Chapitre 2 :  La crise : 1871-1918

Nous venons d'évoquer les difficultés des vignerons alsaciens qui brutalement confrontés aux lois allemandes ont du mal à valoriser leurs produits. Devenue une région de production de masse, le vignoble alsacien perd son ancienne identité de région viticole de qualité. Avec les deux dernières décennies du XIXe siècle, débute une période funeste pour la viticulture en Alsace et l'apparition de deux nouvelles maladies de la vigne, le phylloxéra et le mildiou entraîne les vignerons alsaciens dans la spirale de la misère et du déclin.

I) La grande peur du phylloxéra

A) Qu'est-ce que le phylloxéra ?

C'est en Angleterre, dans les serres à raisins de table d'Hammersmith, près de Londres, que Westwood, célèbre entomologiste d'Oxford,  découvre en 1863 des galles sur des feuilles de vigne. II note également leur présence sur les racines. En France, la même année, une étrange maladie de la vigne apparaît dans le Gard aux environs d'Arles.

Devant l'inquiétude des vignerons qui voyaient leurs vignobles dépérir sans moyen de lutte à leur disposition, la société d'agriculture du Vaucluse adresse une demande officielle à la société centrale d'agriculture de l'Hérault, à Montpellier. Une commission d'étude est immédiatement crée. Elle est composée de Gaston Bazille, président de la société centrale d'agriculture de I'Hérault et viticulteur, de Jules-Emile Planchon, professeur de botanique à la faculté des sciences de Montpellier et de Félix Sahut, horticulteur. Cette commission se rend sur le terrain, où elle établit très vite le fait qu'un insecte minuscule se multiplie très rapidement et amène même les ceps les plus vigoureux à s'épuiser.

Après la découverte de la maladie, il fallait l'identifier. Planchon rattacha l'insecte au groupe des pucerons et lui donna le nom de Rhizaphis vastatrix. Signoret, autre entomologiste parisien, proposa d'appeler la maladie "phylloxéra" de deux mots grecs qui veulent dire "feuille desséchée". Planchon, qui continuait ses recherches, les rapprocha de celles d'une entomologiste américaine, Assa Fitch, qui avait dès 1867 décrit les mêmes symptômes et les attribuait à un puceron. C'est à la suite d'études conjointes entre savants français et américains que le phylloxéra est identifié et que sa dénomination officielle devint phylloxéra vastatrix.

La découverte de la cause du mal entraîne un immense espoir dans les milieux viticoles soucieux devant l'extension du mal. Mais si les scientifiques voulaient trouver la parade, ils devaient tout d'abord mieux connaître l'origine de l'insecte. C'est à partir de diverses observations que l'hypothèse de l'introduction du phylloxéra en France depuis l'Amérique fut émise. Les variétés américaines implantées en France furent très vite suspectées, et notamment la collection d'un vigneron bordelais Lalimann et la pépinière des frères Audibert dans le Gard.

Si jusqu'en 1870, on ne pouvait pas démontrer de manière irréfutable l'origine américaine du phylloxéra, cela devient une certitude peu de temps après. C'est donc bien à cause de l'imprudence de certains expérimentateurs qui introduisaient des boutures et des plants de vignes en Europe que le phylloxéra pu, à partir de deux foyers primaires, envahir toute l'Europe viticole.

B) Un si petit puceron.

Le phylloxéra de la vigne est un puceron ovipare qui existe sous quatre formes différentes.

Les pucerons des racines (radicicoles) qui se nourrissent en piquant leur rostre dans les racines. Ils abîment les racines qui ne parviennent plus à nourrir la partie de la plante qui se trouve hors du sol. Les racines et les radicelles réagissent aux piqûres en formant des nodosités et même des tubérosités. Le pied de vigne après un dépérissement de deux ou trois ans, se dessèche entièrement.

Les pucerons des racines se développent très vite en se reproduisant plusieurs fois par années. Ce sont les femelles qui se reproduisent par parthénogenèse et pondent chacune une centaine d'œufs. La chaleur et des sols faibles en humidité favorisent leur extension dans les vignobles. Mais ils sont également transportés par des semelles de chaussures ou des machines agricoles.

Les sols des coteaux, et les sols peu profonds étaient les premiers touchés, alors que les vignes plantées dans des terrains très sableux résistaient. Les radicicoles se transforment quatre fois au cours d'une année et peuvent reprendre leur activité au printemps.

Le phylloxéra des feuilles (gallicole) II naît à partir de l’œuf d'hiver. Ce sont des femelles qui se reproduisent par parthénogenèse (sans fécondation) Elles pondent chacune 600 œufs qui devenus adultes migrent soit vers les feuilles pour former des galles ou soit vers les racines où ils se transforment en radicicoles.

Les pucerons ailés sont des radicicoles qui se transforment en nymphes. Ils sortent alors du sol et produisent des ailés. Ces ailés pondent des œufs sexués mâles et femelles. Ils peuvent se transporter sur plusieurs kilomètres. Leur moyens de transport sont le vent, les animaux, ou les véhicules. Cela explique qu'au début de l'invasion les vignerons retrouvaient des insectes dans des zones très éloignées des premiers foyers phylloxériques.

Les sexués, sont les seuls qui s'accouplent. Les femelles pondent à l'automne un oeuf unique, appelé œuf d'hiver et le dépose sous les écorces de la souche, où il va passer l'hiver. Au printemps, l'oeuf donne naissance à une fondatrice qui se fixe sur une jeune feuille où elle forme une gale dans laquelle elle pond une centaine d'oeufs, d'où sont issus les gallicoles. 

À partir de 1870, le phylloxéra se répand très rapidement. En 1878, 39 département français sont touchés. En 1884, plus d'un demi-million d'hectares sont anéantis. Avant 1900, tout le vignoble français est atteint, bien que dans le nord le phylloxéra se développe moins vite, les sols étant plus humides et les écarts de température plus grands.

Les premiers espoirs de guérison sont communiqués par Lalimann au Congres des agriculteurs de France, à Beaune, en 1869. II avait remarqué que les variétés de vigne d'origine américaine qu'il avait introduit dans ses pépinières résistaient à la maladie, et suggéra de les utiliser comme porte-greffes. Le remède aurait donc été introduit en même temps que le mal !

Dès 1870, le gouvernement français confie à "une commission supérieure du phylloxéra" crée par le ministère de l'agriculture le soin de rechercher une solution à la crise. Cette commission est chargée de recenser tous les moyens de lutte existants et de les présenter au public. La majorité des solutions proposées par les chercheurs sont sans intérêt. Quelques-unes sont même très fantaisistes, comme enterrer un crapaud vivant à coté de chaque pied de vigne pour attirer le venin qui empoisonnait la vigne, ou encore mélanger de l'engrais humain liquide à du sable.

En 1869, Thenard, un chimiste a eu l'idée d'employer un insecticide appelé sulfure de carbone, dont les vapeurs toxiques étaient plus lourdes que l'air et pouvaient donc être injectées dans le sol.

Après quelques essais infructueux, le traitement au sulfure de carbone se développe mais il était nécessaire de déterminer très précisément, les doses adéquates en fonction de la nature du sol et des températures. Ce produit fortement toxique est dangereux non seulement pour ses utilisateurs mais surtout pour la plante si les doses ne sont pas respectées. Le coût de ce traitement était très élevé, alors qu'il ne permettait pas d'enrayer le mal mais tout juste à le freiner quelques années.

En 1874, Jean-Baptiste Dumas, illustre chimiste et président de la commission supérieure du Phylloxéra, observe en laboratoire que le sulfocarbonate de potassium, soumis à l'action de l'air et de l'eau, se décompose en donnant d'une part de sulfure de carbone insecticide et d'autre part un engrais bénéfique pour la vigne. Ce produit est expérimenté en 1875 dans les vignes de la station viticole de Cognac et de Ludon-Médoc. Les résultats étant satisfaisants, le ministère de l'agriculture encourage l'emploi de ce produit. II est préconisé de saupoudrer quelques dizaines de grammes autour de chaque souche après avoir aménagé une petite cuvette, puis d'arroser. L'insecticide se dissout alors peu à peu dans le sol, atteint les racines et tue le parasite. Mais il fallait de 15 à 30 litres d'eau par cep et 500 kilos de produit à chaque traitement. Le prix élevé de ce produit ainsi que la difficulté de son application ont donc limité son développement[1]. Utilisé entre 1875 et 1890, le produit ne toucha jamais plus de 10 000 hectares annuellement, et de nombreux mauvais dosages entraînèrent la mort rapide de milliers de souches.

Aussi, les vignerons préféraient ils employer le sulfure de carbone qui était utilisé à raison de 150 à 200 kilos par hectare et beaucoup moins dangereux. Dans ce cas, le besoin en eau est moindre, mais il faut tout de même une dizaine de jours pour traiter un hectare. Autour de chaque cep, les vignerons devait creuser plusieurs trous avec un pal[2] et injecter quelques grammes d'insecticide dilué. Comme le traitement devait être renouvelé trois fois par an, son prix de revient était très élevé. D'autre part, les vignes ainsi traitées s'épuisent plus vite et il fallait sans cesse renforcer les apports en engrais chimiques, ce qui occasionne une dépense supplémentaire.

Le recours aux produits chimiques ne peut donc être qu'un faible palliatif au mal, il est donc plus que nécessaire de trouver une solution plus efficace. De nombreux pays se lancent dans une lutte totale, en employant des traitements d'extinction. Appliqués pour la première fois en Suisse, ces traitements consistent à injecter de fortes doses de sulfure de carbone et de sulfocarbonate de potassium afin de tuer à la fois le phylloxéra et la vigne. Cette méthode permettait de retarder durablement la progression du phylloxéra mais compromettait toute récolte durant de longues années. Les vignerons ne pouvaient replanter des vignes dans les parcelles traitées que 10 ans après le traitement.

II) Le phylloxéra en Alsace

A) Quand on parle du phylloxéra.

 

A.1) Prise de conscience

Le phylloxéra se développe dans le sud de l'Europe, son extension préoccupe le gouvernement allemand et les vignerons alsaciens. En 1872, le maire de Beblenheim, Chrétien Oberlin propose au gouvernement allemand de prendre des mesures efficaces pour la protection des vignobles. Par décret impérial du 11 Février 1873, l'introduction en Allemagne de plants et sarments de vignes est prohibée.

Le 8 décembre 1874, le président supérieur Von Moeller nomme Chrétien Oberlin membre de la commission du phylloxéra pour l'Alsace-Lorraine. Du 22 au 26 Avril 1875, réunion de la commission impériale Allemande du Phylloxéra, à la chancellerie de Berlin.

Une loi d'Empire du 6 Mai 1875 autorise le chancelier à organiser des recherches sur l'apparition de l'insecte dans les différents vignobles d'Allemagne et à appliquer les moyens de destruction nécessaires. Par ordonnance du Chancelier, du 9 juillet 1875, Chrétien Oberlin est nommé commissaire impérial de surveillance et expert pour les vignobles d'Alsace-Lorraine (Reichskommissar und Sachverstandiger in Reblausangelegenheiten für Elsass-Lothringen)[1]

Les journaux s'emparent du sujet, au combien brûlant et le phylloxéra fait les gros titres. Extrait d'un journal de l'époque : "Nous commençons aujourd'hui la publication d'un travail de la plus haute importance pour nos viticulteurs et d'une actualité incontestable. Voici ce travail que nous recommandons à toute l'attention des lecteurs, en raison de l'intérêt qui s'y attache et de l'autorité de son auteur." Ce Rapport a été lu le 4 février 1874 à la Société des sciences, arts et agriculture de la Basse-Alsace à Strasbourg, par M.R. de Turckheim : «Messieurs, je n'ai pas besoin, je pense, d'apprendre à mes honorables collègues ce que c'est que l'insecte désigné sous ce nom. II a assez fait parler de lui depuis quelques années; il a ravagé et ravage encore d'une façons effrayante les vignobles de la Provence, du Lyonnais, du Languedoc, et dans ces derniers temps ceux du Bordelais et du Mâconnais, qu'on peut craindre que, dans peu d'années, le vignoble, qui représente une des plus grande richesse de la France, et on peut bien dire: sa véritable richesse nationale, ne soit réduit à la désolation. Mais, il importe, et c'est là le but du rapport que j'ai l'honneur de vous faire aujourd'hui, qu'en Alsace, où nous avons été préservé jusqu'à ce jour, grâce à Dieu, de ce redoutable fléau, on connaisse la danger qui menace de proche en proche tous les vignobles de cette région de l'Europe, qu'on se préoccupe de la possibilité de son apparition chez nous, qu'on étudie de plus près qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, ses effets, ses causes, les moyens de le conjurer s'il en existe, et les moyens de le combattre, s'il en trouve d'efficaces. Le puceron de la vigne, à peine visible à l'œil nu, est une espèce de pou jaunâtre, ailé ou non ailé, doué d'une grande voracité surtout pour l'épiderme, les feuilles et les racines de la vigne, dont il suce la sève au printemps et en été, particulièrement dans les années de sécheresse, mais doué surtout, et c'est là que réside la grande difficulté de la combattre efficacement, d'une force prodigieuse de reproduction. On a calculé qu'un seul de ces pucerons pouvait donner naissance, dans le courant d'un été, à plus de 25 milliards d'individus. On admet que les insectes ailés peuvent être transportés d'une contrée à l'autre, et c'est là ce qui explique comment ce fléau a pu être transporté de proche en proche, de la vallée d'Orange en Provence,- où l'on a constaté sa présence et ses ravages pour la première fois en France, il y a quelques années,- comment dis-je, il a pu être transporté successivement dans le Languedoc, dans le Bordelais et dans d'autres contrées plus éloignées encore. Beaucoup de savants, Messieurs, et de grands viticulteurs, se sont occupés en France de ce redoutable insecte et de ses habitudes; l'un d'eux, M. Max. Cornu, a déjà fait à l'Académie des Sciences de Paris plusieurs rapports très curieux sur la manière de cheminer sur le sol, tant de l'insecte ailé que du non-ailé, sur le temps qu'il met à pénétrer jusqu'aux racines, quelquefois très profondes, comme vous savez, de la vigne, sur l'époque de la ponte des œufs, sur l'éclosion ... à l'heure qu'il est on peut dire que Cet insecte autrefois invisible et inconnu, est parfaitement connu, et ses habitudes, ses faits et gestes, j'allais dire son caractère même, parfaitement étudiés. »

 

A.2) 1876 : Découverte du premier foyer phylloxérique en Alsace

Comme en France, l'origine du premier foyer provient de vignes américaines implantées chez des pépiniéristes. Le 10 Octobre 1876, on découvre le premier foyer phylloxérique en Alsace, chez Auguste-Napoléon Baumann, pépiniériste à Bollwiller.[2]  Le phylloxéra se trouvait dans une plantation isolée de 67 vignes américaines. Celles-ci furent arrachées, brûlées sur place et le terrain désinfecté au sulfocarbonate de potasse.

Le 2 Octobre 1877, un nouveau foyer phylloxérique plus considérable (l'insecte avait déjà envahi un demi-hectare) est découvert chez Messieurs Simon Louis et Frères, pépiniéristes à Plantiéres près de Metz, dans une collection de vignes américaines et européennes implantée en plein vignoble. Un cordon de sécurité de 100 mètres de rayon a été aussitôt mis en place autour du foyer. Les terrains ont été désinfecté au sulfocarbonate de potasse. La terre a été complètement retournée et les racines arrachées et brûlées. Quelque temps après, il a été procédé à une deuxième désinfection. Pendant huit ans, l'insecte n'a plus été signalé, mais au cours de l'été 1885, on le retrouva dans trois parcelles différentes.

À Bollwiller, une rangée de vignes fut replantée aux abords de l'ancien foyer. Lors de la visite de M. Oberlin le 27 Août 1878, celui-ci retrouva l'insecte sur les pieds contigus à la plantation détruite en 1876. Les jeunes vignes touchées furent anéanties par le feu et le sulfure de carbone injecté à haute dose. La présence du phylloxéra n'a plus été constatée à Bollwiller par la suite.

Deux articles de presse illustrent le contexte de l'époque, on a peur et on essaye de rassurer les populations.

"Kaysersberg le 20 Juin 1874 - On écrit au Journal d'Alsace : « Vous savez que pour empêcher la propagation de l'insecte connu sous le nom de Phylloxéra, la chancelier de l'Empire a pris, l'année dernière la sage précaution de prohiber l'introduction en Allemagne des replants et des boutures de vignes français. Une précaution semblable doit être prise, dit-on, à l'égard des arbres fruitiers, attendu que la présence du dangereux insecte vient d'être signalée au gouvernement par M. le Docteur Adolph Blankenhorn, viticulteur distingué du grand-duché de Bade. Avant de procéder à cette rigoureuse prohibition, le gouvernement semble cependant vouloir connaître les avis des hommes compétents en la matière, et vient à cet effet de s'adresser aux provinces principalement intéressés à cette mesure, et plus spécialement aux Sociétés d'agriculture d'Alsace-Lorraine. Cette enquête n'aboutira peut-être pas au résultat que le gouvernement espère atteindre, car l'insecte dont il s'agit est heureusement resté inconnu jusqu'à ce jour aux cultivateurs et vignerons de nos contrées, Ce ne sont, en effet que, que les Sociétés d'Horticulture, ayant à leur disposition les vers grossissant et connaissant la forme, les mœurs et le transformations de l'insecte, qui seront en état de renseigner le gouvernement sur une mesure qui exige d'autant plus de prudence que c'est à l'aide des bonnes espèces d'arbres fruitiers français que nos arbres indigènes sont constamment perfectionnés. J'ajouterai que la présence du phylloxéra dans les vergers n'a pas encore été signalé par les journaux français »

Un autre article, quatre ans plus tard :"Kientzheim, mai 1878, On nous écrit : « Une véritable panique s'était emparée, depuis quelques semaines, d'un grand nombre de vignerons des communes de Kientzheim et de Sigolsheim. On se demandait, non sans anxiété, si le phylloxéra découvert à Bollwiller, l'année dernière, venait de franchir la distance qui nous sépare de cette localité pour faire invasion chez nous. Sur certains points de nos coteaux ainsi que de la plaine on, voit en effet; des étendues considérables sur lesquelles la vigne n'a changé que fort peu d'aspect depuis l'hiver; ses sarments sont littéralement dénudés de toute verdure et ce n'est que par-ci par-là que quelques feuilles rabougries semblent avoir fait des efforts inutiles pour se développer. Inquiet également de cet état de choses, le propriétaire du château de Sigolsheim, M.H., dont une partie des vignes a particulièrement souffert de la mystérieuse maladie, a cru devoir signaler celle-ci à M. Halm, Kreisdirektor, et à M. Oberlin, chargé par le gouvernement de la surveillance des vignobles d'Alsace-Lorraine. Ces deux messieurs, accompagnés d'un certain nombre de viticulteurs expérimentés, se sont empressés de se rendre dans l'une des vignes malades et y ont fait extraire, hier, dans l'après-midi, deux ceps dont l'un était complètement privé de feuilles et l'autre en pleine vitalité. Les racines des deux ceps n'ont présenté aucune particularité ni la moindre trace phylloxérique. Par contre M. Oberlin constata que des êtres vivants, dont la désignation entomologique lui est inconnue, se trouvent en quantité prodigieuse à la fois dans les fissures de l'écorce et sur l'écorce même des ceps. A l'aide du microscope on a cru néanmoins pouvoir distinguer que ces insectes appartiennent à la famille des vers mollusques nus, c'est-à-dire à la limace. On s'est demandé si la présence de ces innombrables mollusques est la cause ou la conséquence de la maladie dont ces vignes sont atteintes. Ce qui semble certain, c'est que l'excès de sève, produite dans nos vignes par des pluies fréquentes alternant avec un soleil presque tropical, ainsi que la grande quantité d'herbes qui, par le manque de bras, n'a pu partout en être extirpée à temps, ont été autant de causes qui ont dû contribuer puissamment à la multiplication et à la propagation des animaux qui viennent de nous occuper. II faut espérer que la maladie ne fera point de progrès et sera combattue victorieusement par les chaleurs de l'été. »

 

B) L'implantation du phylloxéra

B.1) La prohibition

Dès 1880, des négociations internationales sont engagées pour empêcher la progression de "l'insecte malfaisant" d'un pays à l'autre. Ces mesures préventives sont prises d'un commun accord entre les différents pays et débouchent le 3 Novembre 1881 sur la signature à Genève d'une convention internationale entre l'Allemagne, l'Autriche- Hongrie, la France, le Portugal et la Suisse. La Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas n'adhérèrent que plus tard à la convention.

Cette convention internationale interdit l'importation et l'exportation de la vigne d'un état vers un autre sous quelque forme que ce soit et dans toutes ses parties, à l'exception du raisin. De plus, chaque état s'oblige à l'organisation d'un service intérieur de surveillance. Toutes les plantes sont soumises à des conditions de transit garantissant l'absence de tout danger de propagation du phylloxéra.La stricte obéissance du règlement international est certifiée par les autorités compétentes pour toutes les expéditions de plants. La convention de Genève préserve l'Empire Allemand de tout danger provenant de ses voisins immédiats, mais chaque état de l'Empire doit mettre en place son propre système de défense.

Pour obliger chaque Etat de l'Empire à prendre les mesures nécessaires, une loi d'empire est édictée le 3 juillet 1883. Celle-ci met à la charge de chaque état particulier les dépenses nécessaires au service phylloxérique.

Les mesures prises sont les suivantes :

- Tous les vignobles sont divisés en zones.

- Distinction en zones indemnes ou contaminées.

- Procédures d'extinction des foyers et d'isolement de chaque état.

Afin de veiller au respect de ces mesures le ministère d'Alsace-Lorraine nomme le 23 Juillet 1883, Christian Oberlin commissaire expert pour l'Alsace et lui adjoint, en qualité de suppléant, M. Schüle, directeur de l'école d'arboriculture de la Grafenberg à Brumath.

Ces fonctions ne sont pas rétribuées, mais purement honorifiques, le gouvernement n'alloue que des indemnités de déplacement.

La mission de commissaire-expert consiste à exercer une surveillance active sur les vignobles et à examiner toutes les apparitions suspectes de maladies inconnues qui lui sont signalées soit par l'administration municipale, soit par des particuliers.

Le commissaire-expert visite chaque année les pépinières de vignes, les collections de vignes étrangères et surtout les établissements d'horticulture et d'arboriculture faisant le commerce de sarments ou de plants de vignes.

Enfin les maires des communes viticoles sont tenus de signaler au commissaire les noms des propriétaires établissant de nouvelles plantations au moyen de vignes étrangères ou de provenance douteuse. Ces mesures sont édictées en Alsace-Lorraine le 16 Avril 1884.

Le 26 Juin 1884, une nouvelle loi d'empire vient en application de la loi du 3 Juillet 1883 et la complète par de nombreuses ordonnances.

- Création d'un commissaire de surveillance du phylloxéra pour l'Alsace-Lorraine.

- Création de surveillants locaux.

- Création de commissions communales, de trois membres au moins, à raison d'un pour dix hectares.

- Nomination d'experts-jurés.

- Division de l'Alsace-Lorraine en 30 zones destinées à limiter la circulation de replants de vignes enracinées.

- Les zones contaminées sont isolées les unes des autres par la prohibition de tout échange portant même sur les bois de vigne.

- Obligation de déclarer toute nouvelle plantation.

- Obligation de déclarer la provenance des plants employés.

Chaque année, le vignoble est visité et en cas de constatation d'un foyer phylloxérique, la destruction de la vigne malade, la désinfection du sol, et la mise en place d'une bande de sécurité d'environ cinq mètres en tout sens doivent être effectuée sans retard.

- Pour la désinfection, il faut employer deux kilos de pétrole et quatre cent grammes de sulfure de carbone par mètre carré.

Les pieds de vigne et les échalas sont brûlés sur place. Les racines sont mises à nu par défrichement de l'espace contaminé. Ces espaces ne peuvent être rendus à la culture de la vigne qu'après une période de I O ans. Ces travaux sont exécutés par des ouvriers qualifiés, sous la direction supérieure du commissaire chargé du service phylloxérique.

 

B.2) Extension du phylloxéra

Malgré ces mesures draconiennes, l'insecte se propage avec une rapidité déconcertante.

En Lorraine, la situation est réellement catastrophique. Les allemands sont d'ailleurs persuadés que les lorrains ont propagé l'insecte à dessein afin de percevoir les indemnités !

De nombreux foyers sont signalés dans le Haut-Rhin et dans le Bas-Rhin. En 1886, on signale l'apparition du phylloxéra à Hegenheim et à Lutterbach. Puis en 1892 à Pfastadt ainsi qu'à Rouffach, à Thann en 1895, un an plus tard à Vieux Thann et à Steinbach en 1897. De 1898 à 1903, le phylloxéra s'étend à Uffholz, Habsheim, Rixheim, Riedisheim, Zimmersheim, Eschenwiller, Voeglinshofen, Hattstadt.

Dans le Bas-Rhin, on découvre des foyers phylloxériques à Saint-Pierre, Dorlisheim, Stotzheim et à Rosheim, dans cette dernière ville plus de la moitié des pieds de vigne sont infectés en 1902, ce qui représente plus de la moitié de tous les pieds malades en Alsace.

Devant la constante progression de l'invasion se posent les questions de l'efficacité des mesures gouvernementales et celle de la poursuite des traitements d'extinction.

Très vite les ressources budgétaires ne suffisent plus à compenser les dépenses occasionnées par la lutte. En effet, les pieds indemnes qui sont détruits en cas de mise en place d'un cordon sanitaire doivent être remboursés par les autorités.

Ainsi, en Haute Alsace, en 1898, 144 foyers phylloxériques sont détruits, ce qui entraîne la destruction de 10 213 pieds infectés et de 182 105 pieds sains, soit une surface de 16 hectares 21 ares 85 centiares.

Les indemnités payées par l'Etat pour 3 hectares 64 ares atteignent 44 296.68 Marks auxquels il faut ajouter les frais du service d'arrachage de 17 596.24 Marks, soit un total de 61 892.92 Marks[3]. Charles Koenig, estime que le total des dépenses pour l'Alsace-Lorraine entre 1890 et 1900 se chiffre à environ deux millions de Marks. Ce qui fait une moyenne de 200 000 Marks par an. Alors que le ministère de l'agriculture avait inscrit pour l'exercice 1904 une somme de 122 000 Marks au budget. Cette somme se compose de 40 000 Marks destinés à la lutte contre le phylloxéra, 70 000 Marks pour les indemnités et 12 000 Marks pour les essais de plantations de vignes résistantes.

L'administration qui s'était contentée de prendre des mesures préventives et coercitives est prise en défaut puisqu'elle n'a pas su mettre sur pied une lutte efficace contre le phylloxéra.

Les vignerons remettant régulièrement les décisions administratives en cause, les polémiques se développent. Charles Koenig va jusqu'à soupçonner les allemands d'espérer l'anéantissement total des vignobles alsaciens et lorrains.

A la même époque, le Reichstag a été saisi d'un projet de loi d'empire qui prévoit que certaines régions viticoles peuvent être abandonnées à leur sort lorsque la lutte devient impossible !

Panneau mentionnant la préscence d'un troupeau de Phylloxéra à Mittelbergheim
Panneau mentionnant la préscence d'un troupeau de Phylloxéra à Mittelbergheim

B.3) Un autre fléau venu d'Amérique : le Mildiou

 

En 1878, tandis que les vignerons tentent de sauver leurs vignes et de faire face à la crise phylloxérique [4], deux chercheurs signalent l'apparition d'un nouveau champignon sur des vignes américaines en Languedoc. Peu après la maladie est identifiée dans le Médoc, toujours sur des vignes américaines. Dès lors, elle se développe très vite. En 1882, le mildiou est retrouvé dans tous les vignobles sauf en Alsace et en Lorraine où il n'apparaît qu'à partir de 1886.

Le désastre est spectaculaire, les vignes perdent leurs feuilles et celles qui subsistent se colorent en noir. Les grains de raisins restent verts et durs, quand ils ne tombent pas. Le vin mildiousé a mauvais goût et ne peut se conserver. Les pertes sont considérables.

Le mildiou touche la France trente ans exactement après l'oïdium. II a été également transporté avec des plants de vigne américains destinés à la reconstitution du vignoble touché par la crise phylloxérique.

Cette nouvelle maladie observée conjointement par plusieurs chercheurs est due à un champignon le "péronospora viticola" déjà connu aux Etats Unis sous le nom de mildiew devient par déformation mildiou en France.

La pluie et le temps chaud favorisent le développement de la maladie qui n'atteint pas seulement les vignes européennes mais aussi les vignes américaines. Ainsi en cas d'année très humide la récolte peut être irrémédiablement compromise. Contrairement à l'oïdium qui prolifère à la surface des parties vertes, le mildiou pénètre à l'intérieur des tissus. Son mycélium émet à travers les somates des feuilles, des filaments qui portent des conidies (spores). Cette semence d'été propage le parasite au cours de toute la période de végétation. Les feuilles sont les premières touchées et ne tardent pas à tomber. Les rameaux et les baies sont atteints en second lieu. La plante, affaiblie, ne peut plus alimenter ses fruits qui voient leur teneur en sucre diminuer tandis que les rameaux de l'année ne s'aoûtent plus.

L'ampleur des dégâts [5] encourage la recherche. Dès lors, chercheurs, botanistes et autres spécialistes de la pathologie végétale déjà mobilisés par le phylloxéra et I'oïdium se lancent à la recherche d'une méthode de lutte efficace.

Alexis Millardet, professeur de botanique à Bordeaux découvre par hasard en 1882 à Saint-Julien du Médoc que le cuivre gêne la germination des spores du mildiou. Un viticulteur avait pulvérisé du mélange médocain [6] ou vert de gris sur les pieds de vigne plantés en bordure du chemin afin d'empêcher qu'on lui chaparde ses raisins et alors que toutes les vignes aux alentours étaient attaquées par le mildiou, cette rangée était complètement indemne.

Après de nombreux tâtonnements, la formule définitive de la bouillie bordelaise [7] est mise au point en 1885 par Millardet et Ulysse Gayon, professeur de chimie à Bordeaux. Dès 1886, tout le monde sulfate en Médoc. L'application de la bouillie est pratiquée à l'aide d'un balai composé de tiges de bruyères, mais très rapidement apparaissent les premiers pulvérisateurs. Le plus connu d'entre eux est le pulvérisateur Vermorel ou "Sulfateuse".

À partir de 1887, la version bourguignonne de la bouillie concurrence la version bordelaise en remplaçant la chaux par du carbonate de soude. Le sulfate de cuivre reste dans les deux cas le principe actif, et permet également de lutter contre le black-rot, cousin du mildiou apparu peu après 1885.

En Alsace, le mildiou est appelé péronospora ou mehlthau. Cette nouvelle maladie apparaît en 1886, presque en même temps que le phylloxéra. Mais, comme il est moins destructeur que "la Rablus", il est peu évoqué par les chroniqueurs sauf sous le terme "les maladies cryptogamiques".

III) La lutte des vignerons alsaciens contre les maladies de la vigne entre 1875 et 1910.

A) Toutes les maladies s'en donnent à coeur joie.

M.R. Gutmann de Colmar dans un article intitulé Wie steht's in unsere Reben ? " Comment se portent nos vignes ? "[8] énumère les différentes maladies qui chaque année assaillent les vignes alsaciennes :

II cite d'abord les différents champignons :

  • Der Aecher : l'oïdium.
  • Der schwarze Brenner : I'anthracnose.
  • Der schwarze Mehlthau : le mildiou.
  • Der Wurzelschimmel : la pourriture des racines.
  • Der Black-rot.

puis les insectes

  • Die Gallmilbe : phyiocopte épidermis.
  • Der stahlblaue Rebenstecher : rhynchite betuli
  • Der heu und sauer Wurm : les vers de la grappe.
  • Die Rablus : le phylloxéra.

Cette liste n'est pas exhaustive mais elle a le mérite de résumer la situation.[9]

Un article de presse paru à Brumath le ler Octobre 1878, nous montre que pour faire face à toutes les maladies, les vignerons rassemblent leurs énergies. Un extrait de cet article prouve l'engagement dans la lutte : "Vous avez rendu compte récemment d'une communication faite par M. de Barry à la Société d'agriculture, sciences et arts, de ses recherches sur la maladie de la vigne connue sous le nom d'anthracose, en Alsace Brenner, attribuée par les viticulteurs à l'action de la grêle, tandis qu'elle est produite par un champignon microscopique. M. Goethe, le savant et habile directeur de notre école d'arboriculture, vient de publier un mémoire de 38 pages portant ce titre : Miffheilungen über den Schwarzen Brenner und den Grind der Reben, accompagné de cinq planches qui, sur 28 figures en partie colorées, offrent les divers états avec détails microscopiques, sous lesquels se présentent ces deux maladies. La seconde des maladies étudiées par M. Goethe, la teigne, Grind, a donné lieu, chez les auteurs, à des appréciations fort diverses, et pour en avoir le coeur net, l'auteur s'est livré à des recherches approfondies et est arrivé aux résultats suivants relativement à la cause de la maladie en question, qui existe depuis longtemps sur les vignes de Brumath et peut-être depuis qu'elles y sont cultivées. La teigne se rencontre dans divers pays environnants, tandis qu'en France on ne l'a observée que dans le Jura. Elle se manifeste sur les vieux troncs à 10-50 centimètres de la base. L'écorce se fendille et il en sort une substance spongieuse sous forme de coussinet, dont l'action épuisante finit par détruire la plante. Le mal commence à se montrer par des taches brunes situées entre les deux couches ligneuses extérieures. II en résulte des recherches et des examens faits par l'auteur que la cause du mal est à rechercher dans les gelées tardives du printemps; mais le terrain sur lesquels sont plantées les vignes exerce principalement dans un sol bas et humide étant seuls éteints. 11 s'ensuit que la vigne ne doit pas être plantée dans de pareils terrains, où se forme une accumulation des eaux de pluie et de neige. On devra donc préalablement en avril et mai exerce une action également désastreuse. M. Goethe se propose de poursuivre pendant quelques années encore, ses recherches sur la cause de la teigne, les résultats fournis jusqu'à présent par les auteurs qui se sont occupés de cette question étant par trop insuffisants. On est donc en droit d'espérer que grâce à l'intelligence avec laquelle il sait traiter les diverses questions concernant l'arboriculture, il finira par trouver un remède capable de délivrer la viticulture de l'une des causes qui lui vaut tant de pertes et de mécomptes".

 

Tous les maux semblent s'être abattus sur le vignoble alsacien, comme l'Etat allemand ne semble trouver aucune solution, les vignerons, les associations de vignerons ou encore les scientifiques vont très vite prendre le relais pour insuffler un nouveau souffle à la lutte. Ceci fait dire à Adrien Berger "qu'à défaut de la sagesse allemande, la clairvoyance alsacienne a malgré les obstacles rigides d'une réglementation inflexible préparé tous les éléments scientifiques et matériels de l'oeuvre de relèvement qu'une destruction plus ou moins rapide mais inéluctable va rendre nécessaire".[10]

Pour faire face à toutes les maladies, les vignerons rassemblent leurs énergies. D'ailleurs, ils ne sont plus seuls, secondés par les municipalités et les groupements nouvellement organisés, ils peuvent continuer la lutte.

En 1875, se tient à Colmar une exposition viticole. Le journaliste français Alibert en fait un compte rendu détaillé pour le petit journal de l'Alsace-Lorraine : "Cette exposition forme une sorte de musée anatomique, car tous les genres de maladies de la vigne y sont représentés, à côté des poisons sont représentés les antidotes. C'est à dire la démonstration de tous les systèmes préventifs ou curatifs, employés pour prévenir ou combattre les maladies de la vigne."

Cette exposition est divisée en plusieurs sections et illustre la richesse des moyens mis en œuvre contre les maladies de la vigne. La section A concernait les vins en bouteilles. La section B traitait des instruments et des appareils employés pour la culture de la vigne et pour la vinification. Elle présente les objets servant à la préparation du sol, et les objets servant à la plantation et à la taille (Sécateurs, serpettes, ciseaux pour l'incision annulaire, houppes à soufrer, pieux à injecter, préservatifs contre les gelées et contre les insectes ... ). La section C concernait l'enseignement et exposait tous les objets employés dans les écoles de viticulture. Une autre section présentait des expositions spéciales: appareils servant à déterminer les propriétés chimiques et physiques des terrains, appareils servant à l'étude chimique et physiologique de la vigne, préparations, analyses, tableaux graphiques concernant les différentes maladies de la vigne et leur cause, appareils employés contre les éventuels dangers de la vigne.

Les organisateurs de l'exposition ont également créé des concours destinés aux viticulteurs innovants :

Les deux thèmes principaux sont : Culture de la vigne la mieux dirigée et la plus rationnelle et Culture des cépages les mieux appropriés au climat et au sol.

Une série de conférences complétaient l'exposition. Le programme des conférences était particulièrement fourni et démontrait bien l'intérêt des organisateurs pour la lutte contre les maladies de la vigne.

Quelques exemples de thèmes retenus par les organisateurs

  • Quels sont les résultats obtenus par l'emploi des nuages artificiels comme préservatifs contre les gelées ?
  • Quelles sont les espèces américaines qui ont le mieux résisté au phylloxéra ?
  • Existe-t-il des espèces américaines résistantes dont les produits conviennent plus à notre goût que ceux des espèces connues chez nous jusqu'à ce jour ?
  • Quelles sont les découvertes les plus récentes concernant le phylloxéra ?
  • Ne serait-il pas possible de le combattre par des ennemis naturels, insecte ou maladie analogue ?
  • Quels sont les devoirs de l'association des viticulteurs allemands en présence du danger dont nous sommes menacés ?
  • Que sait-on des autres maladies de la vigne, oïdium, brûlure ou carie, pyrale ?
  • Quels travaux pour des sociétés de viticulteurs ?
  • Quelles institutions sont à créer en Allemagne en vue du développement de la viticulture ?

Ces questions fondamentales sont également évoquées dans le cadre des réunions locales.

Le comité central de l'exposition était composé de nombreuses personnalités et propriétaires, Messieurs :

  • De Peyerimhoff, maire de Colmar, conseiller général
  • Fleischhauer, président de la chambre de commerce
  • Ostermann, propriétaire et président du comice agricole de Ribeauvillé
  • Feltz, maire de Hattstadt Schlumberger, conseiller à la cour d'appel et conseiller général
  • Flaxland, conseiller général et secrétaire du comice agricole de Kayersberg
  • Oberlin, maire de Beblenheim et membre du conseil d'arrondissement de Ribeauvillé
  • Ortlieb, vice-président de la société de viticulture de Ribeauvillé ...

La participation des principaux représentants du monde politique, économique, scientifique et viticole démontre l'intérêt non seulement des propriétaires mais aussi des instances régionales pour l'organisation d'une lutte à l'échelle locale.

 

B. Les Associations de Vignerons.

Nous allons à présent examiner, le rôle tenu par les différentes Associations de Vignerons dans la mise en place d'une lutte organisée. « Face au danger, les vignerons ont su s'organiser » .[11]

En remontant dans le passé de la viticulture alsacienne, nous pouvons nous rendre compte qu'elle a été de tout temps soumise à une certaine organisation, les viticulteurs ayant toujours constitué une partie importante de la population. Au Moyen Age et jusqu'à la Révolution, de puissantes corporations locales réglaient l'exercice de la profession, la vente des vins et même la répression des fraudes. La production des vins d'Alsace, plus importante alors que de nos jours, était ainsi déjà parfaitement réglée par ces organisations, en accord avec les communes. A la suite de la Révolution, l'organisation a dû s'adapter aux nouvelles formes sociales. Aux pouvoirs des corporations ont succédé les pouvoirs de l'Etat, et c'est par étapes successives que le système des corporations a abouti au syndicalisme actuel. Au siècle dernier existaient en Alsace des organismes agricoles et viticoles libres, mais sans grande influence sur les vignerons, car ceux-ci restaient attachés à la routine, aux usages transmis de père en fils. Avec l'annexion de 1871 commença l'appauvrissement des plantations de cépages de qualité et en même temps la décadence des organisations viticoles. Les vignerons alsaciens ne se laissèrent pas facilement enrôler dans les associations ou syndicats présidés par des Allemands. Ils gardaient une certaine passivité et se tenaient à l'écart.

Dans cette atmosphère, le travail, les essais, les conférences des stations agronomiques et les efforts du Président de l'Association des Vignerons d'Alsace-Lorraine - qui ne comptait que 200 à 250 membres - demeurèrent sans résultats appréciables.

B.1) La société des vignerons de Colmar.

Fondée le 11 novembre 1845 par Messieurs Wiest, Wagner, Schuh, Pfister, Vogel et Hild, c’est la plus ancienne des associations de vignerons, mais son activité dans le domaine de la protection des cultures viticoles n’a jamais été très importante. La société assurait essentiellement un rôle de caisse de secours pour ses membres malades ou trop vieux pour subvenir à leurs besoins.

« Le but de l’association est le soulagement des vignerons pauvres ou malades, le maintien de l’ordre moral et l’amélioration de la culture de la vigne et ses produits » [12]. La société des viticulteurs de Colmar fusionne au lendemain de la première guerre mondiale avec le Syndicat des Viticulteurs et Maraîchers.

B.2) La Société libre d'horticulture et de viticulture de Colmar

Ses statuts ont été délibérés et adoptés le 19 Septembre 1873. Son président est Camille Schlumberger.

B.3) La Société libre d’agriculture et de viticulture de Ribeauvillé. [13]

Crée en 1876. Elle comprend de nombreux membres dynamiques et acquière très vite une renommée régionale, Oberlin en est le secrétaire durant de nombreuses années.

B.4) La Société d'horticulture et de viticulture de Haute-Alsace /"Garten und Weinbauverein fur den Bezirk Ober-Elsass "

La société d'horticulture et de viticulture de Haute Alsace a été créé le 4 Décembre 1869. Cette association s'installe à Colmar où, soutenue par l'administration, elle implante un jardin et englobe des maraîchers, jardiniers, arboriculteurs, et avait une section viticole qui prodigue des conseils pour la lutte contre les maladies de la vigne aux vignerons.[14]

Les statuts de la Société d'horticulture et de viticulture de Haute-Alsace sont fixés le 10 Janvier 1870, lors de la première assemblée générale par les membres fondateurs.[15]

Après un temps d'arrêt pour cause de guerre, l'association reprend ses activités à Colmar le 12 Mars 1872 et élargit son activité à l'ensemble du Haut-Rhin en 1873. Le 19 Septembre 1873, au cours une assemblée extraordinaire tenue à Colmar, les membres décident de s'orienter davantage vers la viticulture.[16] A partir de juin 1889, l'association publie de nombreux bulletins trimestriels "Die Mittellungen" qui traitaient essentiellement de la vigne et de la lutte contre ses ennemis. La publication de cette brochure est suspendue en 1903 faute de moyens. Citons ici quelques thèmes traités par "Die Mitteillungen" : "Bericht über die Vom Verein veranstaltete offentliche Versammlung des Weinbergbesitzer von Colmar und Umgegend wegen der drohenden Peronosporagefahr", am 7 Juli 1889. Garten und Weinbau Verein Colmar, Mitteillungen, II Heft, Nov, 1889.

"Bericht über die Bekampfung der Peronosporakrankheit in der Gemarkung der Stadt Colmar im Jahre 1890", Mitteillungen, Nov 1890. En 1892, l'association est divisée en sections et la section pour la viticulture est crée en 1893. C'est un succès, le nombre de membres passe de 113 à 473 entre 1892 et 1894.

L'association est à l'origine de nombreuses initiatives décisives pour l'avenir du vignoble alsacien. Elle participe activement à la création de l'institut viticole de la ville de Colmar.

B.5) Les Comices agricoles.

Les Comices agricoles d'arrondissement sont présidés par les "Kreisdirektor". "Le gouvernement tenait ces organisations bien en main, et entièrement sous son influence. Il trouvait qu'elles suffisaient largement aux besoins de l'agriculture et de la viticulture. Mais le nombre des adhérents était restreint[17].

B.6) La société de viticulteurs pour l'Alsace-Lorraine "Elsass-Lothringischer Weinbauverband"

De nombreux vignerons décident de s'assembler dans une association regroupant tous les viticulteurs d'Alsace-Lorraine."L'Elsass-Lothringischer Weinbauverband" se rattache à l'Association des vignerons allemands "Der Deutsche Weinbau Verein"

L'Association crée en 1902, par des notables et notamment les Dr Kulisch et Weber n'a jamais connu l'engouement des vignerons. Quelques années après sa création, elle ne comptait que 200 adhérents.

B.7) L'Association des vignerons Allemands - Deutsche Weinbau Verein

Dès 1875, cette association devient active et participe en 1875, à l'exposition de Colmar. La liste des membres de 1908, nous montre que la plupart des grands propriétaires en faisait partie, cette association comprenait également des personnalités allemandes. L'Association des vignerons allemands ne participait pas très activement à la lutte contre les maladies de la vigne. Elle était plus une réunion de notables.

1

Abt Frédéric

Colmar

2

Adam Jean Baptiste

Ammerschwihr

3

Aschenbrandt J.

Strasbourg

4

Birckel Edouard

Riquewihr

5

Bott Gaston

Beblenheim

6

Breitenstein Jules

Ingersheim

7

Buckerer Alfred

Strasbourg

8

Burger Gustave

Colmar

9

Feuerstein A.

Molsheim

10

Franger Edmond

Guebwiller

11

Greiner Paul

Mittelwihr

12

Grunelius

Klobsheim

13

Henny Auguste

Mittelwihr

14

Hey Frédéric

Wissembourg

15

Hugel Emile

Riquewihr

16

Irion David

Riquewihr

17

Irion Louis

Riquewihr

18

Kuehn Ernest

Ammerschiwhr

19

Kulisch Paul

Colmar

20

Neddeimann R.

Strasbourg

21

Neymeyer

Ingersheim

22

Oberlin Chrétien

Beblenheim

23

Ostermeyer H.

Rouffach

24

Preiss Jacques

Colmar

25

Preiss Jean

Riquewihr

26

Raeder Jean

Guebwiller

27

Schlumberger Jean

Guebwiller

28

Schnitzler Edmond

Strasbourg

29

Siegrist T.

Beblenheim

30

Trimbach Frédéric-Emile

Hunawihr

31

Vogel A.

Keysersberg

32

Wanner

Strasbourg

33

Weber Wolfgang

Colmar

34

Zeyer Fernand

Riquewihr

Source : Catalogue de l'exposition de Colmar, 1908.

B.8) L'Association des Viticulteurs Alsaciens.

L'idée d'un tel mouvement trouve son origine dans les milieux de la société d'horticulture et de viticulture de Haute-Alsace dont les membres souhaitaient créer une nouvelle organisation fédératrice, réunissant tous les viticulteurs alsaciens dans le même mouvement. "Lors d'une mauvaise période où le péronospora, l'oïdium, la pyrale, le ver de la grappe faisaient leurs ravages, où l'apparition du phylloxéra inquiétait le vigneron, où les vins fabriqués du Palatinat, le cidre, les vins de Malte, l'importation des vins étrangers et leur coupage mettaient la viticulture alsacienne en danger, des voix s'élevèrent qui demandaient impérieusement une organisation de la viticulture, forte et indépendante. Entre 1907 et 1910 ces voix ne cessèrent de se faire entendre, mais il fallait un homme pour prendre l'initiative du mouvement et tirer les organisations existantes de leur incohérence. Quelques pionniers avaient déjà réuni les vignerons des environs de Barr, Ribeauvillé et de la vallée de Kaysersberg."[18]

En 1910, Gustave Burger, secrétaire général de la mairie de Colmar est élu président de la société d'horticulture et de viticulture du Haut-Rhin. L'année 1910 fut désastreuse par une récolte déficitaire et de mauvaise qualité, par suite des pluies d'août et septembre : les vignerons étaient au désespoir. C'était le moment d'agir. Burger profita de la situation pour présenter les revendications de la Viticulture. II ne se contenta plus de son syndicat; avec ses amis, il se mit au travail. Le syndicat de Colmar devint l'Association des Viticulteurs d'Alsace (Der Elsassische Weinbauerband, ancêtre de l'Association des Viticulteurs Alsaciens d'aujourd'hui), par suite du rattachement des syndicats existants.

Le président du syndicat de Barr fut prévu comme président de la nouvelle association; on créa de nouveaux syndicats locaux et bientôt une assemblée générale put voter les statuts, former son comité et son bureau. Le Dr Hecker de Barr fut le premier Président et M. Burger devint Directeur.

Ce syndicat réunit rapidement autour de lui la quasi-totalité des vignerons alsaciens déjà regroupés dans de nombreux syndicats locaux. En moins d'un an l'association comprenait 29 syndicats et 3 800 membres.

Le lien[19] qui soutenait ce mouvement était un organe bimensuel indépendant qui paraissait depuis quelques années pour l'Alsace et le grand-duché de Bade. Cet organe se mit aussitôt à la disposition de l'Association des Viticulteurs d'Alsace et MM. Gustave Burger et Luc Hausherr en prirent la direction.

Gustave Burger n'agissait pas seulement sur les vignerons, mais aussi sur le Gouvernement d'Alsace-Lorraine. A une réunion aux Catherinettes à Colmar en 1911 assistaient le Secrétaire d'Etat, des Conseillers ministériels et de nombreux parlementaires. Cette Assemblée eut un succès remarquable, suivi d'actes importants. Le Gouvernement de Strasbourg accordait l'abattement de l'impôt foncier et des subventions pour l'achat de produits anticryptogamiques.

En décembre 1911, après certains pourparlers, les anciennes organisations furent définitivement dissoutes, et toutes s'incorporèrent dans celle qui dorénavant devait seule représenter la viticulture alsacienne. Edifiée sur des bases démocratiques, vigoureuses, indépendantes, et représentatives, l’association ne cessait de se développer et d'attirer les viticulteurs.

Le premier travail de la nouvelle Association, à partir de 1911, fut la reconstruction du vignoble alsacien. Le phylloxéra avait fait son apparition. II fallait initier le vigneron au greffage et en même temps à une réforme complète du système de taille et de culture, les plantations trop serrées ne permettant pas l'utilisation de la charrue ... L'essentiel était de hâter la reconstitution du vignoble du vignoble par des vignes résistantes.

C) L'action des pouvoirs municipaux

Dès 1875, le maire de Colmar Camille Schlumberger mène une politique d'actions concrètes contre les maladies de la vigne et prône plus particulièrement des méthodes de pulvérisation, de sulfatage et de poudrage au soufre. "On peut mettre à l'actif de la municipalité de Colmar, une application viticole intelligente et originale que l'on appelle chez nous socialisme municipal [20]".

"La commune de Colmar se charge elle-même du service des fumigations contre les gelées[21], la municipalité met également à disposition des vignerons des appareils de traitements, le service spécial du sulfatage[22]moyennant un abonnement proportionnel aux surfaces [23][24]

En 1886, afin d'éviter toute intrusion du phylloxéra dans le ban communal, la ville de Colmar instaure une commission municipale du phylloxéra présidée par C.Oberlin et A. Hertzog. : "L'intérêt de son octroi, dont les raisins et les vins constituent l'une de ces principales ressources est la cause prédominante de cette intervention édilitaire dans le domaine de la pratique culturale."[25]

A Turckheim, la municipalité prend les mêmes initiatives. Le 71 octobre 1885, le maire sur circulaire du Kreisdirektor convoque pour la première fois les conseillers pour créer une commission chargée de surveiller le vignoble afin d'y découvrir le cas échéant le phylloxéra.

En 1888, la commune de Turckheim achète trois appareils de sulfatage, mais les vignerons réticents n'en font guère usage.

"La bouillie bordelaise leur paraît barbare, d'autant plus qu'elle rend inutilisable l'herbe qui croît dans les vignes et dont le vigneron fait provision pour son bétail."[26]

M.L. Schwindenhammer, pionnier dans la lutte contre le péronospora écrit le 7 novembre 1889 à M. Scherb, greffier de la ville de Turckheim : "Vous m'avez demandé différents renseignements, ainsi que les résultats que j'ai obtenus par l'aspersion de mes vignes pour combattre le péronospora (mildiou). Vous savez qu'on ne peut être jugé dans sa propre cause, car je ne veux pas exagérer mon jugement personnel, ni combattre l'opinion de mes contradicteurs ... A Turckheim il y a eu beaucoup d'oppositions et de haussements d'épaules, on a d'abord nié la maladie, dit qu'elle n'était que passagère, on a refusé d'accepter les offres d'une application gratuite du remède pour combattre la maladie et on n'a cessé de dénigrer ce qui au début a été fait au titre d'essais et études. Depuis les premiers essais de l'application, chacun a pu voir les effets produits. Et c'est dans l'intérêt général que je vous engage aujourd'hui a vous entourer d'une commission pour aller voir la différence de développement des sarments de vigne traités et non traités."

Le bon résultat des opérations de sulfatage préconisé par Schwindenhammer finit par convaincre les vignerons du bien-fondé de cet investissement.

En 1891, la commune fonde un syndicat pour le traitement des vignes et passe une nouvelle commande de 12 appareils communaux et de 8 commandées par des particuliers.

En 1897, le maire Baradé répond au Kreisdirektor "Le sulfatage des vignes progresse d'année en année vu que les vignerons reconnaissent les avantages qui en résultent. La plupart d'entre eux ont fait l'acquisition d'un appareil; la commune en a acheté 16 qu'elle met à la disposition de la classe la moins fortunée".

Schwindenhammer, écrit au maire de Turckheim en 1903 "Vous avez sans doute eu connaissance qu'il sera tenu du 26 au 28 Mai, un cours de greffage de vignes sur pieds américains, qui aura lieu à Rouffach.Le phylloxéra menace de se développer dans le Haut-Rhin. À cet effet, il est conseillé de profiter de ce cours pour dresser (sic) quelques vignerons disposés à admettre l'utilité et la nécessité de se garder contre cette maladie qui, si elle venait à s'implanter ici, serait une calamité pour le vigneron. II faudrait y envoyer 3 ou 4 aux frais de la commune et faire la demande d'admission tout de suite."[27]

En 1911, la commune de Turckheim touche 5 000 Marks d'indemnités phylloxériques. Elle en distribue 3 000 aux vignerons pour leur rembourser les frais de sulfatage et en garde 2 000 pour l'établissement d'une pépinière."

 

D) Des hommes de valeur

"La viticulture alsacienne s'engagea dans une voie nouvelle sous l'impulsion de spécialistes hautement qualifiés, et de vignerons de vieille souche que leurs collègues prirent pour guides"[28]

 

D.1) Gustave Burger

Gustave Burger[29] né à Altkirch le 6 février 1878 est le fils de Jean-Jacques Burger exerçant la profession de secrétaire de Mairie à Colmar et de Barbe Koch. II fait ses études au lycée de Colmar et à l'école d'agriculture de Rouffach, et les achève par un stage de viticulture en Suisse et en Bourgogne. De retour à Colmar, il prend la direction du domaine viticole familial qu'il transforme en exploitation modèle. Gustave Burger anime plusieurs organismes professionnels. Après de nombreuses tentatives pour rassembler l'ensemble des vignerons d'Alsace. II fonde en 1911 l'Association des Viticulteurs Alsaciens (Elsassische Weinverbauband), qu'il dirige de 1912 à 1924. Dans son texte intitulé : L'état actuel de la viticulture en Alsace-Lorraine et son avenir[30], il lance un véritable appel à la mobilisation générale dans le vignoble.

Nous délivrons ici de larges extraits, car ce texte s'avère fondamental : "En 1910, il y a eu une chute de rendement telle que la production moyenne par hectare n'était que de 5,2 hectolitres. Ce qui sur l'ensemble de la superficie (291 777 ha) donne un rendement total de 151 000 hl soit 8,5 millions de Mark. Alors qu'en 1908, le bénéfice de la récolte s'élevait à 38 millions de Mark. Nous avons donc perdu plus de 30 Millions de Mark à cause de l'invasion du péronospora et des vers.

Que nous réserve l'avenir ? Le temps et la maladie ont contribué à pousser la viticulture dans la misère. Les vignerons doivent maintenant se rassembler et avec l'aide de l'administration lutter contre le ver et le phylloxéra. II faut également lutter pour votre reconnaissance et contre les vins de fruits et les boissons non alcoolisées, il faut lutter pour une modification des lois; pour des impôts plus justes; pour la protection de la viticulture et du commerce du vin; pour la suspension de la loi contre le phylloxéra.

II faut obtenir l'aide des communes et de l'Etat, la suspension des impôts fonciers, des prêts justes et des avances. Afin de survivre il faut s'organiser, être solidaire, se rassembler dans l'association des vignerons. Dans toutes les régions viticoles, on s'efforce de lutter contre les maladies et surtout le ver, notre vieil adversaire déjà cité dans les plus anciennes chroniques. En attendant, nous pouvons toujours lutter. En hiver, il faut brosser les pieds, éliminer les cocons, éloigner les mousses des murs et tout les restes de végétations et de raisins. Et en été, il faut attraper les papillons avec des pièges, soit des éventails à glu ou des lampes contenant de l'eau ou de l'huile. En effet, les papillons sont attirés par la lumière et ainsi tombent dans le liquide. II est important de disposer plusieurs lampes. Cette lutte apporte de bons résultats si l'on persévère. II existe de nouveaux moyens plus efficaces, arsenic, nicotine et revolver sont les noms de ces nouveaux poisons. II est malheureux que l'homme doive employer les pires produits pour combattre un petit ver.

Ces produits sont très dangereux. C'est pourquoi l'association en accord avec des droguistes met en vente le produit au litre et il suffit alors au viticulteur de le mélanger à 100 litres de bouillie. La nicotine est intéressante car on la mélange à la bouillie bordelaise et ainsi on peut combattre en même temps les vers et le péronospora mais le produit est très cher, il faut entre 1.3 et 1.8 kilo de nicotine pour 100 litres de produit et cela suffit juste pour 40 ares de vignes. Comme il faut traiter plusieurs fois par saison, les opérations de traitement deviennent très onéreuses.

Je préconise un premier passage avec de l'arsenic puis trois traitements avec de la nicotine et cela avant le 15 août, sinon les raisins conservent un goût de tabac. Mais il ne suffit pas de passer dans la rangée avec la sulfateuse, il faut asperger chaque raisin avec le revolver. II faut donc combattre à temps et tout le temps même pendant les vendanges quand les vers grouillent dans les bottiches.

Dans le temps, il y avait dans chaque parcelle des arbres et des buissons, depuis ceci ont été coupés et avec eux ont disparu les oiseaux. II faudrait également protéger les haies où nichent les rouges-queues et les merles. Les hirondelles ont également leur importance, malheureusement elles sont décimées dans le sud de l'Europe. L'Etat devrait prendre les décisions diplomatiques nécessaire afin de mettre en place, une protection internationale des oiseaux migrateurs ! Les pinces oreilles, les coléoptères, les araignées, les guêpes sont également des amis de poids dans la lutte contre les vers.

A propos du phylloxéra, et toujours dans le même texte Gustave Burger pense "qu'il est normal que I'Etat ait pris des dispositions pour lutter contre l'invasion du phylloxéra, mais ces lois sont maintenant désuètes, car le phylloxéra est installé dans notre région et il nous faut vivre avec.

En France, la totalité des vignobles ont étés replantés en vignes greffés sur des pieds américains et il est généralement admis qu'on ne peut pas détruire le phylloxéra et que la seule solution de lutte consiste à replanter le vignoble par des vignes greffées ou des producteurs directs. Mais le greffage augmente considérablement les coûts d'exploitation c'est pour cela que certains développent la production des hybrides producteurs directs.

Malheureusement ces nouveaux cépages producteurs directs ont encore quelques défauts et des rendements supérieurs à 100 hectolitres. Même Oberlin qui a pourtant déjà créé plus de 1000 hybrides avec la souche Riparia, n'arrive pas à produire une vigne sans défaut trop apparent, les vins issus de ces vignes sont tous trop acides.

Néanmoins les hybrides producteurs directs ont l'avantage de produire du bois de greffage et de porter des raisins en même temps et semblent être une solution aux problèmes des vignerons."

Gustave Burger organise lors du Congrès viticole de Colmar de 1910, une exposition de raisins issus de producteurs directs français. Ces raisins proviennent des pépinières de Seibel et Couderec d'Aubenas et de Maureau de Salon.

Fin septembre 1910, il invite une vingtaine de propriétaires viticulteurs chez lui pour déguster du raisin. Lors de cette réunion, Frédéric Hecker sélectionne le Gaillard 157 et le Gaillard 194 de Maureau, le 2701160 et le 2511150 de Couderc, enfin le 2653 de Seibel.[31]

Gustave Burger mène une réflexion intéressante sur la reconstruction du vignoble alsacien. Après avoir analysé en détail la situation du vignoble, il se prononce pour l'emploi temporaire des producteurs directs et pour la préservation des vignes plantées en plaine, qu'il ne faut pas systématiquement éliminer selon lui car elles sont à l'origine de bonnes récoltes et permettent aux vignerons de survivre. Burger s'interroge sur ce qu'est un vin de qualité et différencie la qualité intrinsèque d'un vin de sa rentabilité.

Burger est un syndicaliste qui défend avant tout les vignerons et leurs moyens de subsistance immédiats. II réclame des aides de l'Etat et l'instauration d'organisme d'aides et de crédit pour les vignerons. II pense qu'il faut revoir l'encépagement, modifier le système de plantation, en éliminant l'ancien système d'échalassement en quenouille.

A la fin de la première guerre mondiale, Gustave Burger s'engage dans une vaste campagne en faveur de l'amélioration de la qualité des vins d'Alsace et c'est en présentant un programme de défense des vignerons de la région qu'il est élu député de Colmar le 11 Mai 1924. Il siège au Bloc national jusqu'à son décès survenu à Colmar le 2 mai 1927.

 

D.2) Auguste Hertzog [32]

Auguste Hertzog, pense que "les maladies cryptogamiques des vignes en Alsace-Lorraine qu'on s'accorde à croire d'origine récente et même américaine, on déjà existé dans nos pays aux époques antérieures surtout en ce qui concerne le phylloxéra." Hertzog, cite un texte de Subits, Von Landbau, paru à Strasbourg en 1572 qui est la traduction d'un manuel d'agriculture plus ancien rédigé par Estienne et intitulé, Maison Rustique. Cet ouvrage évoque l'existence de "Erdlauss" (poux de terre). Hertzog, pense que ce savant connaissait l'existence de poux de terre, qui après lui ne pouvaient être que le phylloxéra. Hertzog présente également une notice historique concernant les vignobles de Bourgogne qui prouverait que le phylloxéra n'est pas d'introduction récente et américaine."Dans les annales de Citeaux au XVe siècle, il est cité : un fléau avait ravagé tout le vignoble bourguignon sans ménager le célèbre Clos Vougeot, c'était un nombre infini de petits insectes s'attachant aux racines qu'ils détruisaient en les faisant pourrir."[33]

Mais Hertzog n'est pas certain des sources, cependant il note, "notre histoire aura fourni la preuve que ces maladies et tous ces insectes même le phylloxéra ont existé de tout temps. Est ce peut être là une raison de ne plus vouloir combattre ? Nous avons ce que n'ont pas eu nos prédécesseurs, divers ingrédients chimiques contre les maladies cryptogamiques, des insecticides et d'autres procédés efficaces contre la vermine et enfin les cépages américains contre le phylloxéra."

Enfin, l'auteur donne quelques conseils pour lutter contre les maladies." II faut une certaine hygiène de la vigne. II est nécessaire d'instaurer une rotation des cultures, de renouveler les cultures vers 60 ou 70 ans et d'appliquer des traitements préventifs, universellement appliqués contre les maladies cryptogamiques." II rajoute, "ce sera sans doute le phylloxéra qui vous forcera à appliquer ces procédés et alors l'invasion phylloxérique aura été comme en France, le point de départ du mouvement vers d'immenses progrès culturaux." Hertzog insiste sur la localisation de la vigne aux meilleurs endroits c'est à dire les pentes ensoleillées des coteaux. II souhaite également "éliminer les vignes des bas-fonds humides qui ne conviennent pas à cette culture d'élite !". "Ainsi, nous éliminerons les endroits et les places où se conservent et se perpétuent les germes des maladies cryptogamiques et nous faciliterons de beaucoup le combat contre celles-ci. Mais il faut également introduire un système de conduite et de culture de la vigne en obéissant aux conseils de votre maître en viticulture Chrétien Oberlin."

 

D.3) Frédéric-Paul Greiner. [34]

Propriétaire-viticulteur-négociant à Mittelwihr, né le 6 janvier 1871 et décédé le 26 juin 1927. Maire de Mittelwihr de 1918 à 1927. Célibataire. Après ses études au gymnase de Strasbourg, et à l'école supérieure de commerce de Paris. II voyage, et fait un stage à l'école vinicole de Geisenheim. Revenu chez lui, il prend les rênes de l'exploitation familiale et œuvre très activement pour la reconstruction du vignoble alsacien.

Avant 1914, il siège à la première Chambre du Landtag et lutte contre la politique allemande de viticulture extensive. II se prononce très nettement en faveur du greffage et de la conservation des cépages traditionnels.

Il est le président fondateur du Syndicat des négociants en vin et viticulteurs du vignoble alsacien de 1913 à 1927. Président de la Société des grands crus d'Alsace à Paris et fondateur du restaurant "la cigogne" qui était le fer de lance d'une campagne de promotion des vins d'Alsace.

 

D.4) Paul Kulisch.[35]

Né en Styrie le 7.10.1862. Après ses études, Paul Kulisch devient l'assistant du Docteur Muller-Thurgau à l'école de viticulture et d'arboriculture de Geisenheim en Hesse, puis est nommé directeur de cette même école en 1896 et professeur en 1899. De 1885 à 1899, il publie plus de 30 ouvrages de théorie et de vulgarisation viticoles.Après la mort de Max Barth, Kulisch prend la direction de la Station impériale de recherches agronomiques transférée de Rouffach à Colmar où elle est installée dans les bâtiments et les caves de l'ancien couvent des Catherinettes.

Kulisch s'oppose souvent aux lois vinicoles allemandes désastreuses de 1892 et 1901, il se bat contre les vins artificiels et les vins falsifiés. II fut également CO-fondateur de l'Association des viticulteurs d'Alsace le 3.12.1909. Kulisch manifesta très souvent son désaccord avec Chrétien Oberlin qui pensait que la survie des vins d'Alsace passait obligatoirement par la création de la "vigne idéale" et donc par l'hybridation, alors que Kulisch défendait le greffage sur des porte-greffes américains, et pensait que le vignoble alsacien ne pourrait avoir une nouvelle chance qu'avec ses cépages de tradition séculaire.

De 1900 à 1918, il mène de front des conférences de vulgarisation sur les maladies des vins, de la vigne, la technique de mise en bouteilles, la lutte contre les insectes prédateurs de la vigne.

Les chercheurs de la station de Colmar réalisèrent des travaux très importants dans la lutte contre les maladies de la vigne et dans la vinification. La Station de Colmar collabora avec l'institut Oberlin dont les raisins étaient vinifiés à la cave des Catherinettes.Après la première guerre mondiale, Kulisch, "le" fonctionnaire allemand est expulsé. II se retire sur ses terres de Bavière et est nommé recteur de l'Université de Weihensephan. II décède le 9.12.1943 en Bavière.

Parmi ses nombreux travaux, nous pouvons tout particulièrement mentionner :

- Elsass-Lothringen als Weinland, 1911 .

- Bekampfung des Peronospora durch Bespritzung der Unterseite der Blatter, 1912.

- Konnen die jetzt im Handel befindlichen Mittel zur Bestaubung der Reben als Ersak der Kupferbrühen und des Schwefels im Weinbau empholen werden ? , 1913.

- Ueber die Venvendung des prazipitierten Schwefels zur Bekampfung des Oïdiums, 1913.

- Der Weinbau im Elsass-Lothringen unter Deutscher Verwaltung in der Zeit von 1871-1918.

 

D.5) Chrétien Oberlin [36]

Chrétien Oberlin [37] est né le 7 Juillet 1831 à Beblenheim, d'un père propriétaire, et d'une mère décédée lorsqu'il était âgé de sept ans. Le jeune garçon fréquente l'école de Beblenheim puis l'école supérieure privée de Ribeauvillé. En 1846 il entre au collège de Haguenau, puis effectue son service militaire aux Ponts et Chaussées à Colmar. II travaille ensuite pour le ministère de l'agriculture et des travaux publics, et participe activement à la construction du réseau des chemins de fer en Alsace. En 1865, il s'installe à Beblenheim, reprend le domaine familial et pratique une viticulture expérimentale.

Dès 1861, il possède une collection ampélographique de plus de 100 variétés de vignes différentes et teste de nombreux nouveaux systèmes d'échalassement des vignes. En 1863, il met au point, une nouvelle méthode de culture de la vigne qui permet de remplacer les nombreux et coûteux échalas par un palissage pratique et moins onéreux appelé "Drahtreben".

En 1864, Messieurs Farny à Guemar et Sigrist à Riquewihr expérimentent avec succès cette méthode dans leurs vignes. Dès 1870, ce mode de conduite de la vigne devient courant dans l'arrondissement de Ribeauvillé.

Chrétien Oberlin épouse Louise Meyer en 1865 et construit une maison à Beblenheim ainsi que des bâtiments d'exploitation.

II devient maire de sa commune à partir de 1870 et le reste durant 33 ans. Connu pour ses expériences et pour ses connaissances en matière de viticulture, il est nommé en 1874 membre de la commission des questions phylloxériques en Alsace et en Allemagne. Entre 1876 et 1913, il étudie le phylloxéra dans 117 endroits différents, les ravages s'étendent sur plus de 8 400 hectares soit un tiers du vignoble alsacien.

En 1875, il devient commissaire expert pour les recherches phylloxériques en Alsace et se lance dans la recherche d'un plant de vigne résistant au phylloxéra.

II effectue alors ses premiers croisements entre des vignes américaines et des vignes européenne [38]. En 1879, il est lauréat du prix Sourisseau du Conseil Général du Haut-Rhin. Dans les années 1880, quoique devenu un notable, il refuse de se présenter aux élection du Reichtag préférant s'occuper de ses travaux concernant la lutte contre les maladies de la vigne.

Entre 1876 et 1913, il étudie le phylloxéra dans 117 endroits différents, les ravages s'étendent sur plus de 8 400 hectares soit un tiers du vignoble alsacien. Dans une communication à la société libre d'agriculture et de viticulture de Ribeauvillé, il évoque les solutions qu'il préconise concernant le règlement de la question phylloxérique.

Dans un premier temps il dit avoir constaté que les vignes qui résistent au phylloxéra résistent également aux froids les plus intenses : "Ce proverbe trouve son application en ce qui concerne la gelée de l'hiver 1879-1880. Qui n'a pu remarquer, en effet, que certains cépages, originaires d'Amérique, ont résisté au froid qui a détruit dans nos vignobles du nord, toutes les variétés européennes. La coïncidence est remarquable. J'en fis part à l'ampélographe Bronner[39], lequel m'a répondu que à part les cépages américains, le froid avait épargné un seul cépage européen de sa collection, et que celui-ci provenait d'une vigne sauvage de la vallée du Rhin. Cette nouvelle fut pour moi comme un trait de lumière, comment nous possédons dans nos environs des vignes sauvages que nous ne connaissons même pas, et qui résistent aux températures les plus basses ? Qui sait si elles ne résisteraient pas non plus à l'insecte destructeur de nos vignobles ? Sur ma proposition, je fus autorisé par le ministère d'Alsace-Lorraine à faire une étude des vignes qui se trouve à l'état sauvage dans la vallée du Rhin. La vigne sauvage se reproduit toujours par la voie naturelle des semis et ce mode de reproduction constitue, au point de vue du phylloxéra, le point capital. De plus, elle n'est pas exposée aux attaques des parasites et aux maladies qui affectent la vigne cultivée. Dans toutes mes pérégrinations, je n'ai pas relevé un seul pied montrant des traces d'oïdium, d'anthracnose, de jaunisse, de brûlure, de cottis, de mildiew. En effet, les affections secondaires de la vigne causent autant de dégâts que le phylloxéra. Par suite de tous les fléaux secondaires de la vigne, les récoltes en vin des vignobles encore vierges de phylloxéra se sont réduites à tel point , qu'elles sont plus faibles que celles des contrées envahies par l'insecte. Les parasites de toute nature qui existent sur la vigne cultivée sont une conséquence de son état maladif. II faut régénérer la vigne et la mettre hors d'état de résister, non seulement au phylloxéra, mais encore aux diverses autres affections qui la font souffrir. Les drogues ne guériront jamais toutes les plaies de notre arbrisseau. Notre vigne est épuisée; depuis Noé nous cultivons toujours la même plante, que nous allongeons chaque année par le couchage ou provignage. La bouture est aussi un allongement de la plante mère; elle en est seulement détachée avant plantation. La vigne sauvage a déjà fourni et peut encore fournir bien des types à la culture. Bronner cultive depuis longtemps une variété blanche, qu'on nomme Orange-Traube, parce que le raisin a un petit goût de fleurs d'oranger. D'après l'ampélographe Metzger, le Riesling[40] serait de ce nombre, et Bronner suppose également qu'il descend de nos vignes sauvages. En France, on prétend aujourd'hui que l'insecte est la cause de la maladie. Au début, beaucoup pensaient le contraire ; on croyait à un épuisement du sol; ce n'est que quand on a remarqué que les plantations faites dans un terrain vierge succombaient également, qu'on est revenu de cette idée. Mais quant à la question d'épuisement de la plante elle-même, on ne s'en est jamais occupé sérieusement. Pour mon compte, je suis persuadé que nous sauverons nos vignobles qu'en les régénérant complètement par les types primitifs. La vigne d'Europe, par suite des diverses méthodes de culture et de multiplications contre nature auxquelles elle est soumise depuis des siècle, est affaiblie, souffrante, usée. Cet état d'affaiblissement a favorisé le développement d'un grand nombre de parasites végétaux et animaux. Je vais donc indiquer les voies et les moyens pour arriver à sauver aussi promptement que possible nos vignobles :

1°Premièrement, faire rechercher dans chaque pays, par des délégués spéciaux, les différents types de vignes sauvages qui peuvent exister, les réunir et les cultiver en pépinière.

2° Déléguer dans le même but, une commission dans les montagnes du Caucase où la vigne sauvage abonde, afin de rechercher les types primitifs de la vitis vinifera.

3°Essayer simultanément toutes les variétés dans une contrée phylloxérée afin de constater leur degré de résistance.

4° Propager les variétés reconnues résistantes en établissant dans chaque pays des pépinières en nombre suffisant.

5° Affecter dans chaque école de viticulture un terrain spécial, isolé de toute autre culture de vignes, à la multiplication par graines des vignes primitives.

II va sans dire que les vignes américaines résistantes pourraient également trouver leur place dans ces collections, et, en attendant des résultats nouveaux seraient toujours de précieux porte-greffes."[41]

Oberlin ajoute que la lutte avec des insecticides serait à poursuivre partout où le mal n'est pas encore fortement enraciné, et, que l'on débuterait avec des vignes d'un nouveau types dans les vignobles complètement détruits.

A partir des années 1880, Oberlin se lance dans une inexorable quête de la vigne idéale qui ne serait plus sensible ni au gel, ni au phylloxéra, ni aux maladies. II tente de nombreuses expériences avec des souches américaines et sauvages. Les expériences avec les souches américaines étaient difficiles à réaliser, leur importation étant défendue par l'état, de sorte qu'il fallait les cultiver par ensemencement et qu'il fallait donc au moins 10 ans pour parvenir à un résultat.

Au fil des années, Oberlin constitue une collection ampélographique très importante et en établit un mode de classification systématique. Ses critères de sélection sont :

1° la forme des grains

2° la page inférieure des feuilles de vigne

3° I'époque de maturité du raisin

4° l'époque de débourrement

5° I'époque de floraison

6° la disposition des étamines

7° la qualité et la saveur des fruits

8° la coloration des pellicules

9° la vigueur du pied de vigne

Ses tableaux représentent pour les ampélographes et les viticulteurs désireux d'acquérir des variétés nouvelles, une source de renseignements unique qui les dispensent de bien des tâtonnements et fautes

"Les collections de Chrétien Oberlin à Beblenheim sont le champ d'essais primitifs et le point de départ d'un grand nombre de variétés qui ont été essayé dans la grande culture avec une fortune diverse et des résultats discutés[42]."

Ainsi plusieurs cépages rouges comme le portugais, le cosco, le limberger ou encore le corbeau sont étudiés par Oberlin, les cépages blancs étaient le rotgipfler, le muscadelle, le orange-traube, le balafant. De cette époque datent également de nombreux hybrides dont les numéro 595, 604, 605.

Si, ajoute Adrien Berger " ces cépages n'ont pas encore fait une concurrence sérieuse aux variétés locales, il faut reconnaître toutefois que certaines espèces sont assez recherchées par les vignerons alsaciens." En 1898, Oberlin est nommé directeur de l'institut viticole de Colmar qu'il dirige jusqu'à sa mort le 23 juillet 1915. Pour le remercier de son action au service de la science viticole, le gouvernement allemand lui remet le Kronen Orden et le Roten Adler Orden, le grand-duché du Luxembourg lui décerne quant à lui la couronne de chêne. Actuellement une stèle commémore son action dans son village natal.

Parmi l'importante bibliographie de Chrétien Oberlin, nous pouvons retenir :

- Das Weinland Elsass, 1879 ;

- La dégénérescence de la vigne cultivée, ses causes et ses effets, 1881 ;

- Der Weinbau in Elsass-Lothringen, 1888 ;

- La reconstruction du vignoble, 1914.

IV) L'Institut viticole Oberlin

IV) L'institut Viticole Oberlin

A) Création de l'Institut viticole

Le 18 juin 1893, lors d'une session de la section viticole du Garten,-Obst und Weinbauverein de Haute-Alsace, la société libre d'agriculture et de viticulture de Ribeauvillé propose de créer un institut viticole pour l'Alsace-Lorraine[1].

Dans la même année, l'administration impériale décide de transférer à Colmar la station d'essais agricoles de Rouffach. En effet, ses terrains étant mal exposés elle n'apportait plus satisfaction aux chercheurs[2].

Le 17 Juillet 1894, le Ministère fait savoir qu'il a été décidé de créer un institut viticole en complément de la station d'essais agricoles et d'implanter les deux organismes à Colmar. L'exécution de ce projet est confiée à la municipalité de Colmar et le conseil municipal en a été saisi.

Un professeur allemand, le Docteur Barth est chargé d'effectuer différentes analyses de sol afin de choisir un terrain assez vaste pour accueillir les deux organismes.

Après la délimitation de l'emplacement des futurs terrains, les promesses de vente sont signées entre la ville de Colmar et l'administration. Mais comme le projet ne semblait pas avancer, le Garten u.-Weinbauverein de Colmar donne son accord pour le transfert et la création d'un institut viticole pour l'Alsace-Lorraine lors d'une réunion publique le 17 février 1895 et demande officiellement l'appui du sous-secrétaire d'état Zorn de Bulach afin de faire aboutir le projet. Au cours du mois de Mars, de nombreux colmariens signent une pétition adressée au gouvernement en vue de la création de l'institut viticole.

Le 2 Mars 1895, le conseil municipal de Colmar déclare que le projet est dans l'intérêt de la ville et donne pouvoir au maire pour le réaliser. Celui-ci soumet une nouvelle proposition à l'administration et met à disposition 8 hectares de terrains adaptés à la culture de la vigne. L'administration à la surprise générale décide de le remettre à plus tard.

Les vignerons de Colmar, les membres de la société d'horticulture et de viticulture décident malgré tout de s'adresser à la municipalité et souhaitent que la ville crée un institut viticole municipal. Le maire de Beblenheim Chrétien Oberlin se déclare prêt à céder à la ville de Colmar sa collection unique de 500 cépages. Le ler Mai 1895, le maire de Colmar, Fleurent, au cours d'un rapport détaillé effectué devant son Conseil municipal définit la mission de l'institut à créer : « Cet institut doit s'intéresser à tout ce qui concerne la viticulture et ses progrès, introduire des cépages d'un bon rendement, s'occuper du rajeunissement des vignes, lutter contre leur ennemis, donner des soins aux vins et s'attaquer à leurs maladies. »"[3]

II précise que cet institut serait d'une importance capitale pour Colmar dont les habitants possèdent de 7 à 800 hectares de vignes et où près de 10 000 personnes s'occupent de viticulture.

Fleurent pense que, " l'offre de Chrétien Oberlin de mettre à la disposition de la ville de Colmar sa collection de plants ne peut pas être écarté. Au contraire, elle doit être acceptée avec la plus grande reconnaissance et le plus grand empressement, car Colmar est le centre de la viticulture alsacienne."Comme quelques personnes s'opposaient à cette réalisation, 89 vignerons parmi les plus importants de la région envoient une pétition à la municipalité, et lui demande dans l'intérêt du vignoble d'entreprendre les démarches nécessaires afin de réaliser le projet sans l'aide de l'état et d'en confier la réalisation à Chrétien Oberlin.

Le 3 Mai 1895, le conseil municipal de Colmar décide de créer un institut viticole municipal et confie l'étude du coût du projet à la commission des finances municipales, ainsi après maintes hésitations et problèmes financiers, l'institut est finalement créé en 1896.

Au cours des années 1896 et 1897, l'institut viticole et la collection de cépages de Chrétien Oberlin Sont installés sur la route de Wintzenheim.

Tandis que les différents cépages (66 variétés) destinés aux expérimentations sont rassemblés sur un vaste terrain de la Hardt.

Les travaux d’0berlin sont repris et mis en œuvre par la section de viticulture de l'association d'horticulture et de viticulture de Colmar, qui joue un rôle essentiel dans la propagande pour l'institut.

L'initiative municipale est louée de toute part à tel point que malgré son désengagement initial, l'administration de l'arrondissement ainsi que le ministère d'Alsace-Lorraine décide d'accorder son soutien financier à l'institut viticole en lui accordant une subvention annuelle.

Au cours de la séance du conseil municipal du 30 septembre 1898, le maire Fleurent propose d'honorer Chrétien Oberlin en conférant à l'institut municipal le nom d'institut viticole Oberlin, en reconnaissance de l'action passée, présente et future de son directeur.

    

B) Les missions de l'institut viticole municipal Oberlin.

1° Instaurer un classement des différents cépages connus.

2° Poursuivre l'étude des nouvelles variétés de cépage et de l'adéquation entre les différents cépages et les terroirs (cela concerne essentiellement le problème des terrains des terrains calcaires).

Répertorier les différents systèmes de culture qui peuvent être employés en Alsace et étudier leur éventuelle influence sur le rendement et la qualité de celui-ci, ainsi que sur la taille, le palissage et le mode de conduite ...

Continuer les essais sur le rajeunissement des vignes

Élever des variétés sans défauts

6° Lutter contre les maladies de la vigne et les autres maladies

Participer énergiquement à la lutte contre le phylloxéra.

8° Aider et assister les vignerons dans leur pour la lutte contre les autres maladies et insectes nuisibles de la vigne.

9° Essais sur les questions de la fertilisation de la vigne.

L'institut est ouvert à tous, de nombreuses démonstrations pratiques et des cours sont organisés par ses directeurs successifs.

Une commission de contrôle de l'institut Oberlin est mis en place par la municipalité de Colmar. Elle est composée par Messieurs 

Abt, avocat, conseiller municipal de Colmar, propriétaire de vignobles et président de la section viticulture du Garten, obst und Weinbauverein de Haute-Alsace.

Burger, Secrétaire général et propriétaire de vignoble.

Engel, Conseiller municipal et propriétaire des vignobles

Hertzog, Directeur des hôpitaux

Konig, Maraîcher et président des Garten, Obst und Weinbauverein.

Kulisch, Directeur de la station d'essais agricoles de Colmar.

Kürssner, Maraîcher et conseiller municipal

Weber, Conseiller à la cour d'appel et propriétaire de vignobles.

C) Localisation de l'institut et description des terrains.

Le terrain que la ville de Colmar a consacré à la création d'un institut viticole, est composé de trois parcelles de qualité et emplacement différents :

1° : Un terrain dans le territoire "Kürssnersrain" de côté sud de la Wintzenheimerstrasse avec 2.00 58 ares.

2°: Un terrain dans le territoire "Endlen" de 3.1 1 58 ares.

3°: Un terrain dans le territoire "Schliff' de 2.28 23 ares.

Le terrain n°1 est destiné aux plantations des collections ampélographiques.

Le terrain n°2 est destiné à la production de pieds de vigne car les pépiniéristes de Colmar ne produisent pas encore des pieds de vigne sans défauts.

L'institut viticole Oberlin produit très rapidement des pieds mères (Mutterstocke) résistants au phylloxéra et aux différentes maladies de la vigne.

Sur lesquels sont prélevé des baguettes qui vont servir au greffage de cépages non résistants traditionnels ou sélectionnés.

Les pépiniéristes peuvent s'approvisionner en bois de vignes de qualité à moindre coût et ainsi promouvoir de meilleures variétés auprès des vignerons. Après avoir été successivement dirigé par Messieurs Oberlin et Külhmann, l'institut est confié à Théophile Cattin.

"Transféré en 1927 de la route de Wintzenheim à son emplacement actuel, l'institut rendit pendant plus de cinquante ans d'inestimables services à la viticulture alsacienne. Ses travaux furent à l'origine du renouveau du vignoble alsacien et contribuèrent à faire de Colmar la capitale incontestée du vin d'Alsace. "[4]

     


[1] Chrétien Oberlin est le secrétaire de la société libre d'agriculture de Ribeauvillé

[2] La station d'essais agronomique, crée à Rouffach en 1874 ne disposait pas des bâtiments et de la place nécessaire pour s'étendre et être à la hauteur de sa tâche toujours plus grande dans le domaine viticole, pour laquelle la station avait une section. La municipalité de Colmar proposa les locaux nécessaires dans le bâtiment de l'ancien couvent des catherinettes et en plus deux hectares de terrain à l'emplacement de l'ancien hôpital militaire.

[3] Archives municipales de la ville de Colmar, Fond Oberlin

[4] in Document du bureau de liaison de la Mairie de Colmar, De l'institut viticole Oberlin à la société d'exploitation du Domaine Viticole de la Ville de Colmar, 4 mai 1983, BMC, Abr 50952.

 

V) les initiatives de L'Etat

A) Les stations d'essais agricoles d'Alsace-Lorraine.

"Le gouvernement devrait créer un grand institut vinicole qui ferait les essais nécessaires avec la vigne américaine de manière à nous procurer les souches pour le greffage et nous mettre à lutter contre le phylloxéra". [47]

Les villes de Colmar et Metz possèdent toutes deux une station d'essais agricoles.

Les stations d'essais agricoles de l'Empire Allemand ont en commun le devoir de faire connaître aux agriculteurs les découvertes et les expériences de la science à travers des publications et des articles de vulgarisation.

Les stations agronomiques de Colmar et Metz travaillent tout particulièrement sur les thèmes suivants :

Contrôle du commerce des fertilisants et aliments pour le bétail.

Contrôle des maladies des plantes et lutte contre leur développement.

Travaux œnologiques pour le vignoble.

Contrôle des produits importés.

À Colmar, se trouve une cave d'essais dans laquelle les raisins produits par l'institut viticole sont vinifiés, ainsi que des raisins provenants de différents secteurs de l'Alsace-Lorraine.

Cette station est dirigée par le Dr Kulisch.

Après la guerre, la station de recherches agricole d'Alsace devient le Centre de Recherches agronomiques d'Alsace dirigée par M. Ménéret et la station oenologique est dirigée par M. Percher.

La station de recherches viticoles de Laquenexy (Moselle) fondée en 1902 est très active dans les domaines de la formation d'élèves greffeurs et dans la production de plants greffés sélectionnés.

Après la guerre, elle est gérée par M. Aubriot et est placée sous le contrôle du Ministère de l'Agriculture et sous la direction de la station de recherches agronomiques de Metz.

B) L'école régionale d'agriculture.

Environ à la même époque, fut émis le projet de créer une école d'agriculture impériale à Colmar avec une section pour la viticulture.

Mais, il y avait déjà une école régionale d'agriculture et de viticulture fondée en 1904 à Rouffach, la municipalité de Colmar entrepris de nombreuses démarches afin de la déplacer.

Le maire A. Riegert et les présidents des sociétés de viticulteurs s'adressèrent au "Landesausschuss". 

Ils insistaient sur la situation néfaste de la viticulture alsacienne qui rendait absolument nécessaire cette création d'autant plus que l'institut viticole Oberlin possédait déjà tous les éléments nécessaires pour cette réalisation.

Malgré les nombreuses démarches entreprises ce projet n'aboutit pas.

C) L'école de viticulture d'hiver "Winterschule" de Colmar.

Les cours avaient lieu en hiver lorsque les fils de vigneron avaient le temps de consacrer quelques heures pour parfaire leurs connaissances.

Les cours de viticulture étaient assurés par le Dr Haedrich, premier assistant de la station d'essais agricoles et par Kühlmann, administrateur de l'institut viticole Oberlin.

La première classe suivait les démonstrations pratiques à l'institut viticole et la deuxième classe les cours d'oenologie à la station d'essais agricoles.

Parmi les sujets abordés :

-          Les cépages

-          Les hybrides

-          L'aménagement des vignobles

-          Les modes de Culture et de taille

-          Le greffage

-          Les maladies de la vigne.

-          Le fumage des vignobles.

Cette école est fréquentée par les fils d'agriculteurs et de viticulteurs qui doivent au minimum disposer du certificat d'étude (Abgangzeugnis einer Volks-oder Mittelschule). Les cours sont complétées par les matières suivantes, allemand, calcul, physique, botanique et chimie agricole, géologie, botanique, horticulture et élevage, notions de soins vétérinaires, greffage, lutte contre les nuisibles et les maladies des végétaux, gestion et comptabilité agricole ...

Cette école est ensuite dirigée par M. Ortlieb.

VI) État de la viticulture entre 1900 et 1910.

Nous avons la possibilité de mieux connaître le quotidien d'une année de lutte contre les maladies de la vigne grâce à un texte de Fernand Zeyer [48] , que Claude Muller nous transmet dans son ouvrage, Chronique de la viticulture alsacienne au XXe siècle.

"Les dégâts faits par le cochylis ne pouvaient laisser les vignerons dans l'indifférence. En 1901 et les années précédentes, nos plus belles espérances, quant à la récolte, ont été amoindries par le ver. Bientôt une unanimité se dégage à Riquewihr quant à un essai. Ceux faits dans le Rheingau et dans le Palatinat sont soigneusement notés. On discute la question dans une séance du conseil municipal. Louis Trimbach fait une proposition dans ce sens, la commune doit entreprendre la chose et en supporter les frais. L'administration locale fait une liste de trente messieurs qui seront chargés de diriger ce travail. Le 29 avril 1903, à 4 heures, à l'auberge de la Grenade, réunion de ces messieurs. Le maire n'y est pas, le président Louis Trimbach vient un peu plus tard. On ne discute pas, il n'y a aucune animation pour la chose elle-même. Toute la réunion se réduit à un conciliabule mystérieux entre Brandenberger, Juin, Albert Birckel et Trimbach. Les autres n'entendent et n'apprennent rien. On montre une raquette . Bref on n'arrive à aucun résultat et tout le monde se retire mécontent. Une période de calme suit jusqu'au 14 mai. Ce jour-là on tambourine que le lendemain on commençait la chasse aux papillons. Les enfants, garçons et filles, des deux grandes classes sont libres. Le vendredi 15 mai, 80 enfants groupés par dix à quinze prennent par une matinée belle, chaude et ensoleillée 8 000 papillons, de 7 heures du matin à 10 heures. Ce jour-là, on prend jusqu'à 6 heures du soir 12 000 papillons. Le samedi 16 mai, il fait frais, ciel nuageux, pluvieux. De 7 heures à 10 heures du matin, 16 000 insectes sont pris. II y avait sept groupes, Brandenberger montre une raquette sur laquelle se trouvent 320 papillons. Le maire envoie cette raquette au Kreisdirektor afin qu'il puisse se rendre compte de la multitude de cet insecte. Les enfants montrent beaucoup de bonne volonté et de bonne humeur. La rentrée se fait toujours en chantant. Le papillon est mûr ce matin, il se laisse tomber. On en tue beaucoup soit en les écrasant, soit avec les pieds, soit avec le bâton. Dans les vieilles vignes, les papillons sont plus nombreux que dans les jeunes; également plus là où il y a de la mauvaise herbe. L'après-midi, pas de pluie, pas chaud, ciel couvert, souvent fort vent. Les papillons volent bien, beaucoup tombent dans l'herbe. Sept colonnes, avec à peu près 60 enfants s'ébranlent. On a commencé à 1 heure et demi pour terminer à 5 heures, 15 000 papillons sont comptés [...] On termine le samedi 23 Mai au soir, résultat général 174 000 insectes attrapés. La glu pour les raquettes est cuite par Reist au bureau de jaugeage. Lui et Hecky enduisent les raquettes qui sont nettoyées après chaque opération, Récompense donnée aux enfants : des petits pains. Les filles montrent plus d'habilité dans ce travail ..."

En règle générale, on a connu toutes sortes de calamités à Riquewihr

[...] Les attilabes ont fait des dégâts dans les bas-fonds [...] La pyrale prend une grande extension et partout on l'aperçoit [...] L'oïdium prend fin juillet, grâce au mauvais temps, en grande partie pluvieux, humide et chaud [..] Le péronospora connaît un rapide développement avant le sulfatage [...] On sulfate presque tout le ban dans les deux dernières semaines de juillet. Par mesure de prudence, je souffre encore le jeudi 27 août.

Paul Kulisch fait une conférence à l'hôtel de ville sur la destruction des cochylis par le procédé Berger. Le 16 mai ce procédé est employé dans dix hectares, par huit hommes de Riquewihr et deux ouvriers de la station viticole de Colmar, sous la direction des assistants Kullenberg et Loseron. Le produit employé a été confectionné à la station et comprend 15% de soufre, 8% de sulfate de cuivre, 7% de chlorure de chaux et 70% de chaux [...]

Le 20 mai, dans le Weissengrund, je découvre beaucoup de Drachel, des cigariers et des feuilles dévorées. Je passe quatre jours plus tard avec le procédé Berger-Kulisch, chaque cep que je frappe laisse tomber quatre à cinq papillons. En général, le résultat est partout négatif, comme l'on s'y attendait [...].

Les 6 et 7 juin, tout le monde sulfate ferme : voitures, pulvérisateurs, tout est mis en branle [...]

Les 24 et 15 juin, la lutte contre les pyrales continue : on voit des feux partout dans le ban [...]

Le 19 juin, le garde-champêtre tambourine l'arrêté de I'Oberpraesident concernant les pyrales I...]

Le 22 juin, Loseron, de la station de Colmar, vient faire des essais de destruction de la pyrale avec onze produits différents : Vessler'sche Mittel se composant de trois kilogrammes de feuilles de tabac, savon mou, fuselol, cent litres d'eau ; Alaun, Aloe, Quassia et Schmierseife, Schmierseife, Flores sanaceti, Serra sabadilae, Flores chrysenthemum, Borsaure, Tabakstaub [..].

Du 27 au 29 juin, on continue de sulfater avec quatre doses différentes de bouillies bordelaises.

De tous côtés on n'entend que des plaintes et des lamentations. Le vignoble est infecté par le ver sauteur (Springwurm) qui l'année dernière avait ravagé les communes de Ribeauvillé, Hunawihr, Zellenberg, Riquewihr et Beblenheim. Le ver ravage tout, mange tout, ne laisse que les tiges [...] On attribue ce fléau aux hivers trop doux que nous avons eu depuis quelques temps, de l'autre au manque d'oiseaux qui ne peuvent plus nicher par suite de la suppression des arbres dans les banlieues et qui sont tués par les nombreux fils électriques.

Le 24 juillet, conférence du Dr Kleinfeld sur la législation concernant le phylloxéra. Malgré le mauvais temps, peu de monde; de nombreux propriétaires manquent, le maire compris, il n'y que trente personnes.

Kleinfeld reste dix jours afin de faire la révision de ban. II visite les vignes, accompagné par un garde champêtre et examine les ceps douteux.

Le jeudi 15, visite de Pacotet professeur de viticulture à l'institut agronomique de Paris, invité par Oberrneyer de Rouffach, pour examiner les vignes ravagées par le phylloxéra. Nous sommes une douzaine pour l'accompagner. Pacotet donne des explications sur le péronospora, les manières de le combattre, dont le verdet qui a donné partout de bons résultats, rappelle que les bonnes bouillies ne doivent pas rester dans les fûts car elles s'altèrent et perdent de leur force. II ne préconise pas de sulfatage en ce moment, car le péronospora est sur les raisins depuis la floraison; le champignon se tient dans les nectaires, d'où il se répand. Pacotet dit qu'on doit enlever toutes les feuilles chargées de péronospora, donner de l'air aux ceps et aux raisins, surtout enlever les pousses du haut, celles qui ne servent à rien, sinon à ombrager le sol [...]

Le lundi 20 août, je vois que la vigne de Trimbach est assez belle comparée aux voisines; elle a été sulfatée à 3 % verdet".

Une conférence a eu lieu à Riquewihr le 28 juin 1910, cette conférence prouve le désarroi des vignerons, qui sont venus très nombreux de tous les villages voisins. La salle est bondée, mais l'orateur n'est pas à la hauteur des aspirations du public, celui-ci en grande détresse veut des solutions immédiates. L'orateur présente différents procédées de lutte contre le Cochylis, dont un moyen inventé par Eugène Geyl de Beblenheim [49], qui consiste à placer des plats, vases et autres récipients remplis de trinkwein (du vin) entre les pieds de vigne. Ces moyens simples ne permettent pas d'éliminer tous les vers, il faut donc trouver une solution plus durable pour éliminer les vers.

Le conférencier préconise les traitements à l'arsenic, mais ce produit dangereux est soupçonné d'empoisonner les vignerons.

Les Becker de Zellenberg utilisent un produit français appelé omnivore, ce produit semble permettre de bons résultats mais est très onéreux. Camille Preiss, vigneron à Riquewihr propose de vendanger tôt, et suggère de mettre de la paille sur les cuves, afin que le ver puisse s'y nicher, puis à la maison, il faudrait traiter cette paille, en détruisant ainsi beaucoup de vers"

B) L'année 1910, la plus dure qui soit ?

Le 11 septembre 1910, Le Journal d'Alsace-Lorraine, n0243, note :" De toutes les parties du vignoble alsacien-lorrain nous parviennent les nouvelles les plus déplorables. Les vignerons qui avaient encore conservé quelques espoirs en luttant de toutes leurs forces contre la multitude de maladies cryptogamiques, qui chaque année dévastent nos beaux coteaux, avaient sulfaté sans relâche, afin de sauver une petite part de leur récolte. Mais les pluies des deux derniers mois ont achevé de ruiner les espoirs de récolte. C'est un nouveau désastre pour la viticulture alsacienne et la ruine pour beaucoup de petits vignerons. Les désastres sont très importants dans les arrondissements de Colmar et de Ribeauvillé, qui font partie des meilleurs crus de notre région".

Tous les journaux font répercutent la nouvelle, le vignoble est ruiné !

La misère fait peur et le commerce est quasiment inexistant. Les villages viticoles semblent comme écrasés par les maladies, rien ne semble pouvoir aider les vignerons, ni les réunions ni les visites de scientifiques renommés. Les vignerons n'ont plus confiance, même les professeurs français qui jusqu'alors bénéficiaient d'une grande estime ne reçoivent plus qu'un accueil mitigé.

VII) La reconstruction du vignoble alsacien dans les années 1910.

A) L'impact des nouvelles maladies de la vigne sur les techniques de culture et de lutte.

A.1) De nouvelles méthodes de lutte.

En 1910, Lucien Hausherr dans la revue professionnelle Les Vins d'Alsace pose cette question " Comment et avec quels moyens devons-nous opérer pour reconstruire le vignoble ?"

Pour la reconstruction il y avait deux écoles, les uns étaient pour la reconstruction avec des vignes greffées les autres pour une reconstruction avec des hybrides producteurs directs.

Messieurs Burger, Beyer et Hecker prêchaient pour l'emploi de producteurs directs. Certains voyaient même dans les hybrides les vignes du futur car ils pensaient qu'il ne sera pas toujours possible de lutter avec des produits chimiques contre des maladies toujours plus offensives[1]. De plus, l'apparition de vins artificiels sur le marché rendra de toute manière impossible la possibilité de faire de la qualité.

Au contraire, quelques personnes dont, le Docteur Paul Kulisch, tentaient de s'opposer aux hybrides car ils pensaient qu'ils n'étaient pas adaptés aux conditions du vignoble alsacien. Kulisch défendait le greffage et faisait campagne pour les cépages traditionnels et la mise en bouteille des vins de qualité.

A.2) De nouvelles méthodes de culture

Comment était-il possible que l'introduction de nouvelles méthodes de lutte ait duré si longtemps, alors que ce sujet était continuellement à l'ordre du jour des assemblées de vignerons et que de nombreuses explications et solutions étaient proposées aux vignerons ?

Plusieurs possibilités peuvent être envisagées, tout d'abord, une certaine réticence des vignerons face aux nouvelles méthodes de lutte et de culture des vignes.

Ensuite, le manque de moyens, en effet les produits et les machines coûtent chers. Peu de vignerons peuvent investir dans de coûteuses machines et produits de traitements.

Certains vignerons modernes essayaient de lutter contre les vers avec des pulvérisations d'arsenic et de nicotine mais les produits étaient non seulement chers mais également difficiles à trouver.

De plus, les chercheurs ont mis longtemps pour décider des meilleures techniques de lutte. De nombreux revirements et de faux espoirs ont achevé de ruiner les espoirs que les vignerons avaient placés dans la science.

Néanmoins, de nouvelles méthodes ont été mis en place, ce sont essentiellement dans le domaine des techniques de lutte contre les vers que les changements ont étés les plus notables.

Deux produits sont couramment employés : l'arsenic et la nicotine.

M. Greiner de Mittelwihr propose de traiter tous les ans avec de l'arsenic et de la nicotine. Mais il pour que le résultat soit probant, il faut asperger chaque raisin avec le revolver. Ce travail nécessite l'emploi d'une main d'œuvre importante et entraîne des dépenses très importantes.

A.3) Transformation du style de vie.

De quoi vivent les vignerons ?

Les maladies de la vigne occasionnent des pertes de récolte considérables et un manque à gagner très important. Cette situation entraîne un changement de style de vie.

Statistique paru le 15 Décembre 1913, in Wein am Oberrhein, N023.

ANNEE

RECOLTE

Moyenne par hect

PRIX

Moyen par hect

RAPPORT en Mark par hect

1905

35.4

17.00

601.8

1906

21.2

35.40

750.48

1907

25.0

38.20

955.00

1908

37.5

33.70

1263.75

1909

14.1

30.00

423.00

1910

5.2

57.70

300.04

1911

26.3

46.60

1225.58

1912

13.2

34.30

452.76

1913

6.7

35.80

239.86

II faut savoir que durant cette période les frais d'entretien s'élèvent en moyenne à 1 100 ou 1200 Mark/Hect.

La production ne compense que rarement les frais d'entretiens.

Le viticulteur René Beyer de Eguisheim a fait une étude des frais de production sur plusieurs communes du Haut-Rhin; Eguisheim, Riquewihr, Ammerschwihr, Kientzheim, Kayersberg, Mittelwihr, Wintzenheim, Westhalten. II remarqua que les frais de production peuvent aller jusqu'à 2.227 MarWHect à Mittelwihr et 2 651 Mark/Hect à Wintzenheim.

Les vignerons ne donc peuvent subvenir à de tels frais d'entretien, les ne suffisant pas à compenser les dépenses.

"La situation est réellement catastrophique. De même que sur les champs de bataille, les oiseaux de proie se disputent les cadavres des victimes, de même une nuée de spéculateurs s'abat sur le vignoble. Ils flairent les bonnes affaires : ils arrachent leurs biens aux vignerons et ainsi se constituent des grandes étendues de vignes dans l'espoir d'en tirer un bénéfice futur. Une grande fraction des habitants de la campagne se trouvent à la veille d'être expropriée. Les propriétaires de vignobles seront dans l'obligation soit d'émigrer ou de se laisser embaucher et exploiter par les nouveaux propriétaires." [2]

On peut se demander comment les familles de vignerons ne sont pas mortes de faim avec de telles conditions ?

Ces familles économisent sur tous les achats, vivent en autarcie, et bien sur les vignerons ne prennent pas le coût de leur travail.

Ils arrivent à éviter la misère en pratiquant un peu d'agriculture et d'élevage. La culture des petits arbres fruitiers se répand en Alsace.

Souvent l'un ou l'autre membre de la famille s'en va chercher un emploi pour rapporter son maigre salaire à la maison.

Les filles s'en vont en ville (Strasbourg, Bâle, Berlin, Paris ...) pour servir dans des maisons bourgeoises où leurs compétences de cuisinières et gouvernantes sont appréciées. D'ailleurs elles ne reviennent pas toujours chez leurs parents ne voulant plus revivre dans la misère après avoir côtoyé le "luxe" des grandes villes.[3]

De nombreux garçons vont travailler dans l'industrie et pour ceux qui n'en sont pas trop éloignés, dans les mines de potasse.

Les maladies de la vigne ont entraîné le départ de nombreux jeunes qui ne trouvaient plus d'emploi ni de possibilité de vivre de quelques parcelles de vigne, dans leur village Cet exode rural, touchait essentiellement les enfants de familles nombreuses.

La misère était grande, les vignerons s'endettaient auprès de prêteurs locaux; souvent des propriétaires, des rentiers ou des veuves dépositaires d'un petit capital. [4]

C'est à cette époque qu'apparaissent les caisses d'épargne et de prêts, les "Darlehnskassen".


[1] E. Sick, directeur du syndicat des vignerons et gendre de Gustave Burger in "la nouvelle viticulture le résultat de vingt-cinq ans de travail en commun "

[2] Strassburger Post no 1171

[3] "Mes deux grand mères, l'un fille de cultivateurs de la plaine est partie à Paris, l'autre fille de vignerons s'est mis au service d'une famille en Allemagne, elles sont toutes deux rentrées à la maison, la première a épousé un gendarme, l'autre a épousé un vigneron-charpentier de son village." : Source Orale

[4] Mon arrière-grand-père paternel, a connu de graves difficultés financières au cours des premières années de ce siècle. Comme il refusait obstinément de traiter ses vignes, il ne parvenait pas à rentrer des récoltes de bonne qualité et quantité. Ses fils aînés, qui habitaient encore au domaine parental, allaient la nuit en cachette traiter les vignes de leur père avec l'aide de leurs jeunes frères et sœurs. Malgré les tentatives des enfants, les revenus de la famille étaient trop faibles, et mon arrière-grand-père était endetté auprès de prêteurs du village. Au bout de quelques années, mon grand-père ne pouvant rembourser ses dettes, tous les biens de la famille furent vendus aux enchères. Son épouse de vingt ans sa cadette et leur dix enfants se retrouvèrent sans domicile et revenus. Ils n'avaient plus aucune autre subsistance que les salaires des fils aînés qui travaillait les vignes de plusieurs propriétaires. Après la vente des biens de la famille, les filles aînées s'en allèrent à Mulhouse chercher un travail afin de subvenir aux besoins de leurs jeunes frères et sœurs mais aussi pour échapper à la misère familiale et à la pression paternelle. Cet exemple n'est pas une exception un grand nombre de famille de vignerons ont tout perdu dans la bataille contre les maladies la vigne" :Source Orale

 

VIII) Les années de guerre 1914-1918

Les nouvelles du vignoble sont mauvaises, l'année 1913 peut être considérée comme la plus mauvaise de mémoire d'homme. À qui la faute ? Certainement pas aux vignerons qui malgré l'emploi de la nicotine n'ont eu aucun succès dans la lutte contre les maladies cryptogamiques.

La nature, facteur essentiel dans la conduite de la vigne, n'a pas été favorable. Les maladies ont attaqué comme jamais, le temps pluvieux et mauvais en juin, juillet et août, ainsi que la mobilisation des troupes n'a pas permis de traiter convenablement. De plus, le vignoble devient une base stratégique et de ce fait souffre bien plus que tous les autres vignobles allemands. Un seul espoir réside dans le vin de guerre que les vignerons espèrent vendre à un bon prix.[54]

Les vignerons manquent de bras pour les aider à cultiver la vigne, et malgré l'aide de nombreux soldats et prisonniers, ils ne parviennent plus à combattre les maladies cryptogamiques. De plus à partir de 1915, les produits chimiques viennent à manquer.

Le commerce ne fonctionnait plus en 1918, car les réseaux de communication étaient coupés.

Les cinq années de guerre achèvent de ruiner le vignoble et l'armistice du 11 novembre 1918 ne semble pas transformer cette situation.


Notes de bas de page - Chapitre 2 

[1] L’investissement est considérable, surtout qu'il faut traiter deux fois dans l'année pour obtenir un résultat rentable. Le prix de revient est d'environ 300 francs à l'hectare alors que le vin se vend en moyenne à 30 francs l'hectolitre. II va donc de soi que seuls les grands châteaux peuvent se permettre l'emploi de cette méthode insecticide. En Médoc, plusieurs grands châteaux traitent ainsi leurs vieilles vignes françaises jusqu'en 1914 et ne replantent sur des souches américaines que après 1920.

[2] Un pal-injecteur est une sorte de grosse seringue. On l'appelle communément pal-injecteur Vermorel du nom de son inventeur, un grand propriétaire du Beaujolais. La ville de Villefranche- sur-Saône possède une très grande collection d'ouvrages et de documents iconographiques regroupés dans le fonds Vermorel.

[1] Ferdinand Reiber, Notice sur le phylloxéra en Alsace-Lorraine, 1885, Colmar.

[2] Ferdinand Reiber, Notice sur le phylloxéra en Alsace-Lorraine, 1885, Colmar

[3] Chiffres de Charles Koenig

[4] Il ne faut pas oublier les ravages causés par les autres maladies de la vigne; comme les vers de la grappe ou encore l'oïdium.

[5] En France, de 1882 à 1886, aucune récolte n'atteint les 30 millions d'hectolitres alors qu'auparavant elles se situaient toujours entre 50 et 60 Mhl.

[6] Le mélange médocain étant également appelé vert de gris qui est composé essentiellement de cuivre.

[7] Trois parties de sulfate de cuivre en solution à 2 % d'eau pour une partie de chaux.

[8] R. Gutmann, Wie steht‘s in unsere Reben ? (Comment se portent nos vignes ? ), Colmar, 1888.

[9] R. Gutmann énumère les différentes maladies mais ne propose aucune solution, sauf celle de laisser les vignes au repos et de faire du vin de… groseilles pour survivre !

[10] In Adrien Berger, "Le mouvement viticole en Alsace-Lorraine", extrait de la Revue des viticulteurs, Paris, 1904. Adrien Berger est professeur agrégé au lycée Voltaire de Paris et docteur en droit. II effectue en 1903, un deuxième voyage en Alsace pour préparer l'ouvrage ampélographique de Vialat et Vermorel. II était déjà venu en Alsace en 1899.

[11] L. S.ittler, Op. cité

[12] in Dossier BMC A 5525

[13] Article dans L’Industriel Alsacien, 11 Mai 1876

[14] Le jardin d'essai se trouvait au Hohlandsbergwahl a été déplacé en 1903 car il se trouvait sur le futur emplacement de la cour d'appel. II a été réinstallé sur la route de Wintzenheim.

[15] Parmi eux on trouve Camille Schlumberger et Bürckel, ancien jardinier à Versailles qui va l'administrer.

[16] Fondation de la société d'horticulture de Colmar, projets de statuts, Glaneur alsacien, 12.12.1868. Statuten des Garten u-Weinbauverein für Colmar, 1874 Der Garfen u- Weinbauverein für den Bezirk Ober Elssas, XXV. Deutscher Weinbaukongress, Colmar, 1910, pp 70-75

[17] Joseph Salzmann, "L'organisation de la Viticulture en Alsace", in Catalogue Vignes et Vin d'Alsace, 1950.

[18] idem

[19] Il s'agit de Wein am Oberrhein.

[20] in A. Berger

[21] Création du service municipal contre les gelées blanches en 1884. Après 1913, la municipalité continua à fabriquer la bouillie bordelaise et à la céder au prix de revient aux viticulteurs qui en faisaient la demande.

[22] L. Sittler, Op. cité

[23] De 1885 à 1913, le conseil municipal de Colmar crée un service spécial du sulfatage "Rebensprengungsdienst" assuré par les ouvriers de la ville et ce dans toute la banlieue moyennant un abonnement minime. La bouillie bordelaise était préparée aux usines municipales.

[24] A. Berger, Op Cité

[25] A. Berger, Op Cité

[26] A. Billich, Turckheim, Histoire d'un vignoble, ed Alsatia, Colmar, 1949

[27] A.Billich, Turckheim, Histoire d'un vignoble, ed Alsatia, Colmar, 1949

[28] in Vignes et Vins d'Alsace, 1950, Colmar.

[29] NDBA (Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne), article de Jean-Marie Schmitt, t5; 1984, page 425.

[30] Texte de 1911

[31] F. Hecker, Barr, pp 325-328

[32] Auguste Hertzog est un passionné d'agriculture et de viticulture membre de la société d'agriculture de Colmar

[33] Causerie de M.L. Grandeau parue dans Le Temps, du 6 Juillet 1897

[34] voir NDBA, Article Eric Mayer.

[35] Archives de la station de recherches agronomiques de Colmar et NDBA, article de André Hugel, pp 2149-2150.

[36] voir NDBA, article de André Hugel et Francis Lichtlé, et l'ouvrage de Birckel, Beblenheim...

[37] on trouve parfois son prénom sous la forme de Christian

[38] Les vignes européennes ont toutes la même origine: la vitis vinifera et ne résistent par conséquent pas au phylloxéra. Alors que les vignes américaines proviennent de plusieurs origines et certaines de ces variétés sont résistantes au phylloxéra si elles sont plantées dans des terrains qui leur sont appropriés.

[39] Bronner, grand ampélographe allemand, qui faisait beaucoup de recherche sur les vignes sauvages de la vallée du Rhin et pensait avoir découvert des espèces locales résistantes à toutes nouvelles maladies.

[40] Riesling: l’origine du Riesling est obscure mais est indubitablement germanique. Bassermann-Jordan lui trouve des ressemblances avec des vignes décrites par Pline au 1er siècle. Jean-Louis Stoltz pense que la culture non-interrompue depuis des siècles du cépage gentil-aromatique, vulgairement Riesling, a fait dire à Metzger que ce cépage pourrait bien provenir de semis adventifs sur le sol du Rhingau.

[41] Oberlin, Communication à la Société libre d'agriculture et de viticulture de Ribeauvillé.

[42] A. Berger, Op cité.

[43] Chrétien Oberlin est le secrétaire de la société libre d'agriculture de Ribeauvillé

[44] La station d'essais agronomique, crée à Rouffach en 1874 ne disposait pas des bâtiments et de la place nécessaire pour s'étendre et être à la hauteur de sa tâche toujours plus grande dans le domaine viticole, pour laquelle la station avait une section. La municipalité de Colmar proposa les locaux nécessaires dans le bâtiment de l'ancien couvent des catherinettes et en plus deux hectares de terrain à l'emplacement de l'ancien hôpital militaire.

[45] Archives municipales de la ville de Colmar, Fond Oberlin

[46] in Document du bureau de liaison de la Mairie de Colmar, De l'institut viticole Oberlin à la société d'exploitation du Domaine Viticole de la Ville de Colmar, 4 mai 1983, BMC, Abr 50952.

[47] Emile Hugel, article dans, Courrier du Bas-Rhin, 30.10.1903

[48] Fernand Zeyer est né à Sainte-Marie-aux-Mines en 1874, fils de Frédéric et de Henriette Haaslaier, il épouse Marie Jung et devient viticulteur à Riquewihr, il décède en 1969.

[49] ce procédé est explicité dans l'ouvrage de Frédéric Hecker, Die Stadt Barr. .., Strasbourg, 1911, p 325. Hecker émet des réserves quant au procédé d'Eugène Geyl, car dans les verres on retrouvait également des perce-oreilles, alliés des vignerons car ils détruisent vers et abeilles.

[50] E. Sick, directeur du syndicat des vignerons et gendre de Gustave Burger in "la nouvelle viticulture le résultat de vingt-cinq ans de travail en commun "

[51] Strassburger Post no 1171

[52] "Mes deux grand mères, l'un fille de cultivateurs de la plaine est partie à Paris, l'autre fille de vignerons s'est mis au service d'une famille en Allemagne, elles sont toutes deux rentrées à la maison, la première a épousé un gendarme, l'autre a épousé un vigneron-charpentier de son village." : Source Orale

[53] Mon arrière-grand-père paternel, a connu de graves difficultés financières au cours des premières années de ce siècle. Comme il refusait obstinément de traiter ses vignes, il ne parvenait pas à rentrer des récoltes de bonne qualité et quantité. Ses fils aînés, qui habitaient encore au domaine parental, allaient la nuit en cachette traiter les vignes de leur père avec l'aide de leurs jeunes frères et sœurs. Malgré les tentatives des enfants, les revenus de la famille étaient trop faibles, et mon arrière-grand-père était endetté auprès de prêteurs du village. Au bout de quelques années, mon grand-père ne pouvant rembourser ses dettes, tous les biens de la famille furent vendus aux enchères. Son épouse de vingt ans sa cadette et leur dix enfants se retrouvèrent sans domicile et revenus. Ils n'avaient plus aucune autre subsistance que les salaires des fils aînés qui travaillait les vignes de plusieurs propriétaires. Après la vente des biens de la famille, les filles aînées s'en allèrent à Mulhouse chercher un travail afin de subvenir aux besoins de leurs jeunes frères et sœurs mais aussi pour échapper à la misère familiale et à la pression paternelle. Cet exemple n'est pas une exception un grand nombre de famille de vignerons ont tout perdu dans la bataille contre les maladies la vigne" : Source Orale

[54] in Zeitschrift für Weinbau und Weinbehandlung, année 1914