Le Retable de Kaysersberg | 500 ans de Passion

Le magnifique retable de la Passion que l'on peut aujourd'hui encore contempler dans le choeur de l'église Sainte-Croix de Kaysersberg fête cette année ses 500 ans.
Le magnifique retable de la Passion que l'on peut aujourd'hui encore contempler dans le choeur de l'église Sainte-Croix de Kaysersberg fête cette année ses 500 ans.

Le retable de la Passion de l'église Ste-Croix qui compte parmi les chefs d'oeuvre de la Renaissance de l'espace rhénan fête en 2018 ses 500 ans !

Exécutées par Hans Bongart et son atelier de Colmar entre 1518 et 1521, les différentes scènes sont travaillées en bas-relief, en haut-relief ou en ronde bosse. Autour d'un panneau central qui représente une crucifixion, quatorze reliefs dorés et polychromes relatent la passion du Christ depuis son entrée à Jérusalem jusqu'à sa Résurrection. Le retable est couronné de 3 statues : l'impératrice Hélène devenue Sainte Hélène, encadrée de Saint Christophe et Sainte Marguerite. Sur le revers du retable, 4 tableaux de Matthias Wuest datés de 1621 racontent l'histoire de l'Invention de la Sainte-Croix : le songe de l'Empereur Constantin avant sa bataille contre Maxence, sa mère, Sainte Hélène, à la recherche de la vraie croix, l'identification de la vraie croix, la restitution à Jérusalem de la croix par l'empereur Héraclius.

Le Retable a été commandé en 1518, par le Magistrat de Kaysersberg, au sculpteur "Hans". La lettre de commande contenait un devis très précis soit un crucifix et 4 scènes de la Passion, des volets, chacun avec 4 scènes de la Passion en bas-relief, une prédelle avec le Christ et 12 apôtres en bustes et 3 statues debout de sainte Hélène, saint Christophe et sainte Marguerite, le tout pour 180 florins.

Le sculpteur du retable est à nouveau cité dans un document en 1521 de façon plus précise cette fois. L'auteur du document précise qu'il s'agit de "Maître Hans sculpteur à Colmar". Cette mention a permis l’identification incontestable du sculpteur Hans Bongart attesté à Colmar de 1511 à 1549.

Les sculptures en ronde bosse et en haut relief de la partie centrale sont plus habiles que celles des bas-reliefs et permettent de supposer la collaboration de compagnons issus vraisemblablement de son atelier colmarien.

Des influences diverses et prestigieuses

L'oeuvre est marquée par des influences diverses : les compositions sont largement inspirées des gravures de Martin Schongauer, célèbre compatriote colmarien décédé en 1491. Sept d'entre elles sont conservées au Musée Unterlinden à Colmar.

Les sculptures du couronnement rappellent la sculpture strasbourgeoise de la fin du 15e siècle. Le réalisme des bustes de la prédelle est dans la tradition de Nicolas de Haguenau.  Les personnages masculins rappellent l'art du sculpteur bâlois contemporain, Martin Hoffmann.

Le thème de la passion

Fréquent dans la peinture et la gravure depuis le Moyen Âge, le thème de la Passion devient également un thème très populaire dans la gravure. Les graveurs s'inspirant voir copiant les nombreuses illustrations en circulation.

Les personnages principaux

Sainte Hélène portant la Croix, mère de l'Empereur Constantin est reconnue comme ayant "inventé" la Sainte Croix, c'est à dire ayant fait procéder aux fouilles permettant de retrouver la Croix du Christ vers 326 à Jérusalem. L'église paroissiale date de 1230. Dédiée à l'origine à la Vierge, elle est dite sous la patronage de "L'Invention de la Sainte-Croix" depuis le début du XVe siècle.

Saint Christophe, exalte la puissance du Christ ressuscité. Christophe dérive des mots grecs Khristos (Christ) et phorein (porter), c'est-à-dire celui qui porte le Christ, en allusion à un géant légendaire initialement nommé « Réprouvé » qui aurait aidé l'enfant Jésus à traverser une rivière. Encore au XVIe siècle, il passait pour mettre à l'abri des maladies quiconque voyait sa statue.

La présence de sainte Marguerite reste une égnime. Cette sainte légendaire morte vers 305 se serait convertie au christianisme et aurait fait vœu de virginité. Subissant les avances du gouverneur romain « Olybrius », elle refuse de céder et d'abjurer sa foi. La légende dorée veut qu'elle fut alors avalée par un monstre, dont elle transperça miraculeusement le ventre pour en sortir indemne au moyen d'une croix. C'est pourquoi on la représente généralement « accompagnée d'un dragon ». Pour Jacques de Voragine dans la Légende dorée, elle l'aurait piétiné et ainsi vaincu . Le dragon symbolise le diable et le paganisme. Son martyre se poursuit et elle meurt décapitée.

De nombreuses restaurations

Le retable a connu une première restauration en 1621 par le peintre Mathias Wuest qui fut chargé de polychromer, de dorer et de réparer ce qui était cassé. Wuest fût également chargé par le Magistrat de Kaysersberg de peindre avec des "bonnes et durables couleurs" l'histoire de la sainte Croix et la Salutation angélique au revers. L'ensemble devant être conforme aux demandes et donner satisfaction. L'artiste devant recevoir pour ce travail 600 livres et 300 litres de vin.

Les ateliers Klem de Colmar procèdent à des restaurations et à de nombreuses modifications structurelles en 1883 et 1900.

Le retable sera mis en sécurité dans une chapelle adjacente lors des combats de la Libération en 1944/1945. Remis en place, il est alors particulièrement éprouvé par le temps et est en mauvais état. Le Chef d'oeuvre de Hans Bongart sera classé Monument Historique en 1967 et bénéficiera d'une restauration à la fin des années 1960 pour retrouver tout son éclat.

Pour en savoir plus, je vous propose des visites guidées de Kaysersberg sur demande

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