Chapitre 1 : La confiance : 1800 - 1871

Au cours de la première partie de mon étude, je vous propose de constater quelles étaient les différentes maladies de la vigne qui sévissaient dans le vignoble alsacien entre 1800 et 1871. Puis dans un deuxième temps, d'examiner quels étaient les moyens de lutte employés par les hommes pour éviter de perdre tout ou partie de leur récolte.

Mais, avant cela, il me faut préciser le contexte général de la viticulture en France et la situation déjà particulière de la viticulture alsacienne vers 1800.

Une des plus anciennes étiquettes de vin d’Alsace conservée. Il s’agit d’un vin de paille du Domaine Trimbach à Hunawihr
Une des plus anciennes étiquettes de vin d’Alsace conservée. Il s’agit d’un vin de paille du Domaine Trimbach à Hunawihr

I) Etat des lieux de la viticulture vers 1800

A) En France : un âge d'or

Avant 1800, la culture de la vigne participait en France [3] à une polyculture paysanne et fournissait la boisson quotidienne. La plus grande anarchie régnait quant aux choix des cépages et des cultures, chaque société vigneronne était persuadée que ses usages, hérités de la tradition, étaient les meilleurs. Seuls quelques vignobles connaissaient le succès et exportaient leur production.

La Révolution Française a donné un nouvel essor à la viticulture. En effet, les réformes de 1789 ont aboli un certain nombre d'obstacles qui jusque-là entravaient le développement d'une viticulture dynamique. Ainsi la vente des biens nationaux a permis à un nombre plus important de personnes d'avoir accès à la propriété foncière et d'investir leur patrimoine et leur savoir-faire dans la viticulture [4].

Grâce à l'introduction de nouvelles méthodes de culture, les rendements ont également progressé. Lentement, les techniques de culture se fondent sur des principes scientifiques nouveaux (apports réguliers de fumure, taille adaptée au cépage et à la zone géographique, meilleur travail du sol ...) et deviennent plus rationnelles.

À la fin du XVIIIe siècle, un autre regard est porté sur la vigne et le vin par des scientifiques qui, perpétuant l'esprit des physiocrates [5] cherchent à déterminer de meilleures conditions de culture.

L'intérêt pour la viticulture s'explique par le fait que celle-ci est alors considérée comme le fleuron de l'agriculture française. De toutes les cultures, c'est celle de la vigne qui progresse le plus au cours du premier tiers du XIXe siècle. Plusieurs savants s'illustrent dans cette œuvre et complètent leur activité de recherche en menant une action pédagogique auprès des propriétaires. Le plus célèbre d'entre eux est Chaptal [6]. Ses études sur la vinification restent célèbres.

Les conditions économiques de l'époque contribuent également à l'évolution de la viticulture. L'invention du chemin de fer offre de sérieuses perspectives de développement aux producteurs et bouleverse la géographie viticole de notre pays. Grâce au train, les vins français peuvent voyager plus loin, plus vite et moins cher. La production viticole française trouve ainsi d'importants débouchés dans les agglomérations urbaines.

En rapprochant les zones de production adaptées à la culture de la vigne des grands pôles de consommation, le train est à l'origine de la disparition de nombreux vignobles septentrionaux, où, dans des conditions difficiles les vignerons produisaient des vins médiocres [7].

La situation florissante des grandes régions viticoles françaises [8] est renforcée par la politique libre-échangiste de Napoléon III. Les nombreux traités commerciaux négociés entre 1860 et 1865 ouvrent aux vins de qualité toute une série de marchés : britannique, mais aussi belge, néerlandais, scandinave et allemand.

Tous ces facteurs réunis sont à l'origine, au début du XIXe siècle, d'une forte augmentation des plantations de vignes en France. Les vignerons ne rencontrent aucune difficulté pour écouler leur production, et rien ne semble pouvoir perturber cette apparente prospérité [9].

B) La situation déjà particulière de la viticulture alsacienne vers 1800. [10]

En Alsace, comme en France, quelques esprits éclairés, prodiguent des conseils d'agronomes avisés. Ainsi Jean-Michel Ortlieb [11], propriétaire à Riquewihr en Haute-Alsace adresse en 1789 aux membres des Etats Généraux son essai intitulé : "Plan et instruction fondées sur l'expérience, pour l'amélioration et l'augmentation des biens de la terre, spécialement des vignobles, dictées par l'instinct patriotique et dans la seule vue d'avancer le bien de l'humanité" [12]. Jean-Michel Ortlieb était déjà connu pour son souci constant d'améliorer la culture de la vigne. Il avait notamment proposé en 1774 ses services au roi de Prusse Frédéric II afin d'inciter ce dernier à promouvoir la plantation de nouveaux cépages, et en particulier le petit Rischling également appelé Ortlieber ou knipperlé. Dans cet ouvrage, l'auteur donne de nombreux conseils de culture et d'entretien de la vigne. II énumère également les moyens à employer pour détruire le draschel, un nuisible particulièrement virulent dans la région de Riquewihr.

A la même époque, un autre propriétaire s'intéresse également à la culture et à l'amélioration du vignoble. Il s’agit du chirurgien militaire Jean-Louis Stoltz [13], qui lorsqu’il a épousé en 1802 Anne-Marie Kreyder héritière d'un domaine viticole à Andlau, n'avait aucune connaissance particulière en matière de viticulture. Ce dernier se passionne très vite pour la culture de ses vignes et en peu d'années, il dispose du vignoble le mieux entretenu de la région et participe à l'effort d'amélioration des techniques de culture mis en place par l'administration préfectorale [14]. II obtient un prix de mille francs pour son "Manuel du cultivateur alsacien" et publie en 1844, un traité de viticulture intitulé, « Der elsassische Weinrebbau ». Entre 1848 et 1866, il édite chaque année un calendrier populaire, « Der elassiche Landbote » et participe au Congrès de viticulture de Colmar en 1848. En 1852, Stoltz fait paraître son oeuvre majeure, « L'Ampélographie rhénane ou description caractéristique, historique, synonymique, agronomique et économique des cépages dans la vallée du Rhin » C'est ainsi grâce aux efforts déployés par de nombreux agronomes passionnés et par l'administration préfectorale, que débute en Alsace une lente mutation des modes de culture [15].

Dans le nord de l'Alsace, les vignerons commencent à modifier leurs techniques culturales. Au lieu d'allonger horizontalement les sarments, ils les plient en forme d'anses à pot à un mètre de hauteur. L'air et la chaleur peuvent alors mieux circuler autour du cep et des sarments, ce qui améliore d'autant la qualité des raisins.

En Haute Alsace, de nombreux vignerons mettent en place la méthode de culture dite des Wurtembergeois (l'élévation du cep est diminuée, on ne laisse à chaque tige lors de la taille qu'une verge et un courson ou deux verges que l'on plie en arc de haut en bas). Ces nouvelles méthodes de culture nécessitent l'emploi de nombreux échalas. Les forestiers alsaciens introduisent pour cela la culture du robinier, ce bois étant réputé pour ses qualités de résistance et d'imputrescibilité. Les vignerons améliorent également les opérations de plantation par l'emploi du provignage et du marcottage [16].

Afin d'obtenir de meilleurs vins, de nombreux vignerons plantent également de meilleurs cépages, en sélectionnant les cépages nobles comme le riesling ou le traminer.

Alors qu'au début du siècle, le vignoble alsacien est plus étendu que jamais [17] et qu'il semble jouir d'une apparente prospérité, plusieurs problèmes apparaissent [18]. Progressivement le vignoble alsacien devient un vignoble de masse qui produit un vin de faible qualité [19]. Cette mutation qui touche le vignoble alsacien à partir de la première décennie du XIXe siècle trouve son origine au XVIIIe siècle. En effet, vers 1750, les laboureurs de la plaine remarquant la relative opulence des habitants des cités viticoles, se mettent eux aussi à planter des vignes, non plus pour couvrir leurs besoins personnels mais bien pour commercialiser cette nouvelle production [20]. Les nouvelles vignes de plaine se sont rapidement avérées très productives d'autant plus que les cépages étaient justement sélectionnés pour leur …productivité [21].

Malgré l'augmentation de la population au début du XIXe siècle et le stationnement de plus de 40 000 soldats de l'Empire en Alsace, la consommation locale de vin atteint son seuil de saturation. D'autant plus que le vin, n'est plus la seule boisson alcoolique à être produite en grande quantité et que des brasseries étaient implantées jusque dans les zones viticoles.

Afin de faire face à la surproduction, les vignerons doivent absolument pouvoir exporter leur production vers les pays germaniques, traditionnellement grands consommateurs de vins d'Alsace. C'est pourquoi, les vignerons alsaciens nourrissent les pires inquiétudes lorsque on évoque le transfert des barrières douanières des Vosges au Rhin. Dès Février 1789, l'auteur d'un mémoire strasbourgeois s'inquiète: "Les vins de la province d'Alsace forment une branche d'exportation très considérable, on ne peut pas dire jusqu'à quel point le reculement des barrières douanières pourrait porter préjudice à cette partie. II faudrait pour cela connaître les intentions du gouvernement et la portée du nouveau tarif. Ce qu'il est certain, c'est que la moindre gêne, le moindre droit pourrait lui être fatal. Les Suisses en font des enlèvements considérables, mais comme ils ont la facilité de s'approvisionner dans le margraviat de Bade et le duché de Wurtemberg, il est toujours à craindre que le plus petit changement ne les détourne. On doit également observer que nos vins ne pouvant, par leur qualité, concourir avec ceux des autres provinces du royaume, nous n'avons aucune espèce d'avantage à espérer pour cette partie par le reculement des barrières, motif de plus pour désirer que les choses restent sur le pied actuel"[22].

Le reculement des barrières douanières au Rhin est tout de même proclamé le 30 octobre 1790. L'Alsace intégrée au système économique français, ne trouve pas de l'autre côté des Vosges des conditions favorables pour le commerce de son vin.

Jusqu'en 1813, les vins d'Alsace continuent à bien se vendre en Allemagne et en Suisse, mais à partir de 1822, le relèvement des tarifs douaniers gêne considérablement le commerce du vin vers l'Allemagne.

Et quand, le 1er Février 1850, la Suisse qui achetait pour plus de 200 000 hectolitres de vin par an, s'entoure à son tour de barrières douanières, c'est une véritable catastrophe pour les vignerons alsaciens. Les marchés traditionnels semblent donc définitivement perdus, et comme les vins d'Alsace sont peu connus en France, ils n'ont que peu de chance d'y trouver un débouché commercial intéressant.

C'est dans ce contexte difficile que de nouvelles maladies de la vigne apparaissent. Face à tant de coups du sort, les vignerons se trouvent démunis. Mais nous sommes au siècle de la Science, et rapidement l'étude des maladies de la vigne va devenir un vaste terrain d'exercice pour des chercheurs de tout bord, plus ou moins sérieux. La lutte va pouvoir commencer, mais il va falloir trouver les armes adéquates. II est sûr que cette " guerre " ne va pas se dérouler sans victimes, les plus faibles, et les moins enclins au changements vont souffrir. La lutte contre les maladies de la vigne devient alors bien plus qu'une simple opération de préservation des cultures : c'est un défi que la viticulture se doit de relever au risque de se perdre.

II) Etat des lieux des maladies de la Vigne en Alsace vers 1800

Quelles sont les différentes maladies de la vigne qui sévissent en Alsace vers 1800 ?

Grâce à de nombreuses chroniques et surtout à l'aide de précieuses descriptions administratives, nous pouvons établir assez précisément le type et la fréquence d'apparition des diverses maladies et accidents qu'a connu le vignoble alsacien. Jusqu'à la fin du XVIII siècle, on ne connaissait que très peu de parasites de la vigne. Les plus répandus étaient les cigariers, les chenilles et les hannetons.

A) Les animaux nuisibles à la vigne

A.1) Le cigarier ou bêche ou Stichling ou Drachel ou Troschel Kafer

La bêche est un insecte de la famille des coléoptères et était déjà connue des Romains. Elle paraît sur les vignes dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir et que le bourgeon atteint trois centimètres de long. La bêche se loge entre les feuilles naissantes qu'elle mange, et lorsque le mâle et la femelle s'accouplent, le mâle ronge alors le jeune pampre à sa base et le coupe à moitié de son épaisseur, celui-ci se fane. Après cela, la femelle roule la feuille et y forme plusieurs spirales. Elle y pond jusqu'à douze oeufs. Quinze jours après la ponte, les oeufs deviennent des vers blancs et les cornets tombent par terre, la larve de l'insecte se trouve alors enterrée sous terre lors des labours. De cette manière la larve de l'insecte se trouve garantie du froid pendant l'hiver. Elle passe à l'état de nymphe. En février, le nouvel insecte sort de terre, se cache sous l'écorce et le cycle recommence.

La première mention connue de la présence de cigariers dans le vignoble alsacien date de 1758 à Riquewihr : "Petite vendange, vin acide, à cause des milliers de cigariers qui ont piqué les premières pousses" [23]. On trouve également dans un opuscule sur la vigne par Jean-Marie Ortlieb de Riquewihr, "que la bêche, inconnue à mes ancêtres, parut pour la première fois pendant les années 1758 et 1759 dans quatre à cinq cantons du Haut-Rhin et que les vignes de ces cantons furent tellement ravagées par cet insecte, qu'au mois de juillet elles présentèrent l'aspect qu'elles ont ordinairement à la fin de l'automne ...Pareil malheur, se renouvela pendant les années 1787 et 1788[24]. En 1787, à Riquewihr, le magistrat organisa la lutte, les propriétaires et les ouvriers furent invités à cueillir toutes les feuilles touchées. Ils devaient ensuite les rassembler devant les portes de la ville et les brûler devant les officiers seigneuriaux sous peine d'une forte amende."

"En 1798, le Stichling a causé de grands dégâts. Les propriétaires doivent se rendre dans les cantons attaqués pour détourner le fléau sur ordre de l'administration départementale" [25]

"A Riquewihr, un garde-vigne ou bangarde est nommé pour contrôler la chasse au cigarier et la destruction des feuilles, un registre de tous les participants est tenu. Le 26 Mai 1798, les agents fixent les jours pour la recherche et l'enlèvement des rouleaux de feuillages contenant la semence de cet insecte et de l'insecte lui-même. Les rouleaux et insectes sont portés au corps de garde pour y être brûlés où détruits d'une autre manière."[26]

En 1805, on établit des statistiques en recueillant les insectes dans des verres. En 1809 et en 1810, la bêche réapparaît à Mittelbergheim. De 1840 à 1845, la bêche fait de brefs retour à Riquewihr.

La bêche cause de grands dégâts dans les vignobles qu'elle envahit, c'est pourquoi de nombreux propriétaires recherchent des solutions pour la combattre.

Ainsi Jean-Louis Stoltz qui était déjà connu pour ses différents travaux ampélographiques écrit en 1825, un mémoire sur la bêche et les moyens de la détruire. Pour lui, "la culture de la vigne est une des branches de l'industrie qui nourrit et fait vivre une grande partie des habitants de notre province; elle est la ressource presque unique de ceux qui habitent le long des montagnes dans le Haut comme dans le Bas-Rhin. Toute leur fortune dépend pour ainsi dire de la réussite ou non réussite des vendanges, et si le moindre accident vient entraver la marche que la vigne prend ordinairement dans son développement, l'espoir d'une bonne récolte est anéanti; et leurs moyens d'existence deviennent forts précaires. Parmi le grand nombre d'empêchements à la prospérité de la vigne se trouve un insecte fort connu dans l'intérieur de la France sous les noms de bêche, lisette, velours-vert, coupe bourgeons et en Allemagne, sous les noms de kleiner goldkaefer, rebenstecher, stichling, blattwickler, zapfendreher, dreschel et par corruption de ce dernier mot, chez nous, droeschel ou drestel". En général, l'unique moyen de lutte efficace préconisé par tous les spécialistes consiste à ramasser les insectes et à les détruire.

"II faut recueillir les bêches à leur différents stades de développement dans des nappes, tabliers, sacs, cartons, cornets en carton [...]

Les propriétaires aidés d'une main d'oeuvre nombreuse doivent ramasser les bêches dans une petite bouteille remplie d'eau surmontée d'un entonnoir et chaque cep, chaque bourgeon sera examiné. Ils feront tomber les bêches dans les bouteilles [...]

II faut faire cette chasse de bon matin avec précaution car la bêche fort éveillée et timide à l'instinct de se blottir et de se laisser tomber [...]

Cette opération doit être systématique. En effet, elle doit être répétée tous les huit jours car les bêches survivantes vont former des cigares qui une fois récupérés par des journaliers munis de sacs ou de tabliers seront portés à la maison pour être brûlés.

L'autorité publique peut certainement, sans être accusée de tyrannie, employer des moyens coercitifs pour obliger les vignerons à agir, comme elle fait déjà dans beaucoup d'endroits pour détruire les chenille.

D'autres systèmes plus farfelus ont été expérimenté, sans trop de succès par ailleurs. Ainsi Stoltz après de longues observations avait remarqué que la bêche avait pour ennemis, outre l'araignée des vignes, les oiseaux à bec effilé. On a donc imaginé de faire entrer dans les vignes des poules auxquelles on aurait lié les ailes.

A.2) La pyrale de la vigne ou ver capucin.

La pyrale est une chenille vert clair qui hiberne sous les écorces du cep. Lorsqu'elle se réveille au printemps, elle ronge les petites feuilles des vignes et compromet ainsi le développement de la plante car elle détruit les jeunes feuilles et les inflorescences de la vigne.

À partir de 1825, la pyrale devient un danger pour tous les vignobles français. L'État cherche des remèdes au problème car il a de graves conséquences sur le plan économique. C'est la première fois qu'une mission d'étude est officiellement confiée à un savant. En 1837, Audoin, membre de l'institut et professeur au muséum d'histoire naturelle de Paris est sollicité pour étudier et trouver des remèdes au parasite. II publie en 1842, "L'histoire des insectes nuisibles à la vigne et en particulier de la pyrale de la vigne". La méthode de lutte proposée par Audoin est relativement efficace pour détruire les œufs de la pyrale. II suggère d'enfouir les souches des ceps en hiver afin d'étouffer l'insecte et de ramasser les pontes d'été. Le savant propose également de soufrer les échalas.

Les vignerons brossent, écorcent, badigeonnent et buttent les ceps de vigne en hiver. Certains tentent de capturer les insectes en été quand la pyrale s'est transformée en papillon et installent des feux de bois et des lampions la nuit pour attirer les insectes en espérant qu'ils se brûlent les ailes.

D'autres encore installent des anneaux isolants à la base des ceps et espèrent que les insectes ne pourront pas grimper jusqu'à la partie supérieurs du pied de vigne.

Les derniers ne trouvant aucune solution organisent des pèlerinages ...

Malgré les efforts fournis, ces procédés de lutte se sont avérés plus ou moins efficaces pour éradiquer la pyrale. C'est finalement Benoît Raclet de Romanêche-Thorins qui trouve la solution. En effet, il avait remarqué qu'une vigne plantée à côté d'une maison de vigneron et sur laquelle on déversait chaque jour l'eau de vaisselle échappait à l'attaque de la pyrale alors que tous les vignobles environnants en étaient infestés. Dès 1829, il ébouillante les ceps de vigne en hiver. Raclet est d'abord traité de sorcier, mais comme son procédé s'avère efficace, il se répand et est utilisé par un grand nombre de vignerons jusqu'à la découverte des insecticides modernes.

La généralisation d'une méthode de lutte efficace ainsi que le peu d'ampleur de propagation du parasite ont limité l'importance économique de cette première crise viticole.

En Alsace, la pyrale, qui est appelée Springwurm fait de constantes apparitions. Les vignerons "font la chasse aux pyrales" en passant d'un cep à l'autre, en examinant les feuilles suspectes qui sont broyées dans les mains afin de détruire les insectes. Ce travail est long et fastidieux, certaines chenilles se laissent tomber à terre, et il est alors quasi impossible de les retrouver. Les vignerons n'ont d'autres solutions que de brosser les pieds en hiver et d'espérer que les perce-oreilles attaquent les chenilles avant leur métamorphose.

A.3) Les hannetons

En 1798, à Eguisheim et à Herrlisheim les municipalités ordonnent aux possesseurs de vignes de ramasser et d'écraser les insectes appelés "exécrable vermine rongeuse ».[27]

Tous les auteurs qui ont écrit sur l'agriculture, se plaignent des dévastations sans nombre des hannetons.

Ordinaire de La Collonge, membre de la société des Sciences du Bas-Rhin écrit en 1825, un article sur le sujet : "Le ver éclot au pied des arbres, en ronge les racines en les coupant avec une pince en forme de scie, dont sa tête est armée[...]II faut également indiquer les moyens de les détruire, ou du moins, autant que possible, d'en diminuer le nombre[...] Quelques personnes prétendent qu'on en détruit beaucoup en les enfumant. L'expérience prouve que cette opération est inutile. D'autres font creuser des trous tout autour des ceps pour écraser les vers qui s'y trouvent. Mais quelle dépense ! II faut tout simplement secouer le cep de 10 heures du matin jusqu'à 2 heures de l'après-midi, par gros soleil, ensuite on ramasse les hannetons et on les jette au feu. On pourrait également en donner en petit nombre aux canards, ils les engraissent. Cette mesure est facile à exécuter mais doit être réalisée dans tout un pays. Il est certain que cette opération doit être suivie pendant plusieurs années consécutives. Les enfants, les femmes, vieillards pourraient être employés à cette tâche."[28]

A.4) Les chenilles

Ce petit insecte attire très vite toute l'attention sur lui. La loi du 26 Mars 1796 stipule que "Tout propriétaire, fermier, locataire, est tenu d'écheniller sous peine d'amende car la chenille est l'animal le plus vorace qui soit, elle mange ordinairement en feuilles plus que son poids, mais les chenilles ne sont pas toutes également nuisibles."[29]

"II faut les récolter les unes après les autres et les brûler. II faut s'assurer du soutien des enfants, un prix sera donné le dimanche à celui qui en aura attrapé le plus. Que tous reçoivent une légère récompense et bientôt vous aurez fait cessé une calamité publique que seule notre apathie maintient et perpétue."[30]

Le 7 décembre 1838, le comice central de Guebwiller, émet le vœu "que l'on prenne des mesures plus efficaces que celles employées jusqu'ici pour la destruction des chenilles qui menacent les arbres fruitiers et autres d'une dévastation complète."

Le 24 janvier 1840, le préfet prend un arrêté tiré à 600 exemplaires, envoyé aux maires des différentes communes alsaciennes dans lequel il stipule que les maires sont tenus de vérifier les opérations et d'en faire un compte rendu précis." Un calendrier précis des opérations d'échenillage est fixé en 1850 par la préfecture et stipule que : « L'échenillage doit être effectué par les vignerons et les propriétaires de vergers avant le 1er mars. Du 1er mars au 10 mars, les maires et gardes champêtres doivent vérifier le travail des vignerons et propriétaires. Le 1er avril, les maires doivent envoyer leur compte-rendu au sous-préfet. Le 10 avril les sous-préfet doivent envoyer leur compte-rendu au préfet ».

A.5) Les vers de la grappe ou tordeuses

II existe plusieurs sortes de vers de la grappe :

L'eudémis ou Heuwurm : La chenille de l’eudémis apparaît au mois de juin, et une deuxième génération de vers éclot au mois d'août.
Le cochylis ou Sauerwurm : C'est un papillon qui dépose ses œufs sur les raisins et les enveloppe dans un cocon. De ces cocons sortent des chenilles qui attaquent la vigne.

"Les ravages occasionnés par les vers ruinaient certaines années les vendanges, on ne connaissait pas de moyens de lutte"[31].

Vers 1850, les vendanges sont régulièrement avancées dans de nombreux villages car " le raisin diminue journellement étant pour ainsi dire rongé par le ver.

L'année 1869 a été une mauvaise année, pourtant il n'y avait ni grêle ni gel. Tous les raisins ont été dévorés par les vers. Ce que le Heuwurm a laissé, le Sauerwurm l'a pris. II restait juste quelques baies à vendanger »[32].

Les dégâts sont considérables et il n'existe que peu de moyens de lutte contre les vers de la grappe. Les vignerons posent des pièges à glu dans les rangs de vignes afin de capturer les papillons et empêcher leur prolifération. Mais ce moyen a une efficacité réduite et reste très rudimentaire.

La lutte contre les vers devient très vite un enjeu principal de la lutte contre les maladies de la vigne. De nombreux chercheurs vont se pencher sur les solutions au problème et le recours aux produits chimiques devient très vite inévitable.

A.6) Les autres "nuisibles" à la vigne

Les pucerons : "en 1813, il y avait de nombreux pucerons dans le ban de Turckheim."[33]Les souris : "creusent des tunnels sous les vignes et rongent les racines".

Les guêpes : "sucent le jus sucré des baies de raisins mûres".

Le gibier : "les chevreuils et les sangliers causent de nombreux dégâts au printemps et surtout en automne car ils se nourrissent de raisins".

B) Les accidents dus au climat

En plus des agressions d'origine animale et des maladies cryptogamiques, la vigne connaît des ennemis qui existent depuis toujours et avec lesquels les vignerons ont toujours dû se résoudre à composer : les cataclysmes.

- La pluie qui entraîne la pourriture : La pourriture est entretenue par de mauvaises conditions climatiques et accentuée par l'attaque des vers. "En 1801, le raisin a été attaqué par la pourriture". Cette phrase nous la retrouvons presque chaque année dans les différentes chroniques des vignerons de l'époque. La pourriture incite les vignerons à vendanger au plus vite " il y a toujours des individus qui ne peuvent assez se hâter de récolter les raisins dès qu'ils voient quelques grappes pourries. Ce vin de qualité médiocre peut diminuer la réputation d'un village[34]. »

- La grêle encore plus puissante que les insectes, est bien LE fléau de l'agriculture. Et les efforts que l'on fait pour en garantir les campagnes fussent-ils même infructueux, n'en méritent pas moins nos éloges et nos encouragements. Dans les contrées à vignoble il s'est établi des compagnies d'assurance pour la grêle comme en Bourgogne, mais ces compagnies sont beaucoup moins répandues que celles des incendies. M. Lapostole, physicien d'Amiens, imagine d'appliquer la théorie des paratonnerres à l'art de préserver de la grêle: "Prenez, une perche de trente-cinq à cinquante pieds de hauteur, au bout de laquelle on fixe une pointe aiguë en fil de laiton d'un peu plus d'une ligne d'épaisseur et de quatre ou cinq pouces de longueur, attachez par un anneau, vers la base de cette pointe un fil de laiton d'une demi ligne d'épaisseur, prolongez le long de la perche jusqu'à trois ou quatre pieds de profondeur en terre, assujetti tout le long avec de petits anneaux de métal. Fixez cette perche en terre ..."Cette méthode n'a pas rencontré d'engouement, en général les vignerons se contentaient de prier pour que le fléau ne parviennent pas jusqu'à eux et parfois le sacristain était obligé de faire sonner toutes les cloches de l'église afin de faire peur aux nuages jaunes et menaçants.

- Les gelées : "Au printemps, on essaie de réchauffer la vigne afin de contre-balancer le rayonnement terrestre par l'émission de chaleur à l'aide d'appareils individuels (chaufferettes)". Les gels de printemps sont redoutables et très fréquents, ils causent de très graves dégâts et sont à l'origine de régulières pertes de récoltes. Ainsi l'hiver 1789 était extrêmement rigoureux "Toutes les vignes étaient gelées et ont péri par le froid extraordinaire de l'hiver, de manière que non seulement les boutons et sarments mais encore les ceps sont entièrement noirs et morts ; au moyen de quoi non seulement il n'y a point de vendange à espérer, mais encore il faudra couper toutes les vignes par le pied pour obtenir à nouveau du jeune bois"[35]. Un moyen de lutte connu et utilisé par de nombreux vignerons, était de coucher les vignes et les protéger avec de la paille. Mais ce système nécessite beaucoup de travail et n'est plus applicable à partir du moment où les vignes sont palissées.

- II y a beaucoup d'autres accidents liés à la météorologie comme par exemple, les orages et les glissements de terrains. Ces deux derniers phénomènes sont liés à la météorologie estivale et occasionnent des dégâts importants. Ils sont à l'origine d'un surcroît de travail pour les vignerons qui sont obligés de remonter la terre du bas des parcelles au haut à l'aide de hottes. Un travail qui leur prend plusieurs semaines.

II est clair, qu'au début du XIXe siècle, les vignerons, totalement dépendants des conditions climatiques et des invasions d'insectes ne peuvent faire face à toutes les agressions qui menacent leurs parcelles au cours de l'année. Ils attendent beaucoup des scientifiques et espèrent que ceux-ci sauront trouver des solutions aux maux qui les frappent si cruellement chaque année.

III) 1850 - Une première alerte de grande importance

A) L'arrivée d'un redoutable champignon venu d'Amérique L'OÏDIUM !

En 1845, un nouveau parasite est observé dans les serres à raisins de table de Margate près de Canterbury en Angleterre par le jardinier Tucker. Celui-ci constate que les feuilles et les grappes des vignes cultivées dans les serres ainsi que les treilles de plein air étaient comme enfarinées. Deux ans plus tard, le révérend Berkeley, naturaliste anglais entré dans les ordres, découvre après avoir étudié et décrit le champignon parasite, des filaments qui se terminent par des cônes en forme de petits œufs, d'où le nom d'oïdium (du mot grec ôon, œuf). Le nom scientifique du parasite devient oïdium tuckeri, pour rendre hommage au jardinier qui l'a pour la première fois, observé.nComme cette maladie n'avait encore jamais été observée en Europe, on pensait alors qu'elle provenait des vignes américaines cultivées en serres.

En 1849, la même maladie est également observée en France dans les serres du Baron de Rothschild à Suresnes ainsi que sur les treilles du potager de Versailles et sur celles de M. Gontier, arboriculteur à Montrouge. La maladie s'étend très vite. Dès 1851, elle gagne le Médoc et l'Hérault. En 1853, la France entière est touchée par le fléau, la situation devient alarmante. En effet, le vin fabriqué à partir de raisins affectés par l'oïdium a non seulement un faible degré alcoolique mais également un mauvais goût qui le rend imbuvable. Les dégâts dus au champignon entraînent une chute de la production du vin français qui passe de 39 millions d'hectolitres en 1851 à 11 millions en 1854. La "maladie" sème la panique. Le gouvernement et les sociétés d'agriculture encouragent les recherches en créant un prix de 20 000frs.

Pour les uns, c'est un champignon qui est la cause du mal, pour les autres, ce sont les piqûres d'insectes qui interrompent la circulation de la sève et empêchent la plante de se défendre contre le champignon qui se développe. Les chercheurs de toute sorte se mettent au travail et le ministère de l'Agriculture reçoit des dizaines de propositions pour combattre l'oïdium.

Bonnet, curé d'Uzès, représente tous les aspects du fléau dans son Histoire micrographique de la maladie de la vigne en 87 figures coloriées représentant les phases diverses de cette maladie et propose un moyen préventif, le flamboyage. II suffirait d'après lui de brûler de la paille et de l'herbe entre les rangées de ceps pour que la chaleur sèche les champignons. Mais, le remède existe déjà. II a été trouvé par Keyle un horticulteur anglais, qui dès 1846 avait réussi à combattre I'oidium par application de soufre mélangé avec du lait de chaux.

Dès 1850, des traitements à base de soufre sont expérimentés par quelques jardiniers français. Néanmoins, l'efficacité de cette méthode de lutte est remise en cause jusqu'à ce que en 1853, Charmeux démontre que le soufre appliqué en poudre sur le feuillage empêche réellement le développement du champignon. Ce sont finalement, les travaux de Marés qui fixent définitivement les méthodes de traitement au soufre.

Partout les expériences se multiplient sous l'égide des sociétés départementales d'agriculture.

L'année 1856 marque la fin de la période de tâtonnements, la partie semble gagnée. La production reprend, ce qui n'empêche pas des retours offensifs du champignon en cas de mauvaises conditions climatiques.

En quelques années, malgré ou plutôt grâce à l'ampleur de la crise, les scientifiques se sont mobilisés et ont trouvé en peu de temps une solution. Mais le traitement au soufre coûte cher, de 30 à 100 francs par hectare selon les années[36], le sacrifice[37] est lourd à porter pour les vignerons [38]. L'alerte a été chaude, de nombreux vignerons [39] ont renoncé à cultiver la vigne pour se tourner vers la culture maraîchère plus rentable.

B) L'oïdium en Alsace

La situation alsacienne ne diffère pas beaucoup de la française, même cause, mêmes effets !

B.1) Les premières observations de l'oïdium en Alsace

Elles sont effectuées par Jean-Baptiste Kulhmann, qui écrit au Printemps 1852 dans sa chronique : "les craintes de la maladie de la vigne, connue sous le nom d'oïdium Tuckeri, qui a affecté le midi de la France et tout le sud de l'Europe ne se sont pas réalisées chez nous. Pourtant, le 29 Juillet 1852, on retrouve dans le même ouvrage la mention des premiers signes de la maladie en Alsace : "l'apparition de la maladie de la vigne en Alsace commence à inquiéter, elle pourrait faire beaucoup de mal et nous croyons de notre devoir de vous prévenir de suite, en cas de possibilité; pour y remédier ou au moins chercher à trouver un moyen pour empêcher sa propagation. Nous avons deux cas à signaler, l'un à Mulhouse, l'autre à Bollwiller. A Mulhouse, le sujet attaqué est un espalier de l'espèce connue sous le nom de raisins de Constance (un raisin de provenance américaine), trois ou quatre jours ont suffi pour envahir un espalier d'environ 30 à 40 pieds de développement sur 20 à 25 de hauteur. A Bollwiller, la maladie s'est déclarée sur un espalier de chasselas bleu de Windsor. Ici comme à Mulhouse, la maladie a fait des progrès excessivement rapides sur les sujets attaqués. Nous n'entrons pour l'instant dans aucun détail, nous nous bornons à vous signaler le mal qui s'il se développe pourrait faire un tort immense."

Début Août 1852; le préfet du Haut-Rhin adresse dans un circulaire à tous les maires: "Les Baumann annoncent que le seul moyen connu jusqu'à présent d'arrêter le développement de cette maladie, consiste à couper le bois attaqué et à le brûler immédiatement avec les feuilles et les grappes, afin de détruire le germe du mal et d'empêcher les spores du champignon de se répandre dans l'atmosphère, pour se reporter et se propager sur les autres cépages." "Bien que les faits signalés et peut être tout à fait exceptionnels ne soient pas de nature à inquiéter les propriétaires de vignoble, je crois utile cependant d'appeler leur attention sur cet objet."[40] Ainsi le 9 Août 1852, le maire de Colmar affirme que la maladie qui s'est manifestée chez les Baumann été observée hier aux treillages de Koenig et Ohl, horticulteurs à Colmar. "Frappé de cette subite apparition, j'ai parcouru hier dans toute son étendue le canton Harth, presque exclusivement cultivé en vignes, sans apercevoir aucune trace de la maladie. D'un autre côté, les gardes champêtres du canton viennent de me déclarer qu'ils n'ont rien remarqué de particulier aux vignes de leur triage. Je pense que c'est l'exposition particulièrement choisie pour l'une ou l'autre maison pour obtenir les produits les plus précoces et l'alternance de la température, tout à fait extraordinaire de cette année, qui ont agi sur les cépages de leur clos. J'espère que le mal ne s'étendra pas au-delà."

B.2) Les moyens de lutte

Malgré l'avancement des premières études scientifiques, nombreux sont ceux qui ne savent pas encore identifier la maladie de l'oïdium. Beaucoup pensent avoir trouvé un remède à la maladie, ainsi un vigneron pense pouvoir détruire à sa source la maladie de la vigne : « Si l'éclosion de l’acarus a eu lieu au mois de mai, cet insecte a déposé des myriades d'œufs sur les premières feuilles déjà attaquées; celles-ci sont à brûler. On détruira ainsi l'insecte et l'oïdium qui se forme par les piqûres de son dard, et qui font sortir la sève du sarment et produisent des champignons. »[41] En 1853, le maire de Colmar adresse une nouvelle lettre au préfet : « La maladie de la vigne, attribuée au développement d'un insecte de genre acarus, nommé Oïdium Tuckery, commence à se montrer sur un grand nombre de points de notre vignoble. On reconnaît facilement sa présence, en ce que les feuilles au-dessous desquelles l'oïdium s'établit se contractent sur elles-mêmes, se courbent et présentent sur leur surface concave inférieure une sorte de moisissure blanche formée par l'assemblage des acarus ». Le préfet envoie alors aux maires une circulaire qui stipule que : « l'éclosion des œufs de l’acarus ayant lieu dans les premiers jours du mois de juillet, il suffit pour empêcher le mal de se déclarer d'arracher les feuilles qui sont tachées, de les réunir et de les brûler ».

La même année le maire de Kaysersberg fait également un rapport, « la maladie s'est montrée au mois d'août pour la première fois on a généralement pensé que le temps humide et froid de printemps a exercé une influence sur l'apparition de la maladie qui a continué sans interruption malgré le beau temps qui est revenu. Tous les organes de la plante ont été atteints en même temps. Les raisins et les feuilles se sont desséchés et sont tombés, les sarments se sont noircis. Tous les cépages ont été atteints indistinctement, sans qu'on puisse préciser que l'un ou l'autre ait le mieux résisté; les vignes hautes comme les vignes basses ont êtes touchées. Aucun moyen n'a été employé pour combattre le mal, qui n'a toutefois atteint que des proportions insignifiantes ».[42]

Fin juillet 1854, le président de la société d'agriculture du Haut-Rhin adresse ce rapport au préfet du Haut-Rhin : « Jusqu'à présent la maladie de la vigne n'a pas fait beaucoup de mal dans nos vignobles, où elle commence à apparaître sur quelques points isolés »[43].

En 1856, dans un de ses rapports au ministre de l'intérieur le préfet du Haut-Rhin, signale que la vigne est assez belle surtout dans la montagne. « Cependant, on y remarque, depuis quelques temps, les traces d'une maladie que les vignerons prétendent être de l'oïdium. De petites taches noires se montrent aux feuilles, se communiquent aux semences et celles-ci dépérissent et tombent. »

Parallèlement le maire de Colmar note: « Le vignoble du département se trouve dans un état satisfaisant. L'oïdium, n'ayant ravagé que les vignes de treilles et les pieds isolés de jardins car ils reçoivent trop d'eau et d'engrais. L'excès d'humidité semble être le seul motif de la naissance de la maladie. On a essayé trois remèdes contre la maladie: le premier consistait à faire des incisions longitudinales à la tige près du collet de la racine, mais cette technique ne fut pas concluante. Le deuxième procédé consistait à arroser avant le lever du soleil avec une dissolution de sulfate de fer les parties malades de la vigne, mais ce procédé avait un inconvénient majeur, puisqu'après cette opération il fallait procéder à un second arrosage à l'eau pure, pour empêcher la brûlure du parenchyme des feuilles de se développer. Enfin le troisième remède consistait à répandre au moyen d'un soufflet du soufre en poudre sur les feuilles et les grappes humides atteintes de l'oïdium. Celui-ci est employé avec beaucoup de succès par les horticulteurs. »

Dans un rapport du préfet du Bas-Rhin de 1854, il est dit que dans l'arrondissement de Strasbourg, l'oïdium a fait peu de dégâts et que pour combattre ce fléau les cultivateurs ont employé de l'hydrosulfate de grison, de l'eau de lessive et de l'eau de savon. Ces produits ont momentanément fait disparaître la maladie, mais elle est réapparue au bout de dix jours. De plus l'eau de grison brûle les jeunes feuilles.

En 1857, dans un autre rapport le préfet du Bas-Rhin précise que « le soufre a été employé soit comme un moyen préservatif, soit comme moyen curatif, il a été injecté avec un soufflet. Comme curatif il a donné de bons résultats partout où les injections ont été faites avec soin. On a aussi fait emploi de poudre de charbon comme préservatif et curatif. »

À partir de 1858, le soufre devient le remède le plus couramment employé et comme les vignerons français, les alsaciens doivent investir dans un matériel de pulvérisation et prévoir un budget pour l'achat du soufre. Curieusement, après avoir fait tant parler de lui au cours des années 1850, l'oïdium ne fait que quelques apparitions entre 1860 et 1870.

IV) Les vignobles français et alsaciens entre 1860 et 1870

La crise viticole déclenchée par l’introduction de l'oïdium a été une sorte de répétition générale. L'expérience de l'introduction d'un parasite en même temps que des variétés de vignes américaines allait être renouvelée quelques années plus tard. Vers 1860, la viticulture connaît une période relativement calme et prospère tant en France qu'en Alsace. Grâce aux nouvelles techniques d'exploitation du vignoble les méthodes culturales s'améliorent. Les vignobles sont plus régulièrement fertilisés, la traction animale commence à être employée pour labourer [44] mais on ne peut pas encore parler de mécanisation. La viticulture joue un rôle économique important et est l'objet de l'attention du gouvernement qui fait appel à des savants pour tenter d'améliorer les rendements et les conditions d'exploitation des vignobles français.

A) Les scientifiques à la manoeuvre

A.1) Le Docteur Guyot

De 1863 à 1868, le Docteur Guyot à la demande du gouvernement qui voulait se rendre compte de la diversité et de l'importance du vignoble français publie son ouvrage : Etude des vignobles de France. Dans cet ouvrage, Guyot relate les observations qu'il avait faites dans les 79 départements viticoles français. L'ouvrage qui concerne plus directement l'Alsace est intitulé Sur la viticulture du nord-est de la France [45]. Cet ouvrage comprend une analyse très détaillée de l'état des vignobles à cette époque. II traite des systèmes de culture et de taille et fait également une étude ampélographique détaillée ainsi qu'une analyse des différentes méthodes de vinification. « II est important pour fonder un enseignement viticole sérieux d'étudier avec soin et avec impartialité tous les systèmes et toutes les méthodes de la viticulture et de la vinification en France ».[46]

Le Docteur Guyot ajoute « le vin est la boisson alimentaire la plus précieuse et la plus énergique: son usage habituel, aux repas de famille, épargne un tiers du pain et de la viande. Le vin stimule la force du corps, développe l'esprit de sociabilité, il donne l'activité, la décision, le courage et le contentement dans le travail et dans toute action ».

En ce qui concerne les vignobles alsaciens, Guyot a écrit : « En résumé, c'est au-dessus des vins Suisses et un peu au-dessus des vins du Rhin que viennent se classer toutes les nuances de vin blanc du Haut-Rhin. Le rendement moyen des vignes du Haut-Rhin est de 50 hectolitres/hectares, il est l'un des plus élevés des départements de France. II est du à trois principales causes: le climat, le sol, la taille et la conduite admirable de la vigne. La vigne est cultivée ou plutôt taillée, dressée et entretenue suivant une méthode complètement originale et des plus intelligente que j'ai vu jusqu'ici, la culture de la vigne en quenouille. La méthode en quenouille est si belle et si parfaite, pour la vigueur et la fécondité de la vigne, qu'il me semble qu'elle serait une des meilleures qu'on puisse suivre, surtout dans le centre et le midi de la France, où la maturité se compléterait mieux qu'en Alsace; elle ne devrait être modifiée que pour diminuer la dépense des palissages et pour permettre la culture aux animaux de trait».

Guyot ne parle que très peu des maladies sauf pour dire que le cépage « le petit mielleux est cultivé pour l'abondance et la constance de sa production et parce qu'il résiste à l'oïdium ».

II émet également une remarque sur les techniques de culture de la vigne. Ainsi le système de culture de la vigne appelé Kammerbau qui est utilisé dans le nord de l'Alsace lui semble inadapté car il sensibilise la vigne à l'oïdium. En effet, les berceaux du Kammerbau maintiennent l'humidité et la chaleur entre la terre et les pampres étalés horizontalement. Ils se transforment en véritables couvoirs à éclosion d'oïdium qui menacent de destruction complète la récolte, tandis ce que les vignes palissées et épamprées de façon à présenter des haies verticales, tondues latéralement, sont relativement exemptes de maladies, même au contact de Kammerbau infectés.[47]

A.2) Les autres savants

À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les savants se préoccupent de résoudre par des méthodes scientifiques les différents problèmes pratiques qui leur sont soumis.

Louis Pasteur publie en 1866 un ouvrage intitulé Etudes sur le vin, ses maladies, les causes qui les provoquent. Ce manuel d'œnologie est l'aboutissement d'une étude commandée par l'Etat à la suite de nombreux problèmes liés aux maladies du vin qui occasionnaient alors de notables préjudices financiers dans certaines régions viticoles de France. En général, ces travaux sont les bienvenus dans le monde viticole.

Les propriétaires de grands vignobles, les associations agricoles manifestent une réelle curiosité scientifique et sont désireux d'appliquer les nouvelles méthodes préconisées. Un exemple cité par Claude Muller dans "Chronique de la viticulture Alsacienne au XIXe siècle", démontre l'intérêt des élites alsaciennes pour les nouvelles méthodes de culture.

Christian Schattenmann [48], conseiller général du Bas-Rhin, directeur des mines de Bouxwiller et propriétaire de vignobles décrit dans une petite brochure en 1868 sa manière de cultiver la vigne en lignes sur souches basses avec un système de palissage de fils de fer. Cette méthode est encouragée par l'administration qui remet un prix à son inventeur.

II semble que l'apparition de l'oïdium et la rapide découverte d'une méthode de lutte efficace ont fortement contribué à la mise en place des armes intellectuelles nécessaires pour faire face aux futurs fléaux viticoles. Les savants, botanistes, zoologistes, chimistes, les notables instruits, les viticulteurs observateurs ainsi que les expérimentateurs de tout genre deviennent autant de sentinelles contre l'apparition de nouvelles maladies.

B) Les vignerons

II est difficile de connaître les réactions des vignerons qui sont les premiers confrontés aux maladies. Quels sont leurs recours face aux pertes de récoltes et à l'apparition de nouvelles maladies ?

Nous n'avons que peu de documents en notre possession, la plupart des chroniques sont des documents rédigés soit par des gourmets ou des gros propriétaires instruits et plus armés pour faire face aux nouvelles maladies. Un notable de Ribeauvillé, Charles Hommel, a largement évoqué la vie d'une famille de vignerons vers 1850. Dans son étude, il évoque rarement les maladies de la vigne. Pourtant les maladies que nous avons cité auparavant existaient déjà. Faut-il en conclure que les vignerons de Ribeauvillé n'étaient pas confrontés aux maladies de la vigne ou qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de laisser faire la nature ? Si l'année était "bonne", c'est à dire pas trop pluvieuse, ils avaient une chance de rentrer une récolte correcte.

Comme nous l'avons vu auparavant le seul moyen de lutte possible consistait à chasser les insectes nuisibles. Avec l'apparition des nouvelles maladies cryptogamiques, cette technique devenait totalement inutile. Ce n'est qu'après 1860, que se mettent en place des moyens de lutte plus techniques. L'apparition de l'oïdium a joué un rôle important dans la vulgarisation des techniques de lutte contre les maladies de la vigne.

Vers 1860, la viticulture française se porte bien et les vignerons peuvent être confiants en l'avenir. Tout semble possible et les vignerons font confiance aux chercheurs pour faire face à toute nouvelle apparition de maladies. L'augmentation de la population urbaine est une aubaine pour les vignerons qui doivent fournir en grande quantité du vin aux habitants des grandes cités industrielles.

Les vignobles s'étendent, le commerce se porte bien et les vins du sud et du sud-ouest de la France arrivent en grande quantité sur le marché parisien grâce aux réseaux ferrés. En Alsace par contre, le nouveau système douanier récemment mis en place achève de ruiner le commerce extérieur des vins de notre province. Après avoir perdu les marchés Allemands et Suisses, l'Alsace n'est pas parvenue à implanter ses vins en France. En juillet 1870, la guerre est déclarée, tout le pays est en attente, alors que les troupes françaises perdent leurs batailles et que Strasbourg brûle ; les récoltes s'annoncent exceptionnelles.

V) La viticulture alsacienne après le 10 Mai 1871

A) Une nouvelle "donne" pour le vignoble alsacien.

Le 10 Mai 1871, l'Allemagne et la France signent le traité de Francfort, l'Alsace et la Moselle sont cédées à l'Allemagne. En juin 1871, les deux départements alsaciens et la Moselle deviennent « Pays d'Empire ». Le gouvernement de l'Alsace est confié à un ministère dont le siège est à Berlin. Un président de province installé à Strasbourg administre la région avec l'aide des préfets de département.

L'Alsace rattachée à l'Allemagne dépend dorénavant des lois allemandes. Or, en ce qui concerne la viticulture, les lois allemandes sont très différentes des lois françaises. Si les vignerons alsaciens pensaient que leurs problèmes de mévente allaient se résoudre après l'annexion [49] ; ils se trompaient !

En effet, bien que les barrières douanières soient dorénavant levées avec l'Allemagne, les vignerons alsaciens ne retrouvent pas un marché très favorable pour écouler leurs produits. Même si l'Alsace devient la plus grande zone de production de vin en Allemagne, elle n'a qu'un poids réduit dans le système économique allemand, étant confrontée à la concurrence des autres régions viticoles du Reich. De plus, à la différence de la France, il n'existait alors en Allemagne aucune loi sur le vin et son commerce, ce qui permettait ainsi toutes les manipulations et tous les débordements.

B) Des nouvelles lois peu favorables

En 1892, une loi autorise la fabrication de vin artificiel. Ce vin peut être élaboré à partir de raisins secs, de lies, d'acide tartrique, de glycérine et d'eau sucrée.

A partir de ce moment, le vin traditionnel élaboré à partir de jus de raisins fermenté le NATURWEIN se trouve en concurrence avec des produits industriels vendus sous le même nom. Cette loi favorise le recours à des vins médiocres et bons marchés issus de cépages productifs. Les négociants et metteurs en bouteilles allemands contrôlent le marché et n'hésitent pas à améliorer les vins de base avec des méthodes de sucrage appelé chaptalisation[50] ou de gallicisation[51]. Parfois ils trafiquent ces mêmes vins en leur ajoutant des parfums de synthèse. La cave se transforme en laboratoire et certains vignerons en chimistes mais aussi en ....apprentis-sorciers !

En 1901 la fabrication de vins artificiels est interdite en Allemagne, mais il est toujours permis d'ajouter de l'eau sucrée pour améliorer le vin. Ce procédé, est d'après les textes uniquement toléré pour améliorer le vin et non pas pour l'allonger. Il n'y a cependant aucun texte précis qui règle les éventuels abus.

Les vignerons alsaciens n'ont eu de cesse de se battre afin d'obtenir un décret réglementant la gallicisation. En 1906, une nouvelle loi sur le vin limite à 20% la quantité d'eau sucrée pouvant être rajoutée et fixe des délais précis pour effectuer cette opération.

Malheureusement il y a une faille dans ce nouveau décret car s'il interdit l'imitation et l'usage de parfums, il permet la fabrication de boissons assimilées au vin à base de jus de fruits et de malt. De véritables fabriques de vins maltés apparaissent çà et là jusqu'en Alsace [52].

À partir de 1871, les vignerons alsaciens déjà touchés de plein fouet par les nouvelles maladies doivent en plus se battre contre l'administration impériale et surtout contre une conception du vin qui n'est plus celle de la France où vin rime avec raisin et rien d'autre. II était important de rappeler les problèmes rencontrés par les vignerons alsaciens au début de la période du Reichland, car cela nous permet de mieux cerner les différentes implications que ces problèmes vont occasionner au niveau de la lutte contre les maladies de la vigne. Lutte qui deviendra de plus en plus cruciale pour la viticulture alsacienne avec l'apparition de maladies et de parasites nouveaux.


Notes de bas de page - Chapitre 1

[1] Isabelle Bianquis, Alsace, De l'Homme au Vin, 1988.

[2] Nous retrouvons effectivement de nombreuses mentions de dégâts liés aux insectes dans les cahiers de gourmets au XVIIIe siècle. Ces dépravations sont toujours qualifiées de catastrophiques, mais en fait elles sont extrêmement localisées et ne touchent le plus souvent que quelques parcelles de vignes, bien sûr il n'en est pas de même pour les dégâts liés aux accidents climatiques qui peuvent être beaucoup plus sérieux (en cas de fortes gelées lors de la période de floraison par exemple).

[3] R. Dion, Histoire de la vigne et du Vin en France des origines au XIXe siècle, Paris, 1959

[4] Cette dernière réflexion est tout de même à nuancer, en Alsace voir les articles de F. Zeyher, "La vente des biens nationaux à Riquewihr", in Bulletin de la société d'archéologie de Riquewihr, 1930, pp 13-48 et R. Faller, "Ribeauvillé", dans Revue d'Alsace, 1931, pp 47-48 : "La vente des biens nationaux ne parait pas avoir créé beaucoup de nouveaux propriétaires, la majorité acquéreurs furent des habitants du canton, déjà propriétaires"

[5] Physiocrates : Économistes du XVIIIe siècle, disciples de Quesnay dont la doctrine était fondée sur la connaissance des lois naturelles. Ils donnaient la prépondérance à l'agriculture.

[6] Chaptal : Fils d'un grand propriétaire terrien, il fit sous Napoléon Ier et Louis XVIII une double carrière d'homme d'état et de chimiste qui l'amena à faire d'importantes recherches sur le vin. II laissera son nom à une opération de vinification; la Chaptalisation.

[7] Ainsi disparaissent les vignobles de la région parisienne et du nord de la France.

[8] Le Midi, le Bordelais, la Bourgogne

[9] La surface cultivée en France passe de 1 546 000 hectares en 1789 à 2 000 000 hectares en 1830, pour atteindre 2 446 000 hectares en 1874.

[10] M. Barth, Der Rebbau im Elsass, Strasbourg, 1958

[11] Jean-Michel Ortlieb est né à Riquewihr le 20 décembre 1730 et décédé le 1er septembre 1809 dans son village natal.

[12] Cet ouvrage a été réédité en 1989 par la famille Hugel de Riquewihr, descendants de Jean-Marie Ortlieb et est largement cité par Charles Hoffmann dans son livre, L'Alsace au XVllle siècle. Colmar, 1906, t.1.

[13] Jean-Louis Stoltz né à Sélestat le 10 juillet 1777. Claude Muller, Introduction, in J-L. Stolz, L'Ampélographie des Vins d'Alsace, Editions Coprur, 1994, pp 5-23; J.Salzmann, Les Vins d'Alsace, 1949, pp. 39-43; E. Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l'Alsace, 1909, t.ll, pp 385-386.

[14] L'administration et les sociétés d'agriculture organisent de nombreux concours agricoles afin de susciter une émulation et favoriser les progrès culturaux. Voir Dominique Lerch, Le paysan haut-rhinois au XIXe siècle, contribution à une histoire des mentalités en Alsace, dans Boehler, Lerch, Vogt, Histoire de l'Alsace rurale, 1983, pp 320-323..

[15] T. Vetter, "De la viticulture à Riquewihr ou les reflets de la tradition vigneronne à la faculté de médecine': dans Saisons d'Alsace, no 25, 1968, pp 119-135.

[16] Provignage et marcottage : Multiplication de la vigne par rejetons.

[17] L’Alsace connaît une rapide extension de sa surface plantée en vignes

Année

Hectares

1808

23 000

1822

29 390

1828

30 000

En 1995, le vignoble alsacien comprend environ 12 000 hectares. II y avait donc en 1828 plus du double de vignes qu'aujourd'hui !

[18] Paul Leuilliot, L'Alsace au début du XIXe siècle, essais d'histoire politique, économique et religieuse (1815-1830), 1959, t. II, pp.118-138.

[19] Claude Muller, Chronique de la viticulture alsacienne au dix-neuvième siècle,1991

[20] Déjà avant 1789 le Conseil Souverain avait essayé de lutter contre l'extension des vignobles en plaine, mais le problème de la surproduction était loin d'être résolu au début du XIXe siècle.

[21] Les rendements moyens qui atteignaient les 40 hectolitres par hectare atteignent très vite 55 hecto/hectares

[22] Étude de R. Werner, Le rattachement douanier de l’Alsace à la France, Strasbourg, 1950, p 67.

[23] Dans le livre de vendange de Jean Martin Sattler, cité par Christian Wolff, Riquewihr.

[24] M. Stoltz, Mémoire sur la bêche et les moyens de la détruire, Andlau

[25] A.D.H.R, L 1025 et L 97, cité par Christian Wolff, Riquewihr

[26] A.D.H.R, L 1035, cité par Christian Wolff, idem, p 61

[27] A.D.H.R., L 967, 21 Floréal VI

[28] Ordinaire de la Collonge, Bulletin de la société des sciences du Bas-Rhin, 1825

[29] Ordinaire de la Collonge, Bulletin de la société des sciences du Bas-Rhin, 1825

[30] Ordinaire de la Collonge, Bulletin de la société des sciences du Bas-Rhin, 1825

[31] Dominique Lerch, Le paysan haut-rhinois au XIXe siècle, Contribution à une histoire des mentalités en Alsace, dans Boehler, Lerch, Vogt, Histoire de l'Alsace rurale, 1983.

[32] Charles Wolff, Riquewihr

[33] Cité par, L. Liblin

[34] Cité par C. Muller. Chronique de la viticulture au XXe siècle, 1995, p 24. Source A.D.H.R, 7 M 1

[35] Claude Muller, Chronique de la viticulture alsacienne au XVllle siècle, 1993, pp228-230. Source: A.M. Colmar, AA 168, f 230.

[36] Les 100 kilos de soufre coûtent de 25 à 50F, et il faut plus de 20 kilos de soufre par hectare à chaque traitement. Mais il faut également payer la main d'œuvre, soit quatre journée de travail pour traiter un hectare.

[37] Soit environ 10 % de la récolte.

[38] Comme, la main d'œuvre est onéreuse, les patrons emploient leurs femmes et leurs enfants, mais on leur recommande, des lavages fréquents des yeux, et même de "porter des lunettes semblables à celles que portent les mécaniciens qui dirigent les locomotives des chemins de fer".

[39] Notamment ceux de la région parisienne

[40] A.D.H.R., 7M10

[41] A.D.H.R., 7M10

[42] A.D.H.R., 7M10

[43] A.D.H.R., 7M4

[44] Pouvoir labourer les vignes au lieu de les piocher est un des plus importants progrès de la viticulture à la fin du XIXe siècle.

[45] Docteur Guyot, Etude des vignobles de France, l864, réédition Jeanne Lafitte, Bibliothèque de L’œnophile, Marseille, 1982, 464 p.

[46] in Etude des vignobles de France, Docteur Guyot.

[47] in Etude des vignobles de France, Docteur Guyot, p 457.

[48] Rapport sur un nouveau procédé de viticulture proposé par M. Schattennmann, présenté à la Société des sciences, agriculture et arts du Bas-Rhin, le 2 Décembre 1863 par M. Prost.

[49] "Je ne sais pas si je me trompe, je crois que les rieslings et premiers zwicker sont ceux qui profiterons le plus de notre réunion avec l'Allemagne, cependant aujourd'hui je crois fermement que nous aurons dorénavant un débouché facile et rémunérateur pour nos vins." in André Hugel et Claude Muller, Charles Ortlieb, un gourmet en Alsace au XIXe siècle, p 71

[50] Chaptalisation : Opération consistant à rajouter du sucre directement dans les moûts. Cette opération a pour conséquence d'augmenter le degré alcoolique.

[51] Gallicisation: Opération consistant à rajouter du sucre dans de l'eau qui sera ensuite mélangé au moût. Cette opération a deux conséquences : une augmentation du degré alcoolique ainsi qu'une augmentation du volume de vin.

[52] in Der Wein am Oberrhein du 15 juillet 1913, pp 1-2. Article :" Grosse protestversammlung gegen die herstellung und vertrieb der Malzweine "