Les vins et bains de Printemps à Colmar du XVe au XVIIIe siècle.

La société du Wagkeller qui rassemblait l'élite politique et économique de Colmar du XVe au XVIIIe siècle pratiquait la "Dolce Vita" à la colmarienne : bains de printemps et consommation de bons vins ! 

Le Wagkeller de Colmar "n’a jamais eu pour objet que boire, manger, entretenir la bonne amitié, la paix et l’union entre les associés de tout état, religion et conditions"

Le Wagkeller de Colmar en 1582 - il se trouvait à proximité de l'ancien couvent des Augustins aujourd'hui entre la prison et le tribunal de Grande Instance. (Dessin rehaussé de lavis par Marx Friedlin)
Le Wagkeller de Colmar en 1582 - il se trouvait à proximité de l'ancien couvent des Augustins aujourd'hui entre la prison et le tribunal de Grande Instance. (Dessin rehaussé de lavis par Marx Friedlin)

Le Wagkeller de Colmar est une société patricienne qui regroupe les représentants des corporations colmariennes , le Magistrat, les membres du Conseil et les notables. La première mention de cette Herrentrinkstube date du XIVe siècle. 

En 1385, le Wagkeller afferme pour une période de dix ans, son jardin situé dans le Steinbrucker Vorstadt tout en se réservant l’organisation de fêtes et le droit de pêche dans l’étang qui s’y trouve. Les bains, les spectacles, la bonne table et les bons vins s'y succèdent entre les mois de Mai et de Juin sous une grande tente. Il s'agit de la survivance d'une ancienne tradition aux origines païennes, qui prêtait des vertus stimulantes et protectrices aux bains de printemps. Ces bains de Mai ou de la Saint Jean étaient pratiqués dans de nombreuses régions.

A Colmar, ces rencontres conviviales se tenaient dans le jardin de la société, devant la porte de Bâle, « eine Badefart und freuntliche Gesellschaft mitteinander ze habe uff Sontag … in den badgarten by uns zu ziehen ». En 1489, ces réjouissances ont eu lieu du 18 mai au 3 juin et ont réunis 53 participants : les notables de la ville, le prévôt, le greffier-syndic, sept chanoines de Saint-Martin, le Leutpriester et ses chapelains, l’abbé de Munster, le commandeur de Saint-Jean ainsi que les nobles Hans Oswald de Hattstatt, Michel Wurmelin et Jorg de Sultz."

Le financement des bains de Printemps représente un budget important et en plus de la contribution de chaque participant a à raison de 17 schillings. Le coût de ces réjouissances, chiffré à 74 livres 9 schillings 3 pfennigs, est minoré par la remise de cadeaux et l'appel au crowdfunding. "Ainsi, l’aubergiste zum Hase et celui zum Vogelgesang ont offert chacun un agneau. La corporation des bouchers a fourni, à son tour, un agneau tandis que celle des pêcheurs s'est s’acquittée d’une somme de 5 schillings. Les comtes de Wurtemberg ont fait livrer un demi foudre de vin. La ville de Kaysersberg a offert, quant à elle, un florin d’or. Munster avait fait parvenir un agneau et deux fromages. Le Wagkeller a ainsi bénéficié de 37 dons, la plupart en argent (abbaye de Pairis, couvent d’Unterlinden, bailli de Sainte-Croix-en-Plaine, couvent des Augustins…) soit un total de 11 livres 5 pfennigs." 

Ce qu'il reste du Wagkeller est à découvrir depuis le square Pfeffel, à l'arrière du Tribunal de Grande Instance (ancien Palais du Conseil Souverain). Est notamment visible, une façade à pignon de style gothique tardif avec des parties Renaissance. 
Ce qu'il reste du Wagkeller est à découvrir depuis le square Pfeffel, à l'arrière du Tribunal de Grande Instance (ancien Palais du Conseil Souverain). Est notamment visible, une façade à pignon de style gothique tardif avec des parties Renaissance. 

Dès 1459, le Wagkeller fait également fonction d'Hôtel de ville - à part quelques interruptions-  jusqu'à ce qu'il dût céder sa place au Conseil Souverain d'Alsace en 1698.

Wagkeller signifie caveau à la balance. En 1595, Nicolas Börlin, sculpteur municipal couronna la façade d'une statue tenant d’une main la balance, de l’autre le glaive, symbolisant la justice et rappelant ainsi l’origine du nom Wagkeller. Une réplique de la statue couronne actuellement le fronton du Tribunal de Grande Instance, ancien Palais du Conseil Souverain qui remplaça le Wagkeller. 

Le Kiremberg de Kientzheim laujourd'hui appelé Kirrenbourg ( lieu-dit du Grand Cru Schlossberg)
Le Kiremberg de Kientzheim laujourd'hui appelé Kirrenbourg ( lieu-dit du Grand Cru Schlossberg)

Le Kirrenbourg : vin de l'immortalité 

La consommation de bons vins est une des activités principales de cette société. A partir de 1597, le Wagkeller de Colmar est propriétaire d'une vigne au Kiremberg. Cette dernière lui avait été léguée par Nicolas Schultheiss, un de ses membres, conseiller au magistrat de Colmar. Il s'agit de la propriété la plus estimée par les membres du Wagkeller. En effet, cette vigne située sur le ban de Kientzheim, dans un lieu appelé jadis Kœrenberg  ou Kiremberg et aujourd'hui Kirrenbourg a joué un grand rôle dans la société du Wagkeller. Le vin produit sur ce terroir est qualifié dans les papiers de la société de "vin très excellent et ayant incontestablement la préférence sur tous les autres crus de l'Alsace."

Les statuts de 1713 stipulant : «Il est constant que l'on ne décède pas tandis que l'on boit de ce bon vin, très utile pour la santé de l'homme en le buvant maîtrement, mais raisonnablement ; il est défendu au beau sexe d'en boire, de peur que ces dames ne deviennent trop maitresses de leur maris".

Alors Mesdames, on se boit vite une belle bouteille de Kirrenbourg ? 

Sources : 

Article de Francis Lichtlé "Le Wagkeller de Colmar, Une société et une auberge de notables sous l’Ancien Régime" in Revue d'Alsace N° 137, Boissons en Alsace de l'Antiquité à nos jours, 2011.

Statuts du Wagkeller, 1713 , Revue d'Alsace 1853 , p. 541 à 544

Informations sur l'auteur

Caroline CLAUDE-BRONNER

fondatrice de Chemins Bio en Alsace , guide conférencière diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.

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