Les bains de Printemps à Colmar au XVe siècle.

Du 4 au 22 avril 2019, Colmar fêtera pour la 9eme fois le Printemps ! Animations, concerts, Festival Musique et Culture, marchés de Pâques... et pourquoi pas Bains de Pâques ?  

Au XVe siècle, la société du Wagkeller qui rassemblait l'élite politique et économique de Colmar faisait honneur à une ancienne tradition : les bains de printemps. Ces rencontres conviviales qui réunissaient le patriciat colmarien et leurs invités se tenaient dans le jardin de la société, devant la porte de Bâle, « eine Badefart und freuntliche Gesellschaft mitteinander ze habe uff Sontag … in den badgarten by uns zu ziehen » .

Le Wagkeller de Colmar une association, qui depuis 1593, « n’a jamais eu pour objet que boire, manger, entretenir la bonne amitié, la paix et l’union entre les associés de tout état, religion et conditions" - Miniature du Maître de Dresde, in. Valerius Maximus, Facta et dicta memorabilia, vers 1480.
Le Wagkeller de Colmar une association, qui depuis 1593, « n’a jamais eu pour objet que boire, manger, entretenir la bonne amitié, la paix et l’union entre les associés de tout état, religion et conditions" - Miniature du Maître de Dresde, in. Valerius Maximus, Facta et dicta memorabilia, vers 1480.

Mentionnés dès le début du XVe siècle, les bains, les spectacles et la bonne table se succèdent entre les mois de Mai et de Juin sous une grande tente. Il s'agit de la survivance d'une ancienne tradition aux origines païennes, qui prêtait des vertus stimulantes et protectrices aux bains de printemps. Ces bains de Mai ou de la Saint Jean étaient pratiqués dans de nombreuses régions.

Le poète Pétrarque a décrit en 1330 les bains de la Saint Jean (24 juin) qu'il avait observé lors d'un séjour à Cologne. Il y explique que les bains avaient lieu avec une grande solennité et qu'arrivé à Cologne la veille de la fête, au moment où le soleil se couchait. Ses hôtes l’ont immédiatement conduit sur la rive Rhin. Il y avait là une foule de femmes, dont certaines portaient une ceinture d’herbes odoriférantes. Les manches relevées, elles lavaient dans le fleuve leurs mains et leurs bras. On lui expliqua que les gens du peuple étaient persuadés que cette ablution détournait les malheurs et assurait la prospérité.

Francis Litchtlé nous apprend que à Colmar : "En 1489, ces réjouissances ont eu lieu du 18 mai au 3 juin et ont réunis 53 participants : les notables de la ville, le prévôt, le greffier-syndic, sept chanoines de Saint-Martin, le Leutpriester et ses chapelains, l’abbé de Munster, le commandeur de Saint-Jean ainsi que les nobles Hans Oswald de Hattstatt, Michel Wurmelin et Jorg de Sultz."

Le financement des bains de Printemps représente un budget important et en plus de la contribution de chaque participant a à raison de 17 schillings. Le coût de ces réjouissances, chiffré à 74 livres 9 schillings 3 pfennigs, est minoré par la remise de cadeaux et l'appel au crowdfunding. "Ainsi, l’aubergiste zum Hase et celui zum Vogelgesang ont offert chacun un agneau. La corporation des bouchers a fourni, à son tour, un agneau tandis que celle des pêcheurs s'est s’acquittée d’une somme de 5 schillings. Les comtes de Wurtemberg ont fait livrer un demi foudre de vin. La ville de Kaysersberg a offert, quant à elle, un florin d’or. Munster avait fait parvenir un agneau et deux fromages. Le Wagkeller a ainsi bénéficié de 37 dons, la plupart en argent (abbaye de Pairis, couvent d’Unterlinden, bailli de Sainte-Croix-en-Plaine, couvent des Augustins…) soit un total de 11 livres 5 pfennigs." 

Le Wagkeller de Colmar en 1582 - il se trouvait à proximité de l'ancien couvent des Augustins aujourd'hui entre la prison et le tribunal de Grande Instance. (Dessin rehaussé de lavis par Marx Friedlin)
Le Wagkeller de Colmar en 1582 - il se trouvait à proximité de l'ancien couvent des Augustins aujourd'hui entre la prison et le tribunal de Grande Instance. (Dessin rehaussé de lavis par Marx Friedlin)

Le Wagkeller de Colmar est une société patricienne qui regroupe les représentants des vingt corporations colmariennes (chiffre réduit à dix en 1521), le Magistrat, les membres du Conseil et les notables. La première mention de cette Herrentrinkstube date du XIVe siècle. En 1385, elle afferme pour une période de dix ans, son jardin situé dans le Steinbrucker Vorstadt tout en se réservant l’organisation de fêtes et le droit de pêche dans l’étang qui s’y trouve.

Ce qu'il reste du Wagkeller est à découvrir depuis le square Pfeffel, à l'arrière du Tribunal de Grande Instance (ancien Palais du Conseil Souverain). Est notamment visible, une façade à pignon de style gothique tardif avec des parties Renaissance. 
Ce qu'il reste du Wagkeller est à découvrir depuis le square Pfeffel, à l'arrière du Tribunal de Grande Instance (ancien Palais du Conseil Souverain). Est notamment visible, une façade à pignon de style gothique tardif avec des parties Renaissance. 

Le Wagkeller est cité pour la première fois en 1408. Son appellation varie : Trinkstube en 1410, Herrentrinkstube en 1434. Dès 1459, le Wagkeller fit également fonction d'Hôtel de ville - à part quelques interruptions-  jusqu'à ce qu'il dût céder sa place au Conseil Souverain d'Alsace en 1698.

Wagkeller signifie caveau à la balance. En 1595, Nicolas Börlin, sculpteur municipal couronna la façade d'une statue tenant d’une main la balance, de l’autre le glaive, symbolisant la justice et rappelant ainsi l’origine du nom Wagkeller. Une réplique de la statue couronne actuellement le fronton du Tribunal de Grande Instance, ancien Palais du Conseil Souverain qui remplaça le Wagkeller. Dans son article "Une société et une auberge de notables sous l'ancien régime", l'historien Francis Lichtlé mentionne une autre origine possible du nom Wagkeller, proposée par Lucien Sittler. Wagkeller viendrait de Watkelre (Wat=Tuch=drap) qui signifierait plutôt la cave où étaient entreposés les draps. La première halle aux draps est effectivement mentionnée dès 1226, sur la place du Marché, actuelle place du Marché-aux-Fruits, devant le Palais du Conseil Souverain.

Sources : l'article de Francis Lichtlé "Le Wagkeller de Colmar, Une société et une auberge de notables sous l’Ancien Régime" in Revue d'Alsace N° 137, Boissons en Alsace de l'Antiquité à nos jours, 2011.

Informations sur l'auteur

Caroline CLAUDE-BRONNER

fondatrice de Chemins Bio en Alsace , guide conférencière diplômée en Histoire, fille de vignerons alsaciens, passionnée par sa région, vous propose ses services de guidage et d'accompagnement dans la bonne humeur et le respect de l'environnement pour tout public, du junior au senior.

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