 1512-1516), détail panneau du Concert des Anges, Musée Unterlinden, Colmar
Retable d'Issenheim ( 1512-1516), détail panneau du Concert des Anges, Musée Unterlinden, Colmar

Le verre vert Rhénan : signe d’un monde en perpétuelle renaissance

Couleur de l’éveil et de la promesse, le vert occupe une place singulière dans l’imaginaire rhénan. Il est d’abord la teinte de la « reverdie », ce moment où la nature renaît après l’hiver et où le plaisir sensible accompagne le retour de la lumière, des feuillages et des chants. Le vert marque ainsi le temps de la fête, des loisirs, de la galanterie et d’une jeunesse retrouvée. Ce renouveau saisonnier est célébré dès l’équinoxe de printemps, autour du 21 mars, par des figures d’« hommes feuillus » ou d’êtres sauvages, héritées de rites païens profondément enracinés. Malgré la christianisation, ces célébrations ont longtemps perduré, parfois intégrées, parfois tolérées. L’Église elle-même inscrit près de l’équinoxe l’une des fêtes majeures de l’année liturgique : l’Annonciation, célébrée le 25 mars, neuf mois avant Noël, qui associe le cycle de la nature à celui de l’Incarnation. Cette sacralisation du végétal se manifeste également lors du dimanche des Rameaux, où feuillages et branches deviennent supports de la mémoire chrétienne.

Jost Haller, Le Retable du Tempelhof de Bergheim, vers 1445, Musée Unterliden, Colmar
Jost Haller, Le Retable du Tempelhof de Bergheim, vers 1445, Musée Unterliden, Colmar

Dans ce contexte symbolique, certains arbres et animaux acquièrent une valeur particulière. Le perroquet — ou papegai— oiseau exotique tel que représenté sur le panneau du Tempelhof au Musée Unterlinden alors très en vogue dans les cours médiévales, se distingue par son plumage toujours vert. Il est associé à la beauté de la parole, à l’éloquence amoureuse et à la séduction courtoise. Sa capacité supposée à parler en fait un emblème de l’amour exprimé, de la parole vivante et performative.

Le Tanzlinde, ou Tilleul de la Danse, a été planté à Bergheim en commémoration des privilèges accordés par l'État autrichien à la ville. Son âge est estimé à plus de 800 ans, bien que certaines sources indiquent une plantation en 1313.
Le Tanzlinde, ou Tilleul de la Danse, a été planté à Bergheim en commémoration des privilèges accordés par l'État autrichien à la ville. Son âge est estimé à plus de 800 ans, bien que certaines sources indiquent une plantation en 1313.

Le tilleul (Linde), quant à lui, est l’arbre par excellence des sociétés médiévales rhénanes. Apprécié pour ses vertus médicinales — il soigne, apaise et soulage — il est aussi un matériau de prédilection pour la sculpture, comme en témoigne le retable d’Issenheim, chef-d’œuvre de la fin du Moyen Âge réalisé en bois de tilleul. Arbre de l’amour et de la communauté, il est également un arbre musical et festif : sous les "Tanzlinden", les tilleuls de danse, on se rassemble, on chante et on célèbre l’union des corps et des voix.

Martin Schongauer (vers 1445-1491), Le Retable des Dominicains de Colmar, vers 1480, détail "Noli me Tangere", Musée Unterlinden , Colmar
Martin Schongauer (vers 1445-1491), Le Retable des Dominicains de Colmar, vers 1480, détail "Noli me Tangere", Musée Unterlinden , Colmar

Le vert devient ainsi la couleur de l’espérance et de la fécondité. Il est associé aux femmes enceintes, à la promesse de la vie à venir, comme le suggère subtilement le Portrait des époux Arnolfini de Jan van Eyck, où la dominante verte renforce l’idée de fertilité et de prospérité. Dans l’art rhénan, cette symbolique se prolonge chez Martin Schongauer, notamment dans le "Noli me tangere", où le jardin verdoyant devient espace de révélation, de transformation et de passage entre le visible et le spirituel.

Gruenspiel - le jeu des verts - Domaine Marcel Deiss, Bergheim, Alsace
Gruenspiel - le jeu des verts - Domaine Marcel Deiss, Bergheim, Alsace

Dans l’imaginaire médiéval rhénan, le vert ne se réduit pas à une simple couleur : il constitue un véritable langage symbolique. Le perroquet incarne l’amour parlé, la beauté du verbe et la séduction courtoise ; le tilleul, arbre bienveillant et protecteur, unit soin du corps, lien social et expression artistique. Ensemble, ils composent un paysage mental où le végétal et l’animal dialoguent avec les aspirations humaines.

Couleur des forêts, de la chasse et de la jeunesse chevaleresque, le vert est aussi celle du destin et de la fortune, instables et changeants. Il tisse un imaginaire complexe où se rencontrent amour et espérance, musique et danse, nature et sacré — un imaginaire profondément ancré dans l’espace rhénan, où la couleur verte devient le signe d’un monde en perpétuelle renaissance.

Détail de la première carte imprimée du Rhin supérieur, "Tabula Nova Particularis Provincie Rheni Superioris" dessinée par Martin Waldseemüller extraite de la « Cosmographie » de Ptolémée, éditée par Jean Schott à Strasbourg, en 1520
Détail de la première carte imprimée du Rhin supérieur, "Tabula Nova Particularis Provincie Rheni Superioris" dessinée par Martin Waldseemüller extraite de la « Cosmographie » de Ptolémée, éditée par Jean Schott à Strasbourg, en 1520

"Le septième chapitre dans lequel il est enseigné, comment l’on doit goûter le vin quand on doit en acheter ou en vendre

car qui veut vendre son vin doit mettre tous ses soins à le déguster et à le faire goûter. 


Munis-toi donc d’un joli petit verre parfaitement propre de couleur verte. Le vin y prendra une belle couleur à observer.

Puis il doit déguster le vin sous un ciel serein et clair. 
Sa couleur et son goût en seront d’autant meilleurs."

 

 

Le Maître de Chai, Kellermeisterey, Strasbourg : Apiarius, 1536

Prov. Comtes de Ribeaupierre, Bibliothèque des Dominicains de Colmar


 

Le retour du vert : liberté, nature et imaginaire romantique

C’est au XVIIIᵉ siècle que le vert connaît une véritable renaissance symbolique. Il devient couleur de la nature idéalisée, du sentiment et de la liberté, en résonance avec les sensibilités préromantiques et romantiques [8]. Les « tilleuls de la Liberté » plantés à la Révolution française en sont un symbole fort.

Dans l’espace rhénan et germanique, cette revalorisation s’accompagne d’un renouveau des formes verrières vertes : le « Römer » à pied verdoyant et la bouteille élancée dite « flûte rhénane » de couleur verte. La plus ancienne bouteille connue de ce type, conservée au Schloss Johannisberg, date de 1748. Sa forme élancée s’inscrit dans un imaginaire de la verticalité, évoquant à la fois les flèches des cathédrales rhénanes et les sapins des forêts vosgiennes [9].

 

Voir mes articles de blog  : 

  • La flûte du Rhin, une bouteille en héritage https://www.cheminsbioenalsace.fr/2026/01/08/la-flûte- du-rhin-une-bouteille-en-héritage/
  • Le Jeudi Vert : une tradition alsacienne https://www.cheminsbioenalsace.fr/2020/04/03/le-jeudi-vert-une-tradition-alsacienne/
  • ART, VINS et BAINS en Alsace https://www.cheminsbioenalsace.fr/2019/03/18/les-vins-et-bains-de-printemps-à-colmar-du-xve-au-xviiie-siècle/ 
Martin Schongauer (vers 1445-1491) Le Retable des Dominicains de Colmar, vers 1480, détail "La sainte Cène", Musée Unterlinden, Colmar
Martin Schongauer (vers 1445-1491) Le Retable des Dominicains de Colmar, vers 1480, détail "La sainte Cène", Musée Unterlinden, Colmar

 

Le « Waldglas » : une esthétique née de la forêt

Le verre vert rhénan est indissociable de son environnement de production. Les verreries s’installent au cœur des forêts, où elles trouvent la silice issue des sables gréseux, la potasse obtenue par lessivage des cendres de fougères et de hêtre, ainsi que le bois nécessaire à la cuisson. Cette technique produit le « Waldglas », ou « verre de forêt », dont la teinte verte caractéristique provient des oxydes de fer naturellement présents dans le sable gréseux [10]. L’industrie verrière, attestée dans le massif vosgien dès le XVe siècle, transforme durablement le paysage forestier et implique une gestion rigoureuse des ressources, souvent encouragée par les autorités seigneuriales [11]. De la fusion des fougères et du hêtre naissent des verres teintés, comme les « Nuppenbecher », « Rippenbecher », « Krautstrunk » ou « Stangenglas ».

BIBITE EX HOC OMNE CUM LAETITIA 1608/ LAETIFICAT COR HOMINIS VINUM  Buvez-en avec une joie suprême. /1608 / Le vin rend joyeux le cœur de l’homme. Roemer de 1608, vallée du Rhin, Metropolitan Museum of Art
BIBITE EX HOC OMNE CUM LAETITIA 1608/ LAETIFICAT COR HOMINIS VINUM Buvez-en avec une joie suprême. /1608 / Le vin rend joyeux le cœur de l’homme. Roemer de 1608, vallée du Rhin, Metropolitan Museum of Art

 

Le Römer : un objet synesthésique

Dans la seconde moitié du XVIᵉ siècle apparaît le « Römer » - le « Romain », dérivé du « Krautstrunk », reconnaissable à son fût orné de prunts et à sa coupe évasée. De teinte verte, il devient le verre emblématique des vins du Rhin et notamment des vins blancs d’Alsace [12].

Les peintres hollandais de l’âge d’or – Willem Claesz Heda, Pieter Claesz, Jan van de Velde – ont largement contribué à fixer son iconographie. La couleur verte, la transparence du verre et le relief tactile des cabochons sollicitent simultanément la vue, le toucher, l’odorat et le goût. Le « Römer » incarne ainsi une véritable synesthésie, renforçant la sensation de fraîcheur et la pureté perçue du vin [13].

Floris Claesz van Dijck : Nature morte aux fromages, vers 1615, Rijksmuseum Amsterdam
Floris Claesz van Dijck : Nature morte aux fromages, vers 1615, Rijksmuseum Amsterdam
Frédérique Goerig et Suzanne Plouin (dir.), « Merveilles de verre. Trésors des musées et collections privées d’Alsace », Colmar, Musée Unterlinden / La Nuée Bleue, 2006
Frédérique Goerig et Suzanne Plouin (dir.), « Merveilles de verre. Trésors des musées et collections privées d’Alsace », Colmar, Musée Unterlinden / La Nuée Bleue, 2006

Vin du Rhin, distinction sociale et culture matérielle

Comme l’a montré Jean-Louis Flandrin, le vin occupe dans l’Europe du Nord une fonction fondamentalement différente de celle qu’il remplit dans les régions méditerranéennes. Boisson quotidienne et hygiénique au Sud, il devient au Nord un produit rare, festif et distinctif, marqueur de prestige social [14]. Les verres verts « Römer » ou « Berkemeyer » participent pleinement de cette distinction. Leurs prunts, à la fois décoratifs et fonctionnels, évoquent les bourgeons végétaux et rappellent les gobelets de bois primitifs, renforçant le lien symbolique entre nature, boisson et convivialité. En raison de la popularité et de l'attrait esthétique du verre de forêt, les verriers allemands ont continué à le fabriquer même après avoir été capables de produire du verre incolore. En 1562, un observateur a écrit : « Il est habituel que le verre soit de nature blanche et brillante, cependant les gens de ces régions produisent généralement pour le vin des verres verts dans lesquels une mesure de vin fin et brillant a l'air beau et agréable, et qui donne au vin une couleur fine. »

Trinquer ne vient-il pas de l’allemand « trinken », boire ? Cette fonction « festive» bien distincte de sa fonction « gastronomique » telle qu’elle est connue en France fait du vin le produit d’importation d’exception - la boisson à la mode - qu’il est de bon ton de se procurer. Une denrée précieuse et rare, aux mille vertus, voilà ce qui intéresse les marchands flamands qui sauront s’en faire les fournisseurs avisés auprès de parties de l’Europe toutes prêter à en payer un bon prix.

Voir mon article de Blog : « Le VIDRECOME ou l'Art de boire ensemble » https://www.cheminsbioenalsace.fr/2023/01/31/le-grand-retour-du-wìdderkùmme/

Frédérique Goerig et Suzanne Plouin (dir.), « Merveilles de verre. Trésors des musées et collections privées d’Alsace », Colmar, Musée Unterlinden / La Nuée Bleue, 2006
Frédérique Goerig et Suzanne Plouin (dir.), « Merveilles de verre. Trésors des musées et collections privées d’Alsace », Colmar, Musée Unterlinden / La Nuée Bleue, 2006

Objets de table, objets de sens : le retour des verres à pied verts alsaciens

Héritiers d’une longue et prestigieuse tradition verrière, les verres à pied verts alsaciens, aujourd’hui souvent relégués au rang d’objets folkloriques, véhiculent en réalité une mémoire culturelle et symbolique bien plus dense qu’il n’y paraît. Leur teinte verte, loin d’être un simple effet décoratif, s’inscrit dans une histoire technique et économique précise ainsi que dans un imaginaire rhénan où le verre coloré dialogue avec la nature, la vigne et la forêt.

Décriés par les sommeliers et les dégustateurs contemporains, qui leur reprochent d’altérer la perception visuelle du vin et de ne pas répondre aux canons actuels de la dégustation analytique, ces verres témoignent pourtant d’un autre rapport au vin : un rapport d’usage, de convivialité et de quotidien, où le vin se boit avant de se commenter. Leur forme, leur épaisseur et leur couleur disent une culture de la table paysanne et bourgeoise, davantage tournée vers le partage que vers la performance sensorielle.

Paradoxalement, ce sont aujourd’hui les designers et les décorateurs d’intérieur qui redécouvrent leur potentiel. Appréciés pour leur singularité, leur matérialité et leur pouvoir évocateur, les verres à pied verts alsaciens s’inscrivent dans une esthétique du retour à l’authentique et au local. Recontextualisés, ils cessent d’être de simples reliques pour devenir des objets de récit, capables de relier patrimoine, design et art de vivre contemporain.

Du vert biblique de la création au verre vert des tables rhénanes, se dessine donc une continuité culturelle profonde. Couleur du vivant, de la fraîcheur et de l’espérance, mais aussi de l’instabilité et du trouble, le vert trouve dans le verre à vin une matérialisation exemplaire. Objet technique, esthétique et symbolique, le « Römer » incarne une culture du vin où s’entrelacent nature et artifice, sensorialité et représentation, usage social et imaginaire collectif. À travers lui, le vin n’est pas seulement bu : il est vu, touché, ressenti et pensé.

Levons nos VERTS ! Hunawihr - Alsace photographie : www.cheminsbioenalsace.fr
Levons nos VERTS ! Hunawihr - Alsace photographie : www.cheminsbioenalsace.fr

Notes de bas de page 

 

[1] Michel Pastoureau, « Vert. Histoire d’une couleur », Paris, Seuil, 2013, p. 65-90.

[2] Michel Pastoureau, « Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental », Paris, Seuil, 2004, p. 115-13

[3] Hildegarde de Bingen, « Physica » et « Causae et Curae », trad. et commentaires modernes ; voir également Barbara Newman, « Sister of Wisdom: St. Hildegard’s Theology of the Feminine », Berkeley, University of California Press, 1987, p. 35-60.

[4] Jacques Le Goff, « Le symbolisme du jardin au Moyen Âge », dans « L’imaginaire médiéval », Paris, Gallimard, 1985, p. 203-221. 

[5] Michel Pastoureau, "Vert", op. cit., p. 191-230

[6] Jean-Claude Schmitt, « Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale », Paris, Gallimard, 1994, p. 145-158. 

[7] Carlos M. N. Eire, “War Against the Idols”, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, p. 213-225. 

[8] Anne-Marie Thiesse, « La création des identités nationales », Paris, Seuil, 1999, p. 87-95. 

[9] Philippe Jehin, « Verriers et forêts sous l’Ancien Régime en Alsace », Les Actes du CRESAT, 2020, p. 7-28. 

[10] Antoine Stenger, « Verreries et verriers en Alsace du XVIᵉ au XXᵉ siècle », Saisons d’Alsace, n° 99, 1988, p. 5-107. 

[11] Frédérique Goerig et Suzanne Plouin (dir.), « Merveilles de verre. Trésors des musées et collections privées d’Alsace », Colmar, Musée Unterlinden / La Nuée Bleue, 2006, p. 86-87. 

[12] Jean-Pierre Got, « Le verre de vin dans la peinture hollandaise de l’âge d’or », dans C. Bouneau et M. Figeac (dir.), « Le verre et le vin de la cave à la table », Pessac, MSHA, 2007, p. 251-265. 

[13] Jean-Louis Flandrin, « L’ordre des mets », Paris, Odile Jacob, 2002, p. 301-320. 

[14] Burghart Schmidt, « Le vin et le verre dans les villes portuaires de l’Allemagne du Nord », dans « Le verre et le vin… », op. cit., p. 251-265.  

Bibliographie 

  • Pastoureau, Michel, « Vert. Histoire d’une couleur », Paris, Seuil, 2013.
  • Pitte, Jean-Robert, « La bouteille de vin. Histoire d’une révolution », Paris, Tallandier, 2013.
  • Flandrin, Jean-Louis, « L’ordre des mets », Paris, Odile Jacob, 2002.
  • Le Goff, Jacques, « L’imaginaire médiéval », Paris, Gallimard, 1985.
  • Bouneau, Christophe ; Figeac, Michel (dir.), « Le verre et le vin de la cave à la table du XVIIᵉ siècle à nos jours », Pessac, MSHA, 2007.
  • Goerig, Frédérique ; Plouin, Suzanne (dir.), « Merveilles de verre », Colmar, Musée Unterlinden / La Nuée Bleue, 2006.
  • Jehin, Philippe, « Verriers et forêts sous l’Ancien Régime en Alsace », Les Actes du CRESAT, 2020.
  • Stenger, Antoine, « Verreries et verriers en Alsace du XVIᵉ au XXᵉ siècle », Saisons d’Alsace, n° 99, 1988.

Cet article a été rédigé par Caroline CLAUDE-BRONNER

fondatrice de Chemins Bio en Alsace , guide conférencière diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.