Les peintures murales de Saint-Nicolas à l'église de Hunawihr

Dans le clocher de la célèbre église de Hunawihr -mon village- nous pouvons découvrir de magnifiques peintures murales. Redécouvertes en 1879 lors de travaux de rénovation du clocher de l'église, elles ont été classées "Monument Historique" en 1929. Elles racontent en quatorze tableaux, des épisodes de la vie de Saint-Nicolas ainsi que des miracles accomplis après sa mort. 

Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini
Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini

Il était prévu que je vous propose une conférence sur les peintures murales de Saint-Nicolas de l'église de Hunawihr, le 6 Décembre 2020. Nous vous donnerons rendez-vous en 2021 ! En attendant, si le sujet vous intéresse n'hésitez pas à me contacter. Des visites guidées peuvent être organisées toute l'année sur demande. 


D'après plusieurs sources, les peintures murales du clocher de l'église de Hunawihr dateraient de la fin du XVe siècle. La date retrouvée peinte sur les voûtes du clocher indique 1493, porte d'entrée dans le monde moderne. A cette date, la nouvelle de la découverte d'un nouveau monde par Christophe Colomb se propage tout doucement à travers l'Europe des érudits. La Renaissance Italienne est à son apogée, et dans notre contrée commence une ère de prospérité inégalée, appelée le "Siècle d'Or" mais également un siècle de profondes mutations intellectuelles et spirituelles. Dans la vallée du Rhin-Supérieur, on s'attarde dans un art gothique arrivé à maturité, la flamboyance de ce style donne aux édifices une splendeur rayonnante. 

L'auteur des peintures murales de Hunawihr est inconnu, cependant l'importance considérable qu'il donne au paysage le place dans la tradition des peintres hauts-rhénans qui depuis Conrad Witz et Martin Schongauer introduisent très largement la nature dans leurs compositions. Il en est de même pour les détails : le baptistère en forme de calice se trouve à plusieurs reprises dans l'art alsacien du XVe siècle, de même la table ronde du change ou encore le costume du jeune hobereau. 

Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini
Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini

Au moment de leur redécouverte en 1879 et du fait de leur piètre état, les peintures murales ont été restaurées à l'initiative de l'architecte Charles Winkler. Ces interventions ont donné lieu à de larges retouches, et à des mauvaises interprétations. C'est seulement en 1934, que Joseph Walter, spécialiste en histoire médiévale, découvre que derrière Sainte-Hune se cache Saint-Nicolas. Cette découverte fait l'objet de quelques lignes dans son article intitulé "Les peintures murales du Moyen Age en Alsace" et publié dans les Archives alsaciennes d'histoire de l'art, tome III, 1934, n° 11  : "L'étage inférieur du clocher de Hunawihr est entièrement couvert de fresques historiées malheureusement mal interprétées par une restauration inintelligente. Sans entrer dans les détails, nous pouvons prétendre que tous les auteurs qui se sont occupés de ce cycle prétendirent qu'il s'agissait de la légende de Ste Hune et de Saint Déodat, son fils. En réalité, ce sont des miracles tirés de la légende de Saint-Nicolas. Il ne sera pas difficile de déchiffrer ces tableaux sur la base de cette légende. Les peintures semblent appartenir au commencement du XVIe siècle" 

Cette découverte livre enfin les clefs pour décrypter les messages cachés derrière les peintures murales. 

Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini
Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini

Il s'agit d'une adaptation en "bande dessinée" de la légende de Saint-Nicolas popularisée grâce à la célèbre "Légende Dorée". Cet ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes, raconte la vie d'environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et, suivant les dates de l'année liturgique, certains événements de la vie du Christ et de la Sainte Vierge Marie. "La Légende dorée" a influencé de manière très significative l'art depuis le Moyen Âge et a connu un succès considérable. Très rapidement, "La Légende Dorée" devient, avec la Bible et le psautier, une des œuvres les plus lues, les plus copiées mais peut-être aussi les plus augmentées : aux XIVe et XVe siècles, il n'est pas rare d'en trouver des copies contenant pas moins de 400 histoires.

Pour réaliser ses compositions, l'artiste du Moyen Age s'inspire la plupart du temps de récits hagiographiques. Il dispose donc de sources écrites, "la Légende Dorée" ,"le Passional", poème composé vers 1300, connu en Alsace dès le Xllle siècle sous sa forme manuscrite, et le "Der Heiligleben". Ce dernier est écrit en prose et a été composé vers 1400 puis rendu célèbre par l'imprimerie, puisque 18 éditions en sont données avant la fin du siècle dont une à Strasbourg. Il existe d'autres sources mais très souvent incomplètes. Gérard Christmann est persuadé que l'artiste a utilisé le " Der Heiligleben" car dans ce récit se trouve un épisode manquant dans "la Légende Dorée" et pourtant représenté à Hunawihr. 

Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini
Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini

Le registre supérieur évoque des épisodes de la vie du Saint : Saint-Nicolas apportant son soutien financier à trois jeunes filles que leur père voulait prostituer, Saint-Nicolas choisi pour succéder à l'évêque de Myre puis intronisé et sacré évêque de force, Saint-Nicolas apportant son secours à un navire dans la tempête, Saint-Nicolas libérant trois innocents injustement condamnés à mort, Saint-Nicolas qui fait abattre l'arbre du culte idolâtre de Diane puis déjouant la vengeance du Diable voulant incendier son église, la mort de Saint-Nicolas et le transfert de son corps dans la cathédrale de Bari.

Le registre inférieur évoque les miracles opérés après la mort du Saint : Le premier tableau montre la résurrection de trois enfants, dont la légende nous conte qu'ils furent tués et découpés puis mis dans un saloir. Cette légende reposerait sur une interprétation erronée de l'image. Les traits verticaux et horizontaux qui découpent les enfants seraient en réalité les barreaux de la prison. Saint-Nicolas aurait payé la rançon pour leur libération comme il donna de l'argent aux trois jeunes filles pour qu'elles n'aient pas à se prostituer. Nous voyons ensuite le miracle du chevalier-brigand qui, poursuivi, saute sans dommage le Danube grâce à l'intervention de Saint-Nicolas, celui de l'enfant qui, enlevé par les infidèles, est libéré par Saint-Nicolas et l'histoire du jeune chrétien tentant de flouer un juif auquel il avait emprunté de l'argent. Le chrétien est puni par Saint-Nicolas qui le fait s'endormir sur un chemin où un chariot l'écrase. Cette action, complétée par la résurrection du chrétien, amène la conversion du juif.

Un quinzième tableau, peut être un peu plus tardif, situé à droite, représente le couronnement de la Vierge par la Trinité à moins qu'il ne s'agit d'une représentation de la béatification de Sainte Hune ? Des recherches sont en cours peut-être arriverons nous à trouver des éléments pour avancer dans la connaissance. 

Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini
Les fresques de Saint Nicolas à Hunawihr - photographies : Anny et Jacques Brandini

A Hunawihr, l'influence du texte sur l'image est évidente comme le prouve le parallélisme constant tant au niveau des éléments du récit que de sa trame et de son articulation. Mais la dépendance n'est pas aussi étroite qu'on pourrait le supposer parce que l'artiste en charge de la réalisation profite largement de l'imprécision de certaines indications trop générales pour innover dans le détail, que dans le cadre d'une structure contraignante, il opère des choix par un tri qui lui est propre. Nous n'avons que peu d'indications possible sur le nom et l'origine de cet artiste, rendons lui néanmoins hommage, et espérons que ces peintures murales puisent être préservées au moins aussi longtemps qu'elles l'ont été jusqu'à aujourd'hui. 

Nous souhaitons également mentionner nos prédécesseurs qui ont oeuvré pour la sauvegarde et mise en valeur de ce riche patrimoine. Ainsi dès 1966, le maire de Hunawihr Roger Kuhlmann entouré d'une dynamique équipe crée l'Association des Amis de l'église Historique de Hunawihr. Un des premiers objectifs de la jeune association est de faire restaurer les fresques. Cela se réalise en 1968, ce sont les ateliers Rostain de Paris qui redonnent aux peintures murales leur aspect originel. C'est une réussite, mais il faut déjà penser à leur sauvegarde future et puis il reste tant de mystères à découvrir. 


Sources et Bibliographie :

BRONNER Caroline, article "Les fresques de Saint Nicolas de l’église Hunawihr", in Bulletin N°7 de l’Association des Amis de l’église historique de Hunawihr,  1998, pp 6-25.

GABEL Maurice et HOLTZMANN Albert, "Les énigmes de Saint Nicolas de Sylo " in Dialogues Transvosgiens, n° double 1/2, réédition de 1992, pp 128-131 . 

RONSIN Albert, "Vignes d'Alsace du Chapitre de Saint Dié du XIVe au XVIIe siècle", in Dialogues Transvosgiens, n°11, 1996, pp 137-147. 

CHRISTMANN Gérard, "L'image du juif dans la société chrétienne de la fin du Moyen Age d'après l'iconographie des fresques de l'église de Hunawihr", in Saisons d'Alsace, Numéro Spécial « les Juifs en Alsace », 1975. 

Bulletin de la société pour la conservation des Monuments Historiques d'Alsace, II série, onzième volume, Strasbourg, 1881, pp 38 - 41. 

KRAUS F.X, Kunst und Alterthum in Elsass-Lothringen, Il, Strasbourg, 1884, pp 177 - 180. A. Scherlen, Perles I, 1926, pp 259-263. 

WALTER Joseph, "Les peintures murales du Moyen Age en Alsace", in Archives Alsaciennes d'histoire de l'art, tome III, 1934, n° 13. 

ROTT Jean, "La légende de Saint Nicolas et les fresques de l'église de Hunawihr". in Archives de l'église d'Alsace, Tome II, 1948, pp 309-312. 

VORAGINE (de) Jacques, La Légende Dorée.

 

Colloque : "La peinture murale en Alsace au cour du Rhin-Supérieur du Moyen Age à nos jours" -  Guebwiller , 2- 5 octobre 2019, Dominicains de Haute-Alsace et Château de la Neuenbourg

pour en savoir plus : https://grpm.asso.fr/wp-content/uploads/2019/06/Colloque-Guebwiller_Flyer_F.pdf


Informations sur l'auteur :

Caroline CLAUDE-BRONNER, fondatrice de Chemins Bio en Alsace. Guide conférencière diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.