L'église de Hunawihr ou le partage de Dieu !

Aujourd'hui, on trouve encore 50 églises « simultanées » en Alsace. La plus célèbre d'entre-elles étant celle de Hunawihr, qui est aussi mon village !

Le simultaneum des cultes renvoie à une réalité cultuelle et juridique spécifique à l’Alsace-Moselle, et désigne un système d’occupation commune d’un seul édifice par deux, voire trois communautés religieuses, catholique – luthérienne et/ou réformée. Il s’applique dans les communes dont chaque communauté paroissiale n’avait pas les moyens de disposer d’un lieu de culte particulier.
Historiquement, les premières traces de simultaneum apparaissent avant la guerre de Trente ans. Mais c’est sous Louis XIV que l’Alsace voit ce système de cohabitation s’imposer. Une lettre de Louvois, secrétaire d’Etat en charge de l’Alsace, donne en 1684 les conditions requises pour l’établissement d’un simultaneum : lorsque sept familles catholiques habitent dans une commune, le choeur de l’église doit être réservé au culte catholique, la nef étant commune aux deux cultes (catholique et luthérien). Parallèlement, les curés de ces « microparoisses» seront rémunérés par l’État, d’où leur nom de « cures royales ».

Partages et disputes
Le simultaneum entraîne également le partage de la sacristie (dans certains cas, la sacristie est divisée en deux zones avec deux armoires ; dans d’autres, chaque culte a son local). En revanche, le fourneau, les cloches, l’orgue sont communs,ce qui donne lieu à toutes sortes d’épisodes marquant l’hostilité entre les communautés. La dispute de Hunawihr est restée célèbre, je vous la raconte volontiers lors d'une visite...

La géographie interne de l’église se trouve marquée par cette division : on ferme le choeur catholique par un rideau ou une cloison pendant l’office protestant ; le confessionnal (meuble catholique) est placé dans le choeur (à Hunawihr il est caché derrière l'autel !) L’autel catholique étant consacré et normalement fixe, il n’est pas possible d’y célébrer la cène protestante. On trouve donc deux autels : le catholique dans le choeur et le luthérien dans la nef. Le pasteur a sa stalle dans la nef, et conserve l’usage de la chaire. Le décor du choeur est laissé à la discrétion du culte catholique, la nef doit rester neutre.

Au XIXe siècle, après l’application du concordat et des articles organiques en 1802, le système se perpétue par la force des choses, la plupart des communes n’ayant pas les moyens de construire un édifice spécifique à chaque culte. A partir des années 1842-1843 un mouvement important est crée pour mettre fin à ce « scandale », opération sur le long terme qui est favorisée par le développement démographique de l’époque. Aujourd’hui, une cinquantaine d’églises dont celle de Hunawihr restent soumises au simultaneum, avec des assouplissements importants dont la mise en place d’un autel commun constitue le signe évident d’une pacification des esprits et des relations inter-confessionnelles.

A Hunawihr, les cimetières également sont "partagés", venez le découvrir...

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Informations sur l'auteur

Caroline CLAUDE-BRONNER

fondatrice de Chemins Bio en Alsace , guide conférencière diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.

 

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